lundi 10 avril 2017

Pleurer comme une Madeleine

Parmi les mots dont on a oublié l’origine et la majuscule, la Madeleine des pleurs a une bonne place. On la soupçonne d’être de Proust, avec ses souvenirs émus. Non, la Madeleine est d’Evangile… Femme honnie de son temps, rejetée, méprisée, Marie de Magdala était enfermée dans le jugement que la société portait sur elle, et dans sa vie, et dans son péché.

Un jour, elle rencontra le Christ, et à la différence de tous ceux chez qui cette rencontre provoquait des questionnements et des querelles, elle découvrit enfin un regard qui la considérait, l’aimait, sans la juger. Marie Madeleine fit l’expérience alors du pardon et de sa vie sauvée. Elle en pleurait des larmes de joie et de libération.

C’est cette même Marie Madeleine qui, quelques jours après la mort du Christ, alla au tombeau pour rendre hommage à cet homme Dieu qui l’avait sauvée et que la violence de l’homme avait assassiné… mais elle fut la première à le rencontrer vivant, et à aller l’annoncer aux Apôtres.

Marie Madeleine fut cette femme qui pleura toutes les larmes de son corps, de son cœur, dans une expérience ineffable d’Amour Inconditionnel. Marie Madeleine c’est l’histoire d’une rencontre, d’un Amour plus fort que la honte, que la mort, que ce qui détruit.

C’est une figure de Pâques, une figure d’avenir, et ses pleurs sont une fontaine qui jaillit.

Don de soi - edito journal de Pâques

Noémie, 24 ans, dans un bidonville de Jakarta. Bernadette, 80 ans, au téléphone. Sébastien, 40 ans, lisant à l’enterrement de son grand-père. Michel, 90 ans, embrassant son fils. Timéo, 9 ans, qui tient la main de sa maman. Bénédicte, 30 ans, qui sourit alors que sa chimio la transperce. Lucien, 85 ans, qui attend le coup de fil de son fils fâché. Daniel, 60 ans, qui parle de sa foi. Matthieu et Claire, à peine cinquante ans à eux deux qui s’engagent pour la vie. Michel et Jeanne, qui célèbrent leurs 68 ans de mariage. Marie, presque 40 ans, qui court tout le mercredi pour que ses enfants puissent faire leurs activités. Monique, 95 ans, qui prie fermement. Fleur, trois ans, qui prie tout autant. Roger, qui ne se plaint pas de sa goutte. Et Colette qui vous a apporté ce journal. Paul, qui veut s’engager en politique. Didier, qui fait avec toute l’équipe, le plus beau char de l’année.

Il faudrait prendre le temps de raconter tous les héroïsmes ordinaires de ceux qui choisissent de donner, alors que tout devrait les inciter à se replier, se calfeutrer, et renfermer la violence en soi, au risque de se faire défigurer. Ils ouvrent, sans prétention, une de ces trouées dans notre quotidien où perce une chaleur solaire et salutaire.

Dans la fête de Pâques, les chrétiens célèbrent Jésus, sa vie donnée, gratuitement, dans un temps tout aussi violent. Ils célèbrent aussi la fidélité d’un Père pour son Fils, et la Bonne Nouvelle que les ténèbres ne peuvent éteindre, quoi qu’il arrive. Une Vie, une Fidélité, une Espérance. Les chrétiens ne sont sans doute pas franchement mieux que tout un chacun, ils sont juste censés laisser cette espérance transformer leur vie, et aider à ce qu’elle se déploie tout autour d’eux.

Belle fête de Pâques à chacun.