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mercredi 7 janvier 2015 13:30

Quand un À-Dieu s'envisage

relire, encore, toujours, même si on le connaît par coeur. 

Testament du père Christian de Chergé
Prieur du Monastère de Tibhirine
Entré au monastère en 1969, mort en 1996 à 59 ans

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L’Algérie et l’islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

Amen ! Inch’ Allah.
Alger, 1er décembre 1993

dimanche 14 décembre 2014 10:42

La mission comme un mystère de Visitation

Il est tout à fait évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

D’abord c’est le secret de Dieu. Et puis, il se passe quelque chose de semblable dans le sein d’Élisabeth. Elle aussi porte un enfant. Et ce que Marie ne sait pas trop, c’est le lien, le rapport, entre cet enfant qu’elle porte et l’enfant qu’Élisabeth porte. Et ça lui serait plus facile de s’exprimer si elle savait ce lien. Mais sur ce point précis, elle n’a pas eu de révélation, sur la dépendance mutuelle entre les deux enfants. Elle sait simplement qu’il y a un lien puisque c’est le signe qui lui a été donné : sa cousine Élisabeth.

Et il en est ainsi de notre Église qui porte en elle une Bonne Nouvelle - et notre Église c’est chacun de nous – et nous sommes venus un peu comme Marie, d’abord pour rendre service (finalement c’est sa première ambition)… mais aussi, en portant cette Bonne Nouvelle, comment nous allons nous y prendre pour la dire… et nous savons que ceux que nous sommes venus rencontrer, ils sont un peu comme Élisabeth, ils sont porteurs d’un message qui vient de Dieu. Et notre Église ne nous dit pas et ne sait pas quel est le lien exact entre la Bonne Nouvelle que nous portons et ce message qui fait vivre l’autre. Finalement, mon Église ne me dit pas quel est le lien entre le Christ et l’Islam. Et je vais vers les musulmans sans savoir quel est ce lien.

Et voici que, quand Marie arrive, c’est Élisabeth qui parle la première. Pas tout à fait exact car Marie a dit : as salam alaikum ! Et ça c’est une chose que nous pouvons faire ! On dit la paix : la paix soit avec vous ! Et cette simple salutation a fait vibrer quelque chose, quelqu’un en Élisabeth. Et dans sa vibration, quelque chose s’est dit… qui était la Bonne Nouvelle, pas toute la Bonne Nouvelle, mais ce qu’on pouvait en percevoir dans le moment. D’où me vient-il que…l’enfant qui est en moi a tressailli ? Et vraisemblablement, l’enfant qui était en Marie a tressailli le premier.

En fait, c’est entre les enfants que cela s’est passé cette affaire-là… Et Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie Et finalement, si nous sommes attentifs et si nous situons à ce niveau-là notre rencontre avec l’autre, dans une attention et une volonté de le rejoindre, et aussi dans un besoin de ce qu’il est et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement, il va nous dire quelque chose qui va rejoindre ce que nous portons, montrant qu’il est de connivence… et nous permettant d’élargir notre Eucharistie, car finalement, le Magnificat que nous pouvons, qu’il nous est donné, de chanter : c’est l’Eucharistie. La première Eucharistie de l’Église, c’était le Magnificat de Marie. Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie : pour vous et pour la multitude…"

​Christian de Chergé

jeudi 11 décembre 2014 17:03

le poète

Il y a des événements importants dont les journaux ne se feront jamais écho, de par leur caractère anecdotique supposé… et une journée fraternelle des prêtres du diocèse crotté de Coutances en est probablement un paradigme. On y échange, on s’y écoute, on y informe, on prie, mais ne sont conviés que les quelques uns plus ou moins grisonnants qui ont donné leur vie dans le sacerdoce dans la communion avec un évêque et ses successeurs... des prêtres diocésains, donc. 

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Rien de nouveau (ou alors un seul, ordonné cette année), des absents forcément (qui n'ont pu venir, ou nous ont quitté), et donc évidemment beaucoup moins nombreux qu’avant. Au programme: un petit temps de partage, réparti dans des groupes aléatoires (on ne se connaît pas tous bien) et installés dans les appartements des prêtres très âgés de la maison d’accueil diocésaine qui nous reçoit, un apéro et un repas, des échanges et des échos de ce qui se vit, de ce qui se choisit, d’un sens et d'une orientation.

Et c’est là que se situe toute l’originalité de ce moment, dans le linéament entre un programme et une parole, dans l’espace où se dit beaucoup de la foi chrétienne, dans cette poésie de la liturgie, de la foi dont Mgr Le Boulc’h s’est fait résonnance dans l’homélie. un pas de côté, vers le coeur.

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Dans le livre d’Isaïe, le langage de la prophétie devient poésie. Isaïe est le prophète de l’Avent parce qu’il a reçu le don de transmettre l’espérance à un peuple désorienté. L’espérance est poésie. Elle ne peut se limiter à des planifications, des stratégies ou des programmes. Nous le constatons, aujourd’hui comme hier, cela ne suffit pas à propulser les hommes dans l’avenir. Pour trouver l’espérance, les hommes ont besoin d’images, de poésies et de rêves qui réveillent en eux le désir de se mettre en chemin. Ils ont besoin du prophète poète.

Isaïe annonce à son peuple les temps nouveaux. Ce jour-là, les collines et les montagnes seront abaissées et feront place à des plaines fertiles. Les sources jailliront dans les déserts et ses fleuves abreuveront la terre. De beaux arbres de toutes espèces seront plantés, ils grandiront et « tous les regarderont et les reconnaîtront ». Cette belle espérance du prophète est donnée à Israël. Elle est donnée aussi à l’Eglise, nouvel Israël, qui la reçoit dans le Christ Jésus. Comme Israël, l’Eglise se voit appelée à travailler pour que le monde trouve sa fécondité, et réponde à l’espérance que Dieu a mise en lui.

Frères prêtres, les communautés d’Eglise dont nous partageons ensemble la charge sont appelées ainsi à travailler à la fécondité du monde. Selon la parole du livre d’Isaïe, cette fécondité passe par l’aplanissement des montagnes et des collines. Elle passe aussi par le creusement jusqu’à la source qui irrigue. Elle passe encore par l’action de grâce devant les arbres qui s’élèvent.

Il est demandé à notre Eglise de réduire les collines, tous les obstacles qui empêchent notre monde de tendre à son espérance. « Briser les montagnes, abaisser les collines », c’est là une tâche exigeante pour nous, en cette période délicate de notre histoire contemporaine où des signes de plus en plus nombreux nous laissent l’impression douloureuse que notre société désorientée ne cesse de s’éloigner de l’humanisme chrétien qui lui a donné pour une part son inspiration. Je pense en particulier aujourd’hui aux débats difficiles qui s’annoncent concernant l’euthanasie. Le 25 novembre dernier, devant les élus européens, le pape François, dans des paroles libres et percutantes, exprimait son inquiétude face aux dérives qui conduisent nos sociétés occidentales à réduire et à relativiser leur vision de l’homme. Il appelait alors au réveil de la conscience européenne pour le respect de la dignité de toute la personne et de toutes les personnes. Il y a donc ces obstacles liés à l’esprit du temps auxquels nous sommes confrontés, mais, c’est aussi notre Eglise elle-même qui doit réduire en son sein les obstacles qui l’empêchent de devenir féconde en notre monde. Obstacles de la division, des tentations de la mondanité, du sectarisme et de l’intégrisme.

La prophétie d’Isaïe appelle à briser les montagnes et à réduire les collines. Elle appelle aussi Israël à retrouver la source vive. « Sur les hauteurs dénudées, je ferai jaillir des fleuves, et des sources au creux des vallées » dit le Seigneur.
Notre Eglise sera source de fécondité dans notre monde si elle sait creuser toujours plus en elle le désir du Christ Jésus. Notre Eglise irriguera le monde, à la condition qu’elle s’abreuve elle-même à l’eau vive de l’Esprit Saint. Frères prêtres, nous avons la responsabilité de conduire notre Eglise à sa source, dans la méditation de la Parole de Dieu, dans la célébration et l’accueil de la présence sacramentelle du Ressuscité, dans le témoignage auprès de tous de l’Evangile de Jésus qui éclaire la vie des hommes.

Le poète Isaïe exhorte son peuple à aplanir montagnes et collines, à creuser en lui jusqu’à la source d’eau vive. Il l’appelle encore à contempler les arbres qui s’élèvent sur les terres pourtant incultes. Que tous sachent regarder et reconnaître la beauté des arbres qui s’élèvent parfois dans des conditions bien peu favorables. C’est là un appel pour nos communautés d’Eglise à ce qu’elles sachent se réjouir et s’émerveiller devant les hommes quand ils font preuve d’élévation. Frères, il faut nous réjouir devant tous ceux et celles qui, quels que soient leurs lieux, leurs religions, leurs philosophies, témoignent de la beauté de l’humanité qu’ils reçoivent de Dieu. Nous émerveiller et rendre grâce à Dieu quand, dans nos communautés d’Eglise, malgré nos terres incultes, grandissent des hommes et des femmes selon l’Evangile du Christ Jésus.

(Homélie prononcée par Monseigneur Laurent Le Boulc’h lors de la journée du presbyterium – jeudi 11 décembre 2014)

BlogDavidLerouge-430

jeudi 18 septembre 2014 17:29

rien que des mots des mots de Lui des mots de Là-haut

BlogDavidLerouge_397

A la messe, normalement, tu es plutôt sérieux et bon élève, tu es bien attentif, tu écoutes tellement bien les lectures que parfois tu t’en souviens pendant l’homélie. Tu écoutes tellement bien l’homélie que parfois tu n’as pas tout oublié à la fin de la messe. Parfois, même, il t’est arrivé de trouver la prière d’ouverture bien ; sur le moment certes, mais bien. Bref, bien, ou bien, ça le fait. Mais il faut reconnaître que ton élévation spirituelle est telle pendant la prière eucharistique où tu es là avec Jésus dans ta bouteille que tu n’écoutes plus si attentivement les paroles. ça va trop vite, c’est si profond, c’est tellement toujours pareil (la preuve, tu récites à chaque fois tout un tas de paroles en même temps que le prêtre, et quand tu étais petit, ça te rendait super fier, et quand tu seras vieux, tu les diras à voix haute et tu seras super chiant), bref, de la préface à l’envoi les mots ont glissé sur les plumes de ton extase spirituelle.

MALHEUREUX !

tu refuses à ton intelligence un trésor de délicatesse évangélique. Tiens, puisque tu es là, lis cette prière eucharistique que j’ai choisie ce matin après le coup de Jésus, de Simon le pharisien et de la péripapéticienne aux cheveux hydrophobes et au parfum de pieds. Lis, goûte. Tu verras, ça claque. (et si par un extraordinaire hasard, dans les prochaines semaines, l’Eglise se mettait inopinément à bruire de quelque esclandre sur des questions de mariage ou de famille, va voir ton curé, et demande lui de choisir la: )

PRIÈRE EUCHARISTIQUE POUR LA RÉCONCILIATION 1

Vraiment, il est juste et bon de te rendre grâce, Dieu très saint, car tu ne cesses de nous appeler à une vie plus belle : Toi, Dieu de tendresse et de pitié, sans te lasser tu offres ton pardon et tu invites l’homme pécheur à s’en remettre à ta seule bonté. Bien loin de te résigner à nos ruptures d’alliance, tu as noué entre l’humanité et toi, par ton Fils Jésus, notre Seigneur, un lien nouveau si fort que rien ne pourra le défaire.

Et maintenant que ton peuple connaît un temps de grâce et de réconciliation, tu lui donnes dans le Christ de reprendre souffle en se tournant vers toi, et d’être au service de tout homme en se livrant davantage à l’Esprit Saint. Pleins d’admiration et de reconnaissance, nous voulons joindre nos voix aux voix innombrables du ciel pour clamer la puissance de ton amour et la joie de ton salut dans le Christ :

Saint ! Saint ! Saint ! …

Toi qui fais depuis les origines ce qui est bon pour l’homme, afin de le rendre saint comme toi-même es saint, regarde ton peuple ici rassemblé, et mets à l’œuvre la puissance de ton Esprit : que ces offrandes deviennent pour nous le corps et le sang de ton Fils bien-aimé, Jésus, le Christ, en qui nous sommes tes fils.

Nous qui étions perdus, incapables de nous rapprocher de toi, tu nous as aimés du plus grand amour: ton Fils, le seul Juste, s’est livré entre nos mains, et fut cloué sur une croix. Mais avant que ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de ton Alliance, il voulut célébrer la Pâque au milieu de ses disciples. Comme il était à table, il prit le pain, il prononça la bénédiction pour te rendre grâce, puis il le rompit et le donna aux siens, en leur disant : "Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous."

A la fin de ce dernier repas, sachant qu’il allait tout réconcilier en lui par le sang de sa croix, il prit la coupe remplie de vin, il te rendit grâce encore, et la fit passer à ses amis, en leur disant : "Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi. "

En faisant mémoire du Christ, notre Pâque et notre paix définitive, en célébrant sa mort et sa résurrection, en appelant le jour béni de sa venue et de notre joie, nous te présentons, Dieu fidèle et sûr, l’offrande qui remet l’humanité dans ta grâce. Regarde avec amour, Père très bon, ceux que tu attires vers toi, leur donnant de communier à l’unique sacrifice du Christ : qu’ils deviennent ensemble, par la force de l’Esprit, le corps de ton Fils ressuscité en qui sont abolies toutes les divisions.

Tiens-nous les uns et les autres en communion d’esprit et de cœur avec le Pape N. et notre évêque N. Aide-nous tous à préparer la venue de ton règne jusqu’à l’heure où nous serons devant toi, saints parmi les saints du ciel, aux côtés de la Vierge Marie et des Apôtres, avec nos frères qui sont morts, et que nous confions à ta miséricorde. Alors, au cœur de la création nouvelle, enfin libérée de la corruption, nous pourrons chanter vraiment l’action de grâce du Christ à jamais vivant.

mercredi 23 avril 2014 08:56

Chercher le Christ

BlogDavidLerouge-297

Que chaque âme qui cherche Dieu sache qu'elle a été devancée par lui, qu'il l'a cherchée le premier... « Durant les nuits, j'ai cherché celui que mon cœur aime » (Ct 3,1). L'âme cherche le Verbe mais c'est le Verbe qui d'abord l'a cherchée... Laissée à elle-même, notre âme ne serait plus qu'un souffle qui s'en va au hasard et ne revient plus. Écoutez les plaintes et les supplications de celle qui erre et qui a perdu sa route : « J'ai erré comme une brebis perdue ; cherche ton serviteur » (Ps 118,176). Ô homme, tu veux revenir, mais si cela dépendait de ta seule volonté, pourquoi demanderais-tu le secours ?... Il est évident que notre âme veut revenir mais ne peut pas ; elle n'est qu'un souffle errant et qui d'elle-même ne reviendra jamais...

     Mais d'où lui vient cette volonté ? De ce que déjà le Verbe l'a visitée et cherchée. Cette recherche n'a pas été vaine, puisqu'elle a suscité la volonté sans laquelle il n'y a pas de retour possible. Mais il ne suffit pas d'être ainsi cherchée une fois ; l'âme est trop alanguie, et la difficulté du retour est trop grande... « La volonté est en moi, dit saint Paul, mais je ne parviens pas à faire le bien » (Rm 8,18). Que demande donc l'âme, dans le psaume que je citais ? Rien que d'être cherchée ; car elle ne chercherait pas si elle n'était pas cherchée, et elle ne recommencerait pas à chercher, si on l'avait assez cherchée.

Saint Bernard
Serm. 84 sur le Cantique des cantique
s

BlogDavidLerouge-304

vendredi 11 avril 2014 21:28

prayboys

parmi les petites indiscrétions que je fais bien souvent, il y a le coup d’oeil que je jette dans le cahier déposé dans de nombreuses églises. On y trouve de tout, à commencer par des félicitations de livre d’or “très jolie église”, mais aussi un fourmillement de petites prières souvent simples et existentielles que j’embarque avec moi… Pendant la dernière retraite, des jeunes de 6e ont déposé dans une vasque leur prière, toute simple… s’il reste de la place libre dans les vôtres, vous pouvez associer celles ci. ou simplement vous ébahir, comme moi, de la richesse d’un cœur de 12 ans.

Merci Jésus je te dis merci parce que tu ma pardonner, que tu a édé mes parents quand … est mort et parce que tu me réconforte quand j’en est besoin. Amen

Merci de me rendre plus sage chaque jour, Merci

Merci Seigneur pour tout ses merveilleux moments passés avec l’équipe de cathéchisme en ta compagnie dans notre cœur

Dieu, pour la terre et l’univers, je t’aime. Pour la vie et l’éternité, ne m’oublie pas. Amen

Merci Seigneur pour se super début de profession de foi. Je t’aime de tout mon cœur. Amen.

Dieu, nous les hommes tu nous as crée. tu as crée la Terre, TU nous as donné la vie Eternelle. Tu nous as donné et nous donne Encore ton amour Eternelle. Tu es notre Père alors nous te devons bien le plus grand amour possible, de la part de tous les humains du monde. Nous t’adorons.

Jésus nous pardonne tous nos pécher et dois que je l’ai mérité , on le mérite tous d’être pardonné. Amen.

Je t’aime de tout mon coeur que cela reste pour l’éternité et des siècles des siècles. AMEN.

Seigneur pardone moi sil te plait mais bêtise tout ce que jai fait de mal a tout ce a qui jai répendu la tristesse, Amen.

Je te remercie pour tout ce que tu fais, Amen.

Merci <30 Jésus Je t’aime et encore merci pou tous <3

Je t’aime

Merci mon Dieu pour toutes les bonnes choses que tu as faites et pardonne moi de tout mes péchés

Seigneur pardone moi de ne toultan pas dire pardon et pardone moi aussi les tristesse que j’ai pue donner. Pardone-moi Seigneur pour tous mes pêchers.

Mercie pour tous ce que tu as fait pour moi, pour ma famille MERCI <3

Seigneur, soutien-moi dans les épreuves, Aide moi dans la peur, manifeste ta présence quand la tristesse vient, donne-moi le sourire malgré les épreuves difficiles, Aude moi à mûrir en confiance et à apprendre à t’écouter dans mon cœur. Je sait que tu es là, alors écoute-moi ! Le désespoir arrive, la séparation, les crises, le logo sur la voiture, l’amitié, l’envie, l’orgueuil, le mensonge. Vas-tu me laisser, moi, ta fille, dans le déséspoir? Aide-moi!! la tristesse approche.

Merci, SEIGNEUR, pour tous ce que tu m’as emmené jusque maintenant, pour ce que tu m’emmènerias, merci pour ces trois super jours. MERCI BEAUCOUP.

Pour le gros secret que le prête ma dit Aide moi dieu.

Seigneur je t’adore éternellement pardonne moi mes pêché et s’il te plait je voudrai que tu souhaites à ma famille qu’elle soit en bonne santé AMEN.

Dieu, tu es la lumière, tu as cré la terre et les cieux, puis moi. Merci mon père Amen.

Seigneur je me pardone pour mes péché mais tu m’as pardoné. Je te remerci.

Seigneur, je t’aime, merci de m’avoir pardonné je ne recommencerais plus. merci pour c’est trois jour formidable et Merci pour ton amour.

Merci Seigneur

Merci DIEU de m’avoir es-cuser.

Seigneur protège …, ma famille, sa famille, aide-moi à grandir sérieusement dans la paix et dans la foi, amen. Merci Seigneur.

Merci mon Dieu pour toute les mervel que tu nous offres.

Notre Père pardonne moi mes pêchés et s’il te plait fait que mes parents ne se dispute pas trop pour mes fautes.

Jésus Fils de Dieu pardonne pour tous mes pechers, j’essayerai d’être plus agréable. je ferai mieux la prochaine fois. Amen.

Merci beaucoup pour m’avoir envoyer dans la bonne direction, grâce à vous je sais qu’il faut que j’assume mes erreurs ! et d’en subir les conséquences.

Merci pour ma famille, mes amis et bien d’autres. Merci de les laisser en bonne santé.

Jésus je te demande pardon pour tous les péchés qui m’ont éloignés de toi et je te remercie parce que tu me les as pardonnés et que maintenant, pour toi et pour moi, c’est du passé

jeudi 16 janvier 2014 11:44

la foi sourd

Dans le désert coulent les larmes.
La marche devient brûlante,
Nos refus sont à feu et à sang :
Absence de Dieu !

Ton visage loin de nos visages,
Ton front loin de nos fronts…
Dans l’absence, Dieu, tu es Dieu.

                    ≡

Dans le désert couve le feu.
L’attente rougit la braise,
Notre orgueil est mis à mal:
Patience de Dieu !

Ton visage sur nos visages,
Tes mains nues sur nos mains fermées…
Dans la patience, Dieu, tu es Dieu.

                    ≡

Dans le désert rode l’ennui.
La prière est sécheresse.
Nos certitudes sont battues en brèche ! :
Silence de Dieu !

Ton visage loin de nos visages,
Ton cœur de chair pour nos cœurs de pierre
Dans le silence, Dieu, tu es Dieu.

                    ≡

Dans le désert coulent les larmes.
L’aridité se change en source
L’amertume devient douceur:
Confiance en Dieu !

Ton visage sur nos visages,
Tes pas devant nos pas…
Dans la confiance, Dieu, tu es Dieu.

                    ≡

CFC (s. Charlotte-Emmanuel)

mercredi 30 octobre 2013 22:21

quand la nuit se fait

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Aujourd’hui.
C’est ce mot qui doit me passionner, même si je fais mémoire sans arrêt d’hier, même si je prépare sans cesse demain, c’est dans l’aujourd’hui que se déploie le salut de Dieu dans ma vie, un aujourd’hui auquel je peux être présent. Ce jour a été traversé par un sourire avec qui nous avons écrasé des herbes molles au vert tranchant sur le bleu acier des flots et frôlé des précipices battus de ressac ; ce jour a été traversé de mots, d’attentions, de textes lus ou adressés. Et puis, en ouvrant négligemment ma boîte mail, redoutant les courriels de boulot, une newsletter m’a transpercé, d’une violence sourde qui appelle la prière. Elle venait d’Arte Radio.

Vivants,

          Ma copine Catherine avait survécu au cancer du sein. A son compagnon séropositif. A quelques démons personnels et tenaces. Elle avait repris le boulot et la militance. Elle voyait sa jeune fille réussir et s'épanouir. C'était sûrement trop dur d'être heureuse puisqu'elle s'est endormie dans un nuage de méthadone. Catherine Pasteur ne recevra pas cette newsletter qu'elle aimait bien. Ca fait trente ans que ça dure, trente ans que mes amis se défoncent, dépriment et en meurent. J'en ai perdu plus qu'un bataillon de marins, fusillés par la dope, le dass, la picole et l'ennui. Je ne suis plus sûr d'aimer Lou Reed au final. Je devrais échanger ma discothèque de tarés contre des tubes de Carlos et du r'n'b. Je ne vais plus aux enterrements. Je ne pleure presque plus. Je parle aux orphelins, j'essaie de leur dire des trucs chouettes sur leurs parents. Ca devient compliqué. Je cherche un sens à leur désertion. Arrêtez de mourir bande de cons, voilà tout ce que j'ai à dire. Pardonnez ce ton lugubre, j'ai mal et c'est l'automne. Hey honey, WALK ON THE WEB SIDE

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Alors, d’autres mots ont remonté, qu’on venait de lire, à deux, sur des canapés. Des mots de ma jeunesse, des mots que j’avais oubliés, empoussiérés dans un coin de ma mémoire, irisant silencieusement toute l’écriture de ce blog, éclairant des choix, appelant des pas. Je ne veux pas de Carlos ou du R’n’B, je n’ai rien qu’aujourd’hui…

Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. (je ne les source pas, vous le ferez peut-être)

Aimer aujourd’hui. S’y laisser aimer. Tant de l’anecdotique que de l’intérieur.

lundi 29 juillet 2013 16:12

hasta siempre

tu en as marre de ne pas pouvoir porter de ticheurte cool
à base de révolution? grâce au pape, maintenant, tu peux.

viva la revolution

BQUusRuCYAAfjlh

vous voulez aimer vraiment? prenez de bonnes résolutions!

viva la resolution

jeudi 11 juillet 2013 19:11

une petite chose

Henri Nouwen a, il y a quelques années, écrit comme une lettre à un ami très cher qui lui demandait de lui partager le secret de son intériorité, un secret à partager avec ceux qui n’ont pas les codes, avec ceux qui ne connaissent rien des harmoniques du parler divin. Il en a fait un texte, long, dont je vous partage ici le premier chapitre. Parce que quand on nous dit que les croyants sont de plus en plus inaudibles, à force de batailler, on a le droit, aussi, d’esquisser des essentiels. Ce n’est pas la foi chrétienne, ces lignes, c’est le marche pied où Dieu nous attend, et nous invite.

Depuis que tu m'as demandé d'écrire, pour toi et pour tes amis, un livre sur la vie spirituelle, je me demande s’il y a un mot que j'aimerais que vous reteniez après la lecture de tout ce que j'ai à dire. Au cours des dernières années, un mot a émergé des profondeurs de mon cœur. C'est le mot « bien- aimé », et je suis convaincu qu'il m'a été donné pour toi et tes amis. Comme chrétien, j'ai d'abord entendu ce mot dans le récit du baptême de Jésus de Nazareth. «Au moment où Jésus sortait de l'eau, il vit les cieux s'ouvrir et l'Esprit Saint descendre sur lui comme une colombe. Et il entendit une voix venant des cieux: "Tu es mon Fils, mon bien-aimé; je mets en toi toute ma joie." » Pendant plusieurs années, j'ai lu ces paroles et même proposé des réflexions sur elles dans des homélies ou des cours, mais c'est seulement depuis nos discussions à New York qu'elles ont pris un sens qui dépasse les frontières de ma propre tradition. Nos nombreuses conversations m'ont convaincu intérieurement que les mots « Tu es mon bien-aimé » révèlent la vérité la plus intime à propos de tous les êtres humains, qu'ils appartiennent ou non à une tradition particulière.

ax2Fred, voici ce que je veux te dire : « Tu es le bien-aimé. » Tout ce que j'espère, c'est que tu entendes ces mots prononcés avec toute la tendresse et la force que l'amour peut contenir. Mon seul désir est de les faire retentir dans tous les recoins de ton être... « Tu es le bien-aimé. »

Le plus beau cadeau que mon amitié puisse te faire est celui de t'aider à prendre conscience que tu es aimé. Ce cadeau, je peux te l'offrir uniquement si je l'accepte pour moi-même. N'est-ce pas cela, l'amitié : nous offrir l'un à l'autre le cadeau de notre condition de bien-aimés?

Oui, il y a cette voix, la voix qui vient d'en haut et de l'intérieur, qui murmure doucement ou proclame fort : « Tu es mon bien-aimé, je mets en toi toute ma joie. » Il n'est certes pas facile d'entendre cette voix dans un monde rempli de voix qui crient : «Tu n'es pas bon, tu es laid ; tu ne vaux rien ; tu es méprisable, tu es insignifiant.., à moins que tu arrives à prouver le contraire! »

Ces voix négatives sont si fortes et si persistantes qu'il est facile de les croire. C'est le grand piège, le piège de se déprécier soi-même. Au fil des ans, j'en suis venu à prendre conscience que le plus grand piège, dans notre vie, n'est ni le succès, ni la popularité, ni le pouvoir, mais l'autocritique destructrice. Le succès, la popularité et le pouvoir peuvent, en effet, présenter une grande tentation, mais leur force de séduction vient souvent du fait qu'ils font partie d'une tentation plus grande encore : la dépréciation de soi. Lorsque nous en sommes venus à croire aux voix qui affirment que nous sommes sans valeur et non aimables, le succès, la popularité et le pouvoir sont facilement perçus comme des solutions attirantes.
Le vrai piège est donc de se déprécier soi-même. Je suis toujours fasciné de voir avec quelle rapidité je succombe à cette tentation. Dès que quelqu'un m'accuse ou me critique, dès que je suis rejeté, laissé seul ou abandonné, je me mets à penser: «Eh bien! encore une fois, ça prouve que je ne vaux rien. » Plutôt que de porter un regard critique sur la situation ou d'essayer de comprendre mes propres limites et celles des autres, j'ai tendance à me blâmer, pas seulement pour ce que j'ai fait, mais également pour ce que je suis. Mon côté sombre murmure: «Je ne suis pas bon... je mérite d'être mis de côté, oublié, rejeté et abandonné.»

Tu te crois peut-être davantage tenté par l'arrogance que par la dépréciation de toi-même. Mais l'arrogance n'est-elle pas, en fait, l'envers de la dépréciation de soi? N'est-ce pas te mettre sur un piédestal pour éviter d'être vu tel que toi, tu te vois? L'arrogance, en bout de ligne, n'est-ce pas uniquement un autre moyen de réagir au sentiment d'être sans valeur? L'arrogance et la dépréciation de soi nous attirent toutes deux hors de la réalité de l'existence et font de nous des personnes très difficiles à rejoindre. Je sais très bien que derrière mon arrogance se cache beaucoup de doute sur moi-même, tout comme il y a beaucoup d'orgueil caché dans mon autodépréciation. Que je sois arrogant ou que je me déprécie, je perds le contact avec ma vérité et je déforme ma vision de la réalité.

J'espère que tu trouveras les moyens d'identifier en toi la tentation de te déprécier, qu'elle se manifeste par l'arrogance ou par une faible estime de toi. Souvent, l'habitude de se déprécier est considérée comme l'expression névrotique d'une personne qui manque d'assurance. Mais la névrose est souvent la manifestation psychique d'une obscurité humaine encore plus profonde : celle de ne pas se sentir vraiment le bienvenu dans l'existence. La dépréciation de soi est le plus grand ennemi de la vie spirituelle parce qu'elle vient en contradiction avec la voix qui nous dit: «Tu es mon bien-aimé.» Être le bien-aimé est la vérité centrale de notre existence.

Je te dis tout cela de façon très franche et très simple parce que, même si l'expérience d'être aimé n'a jamais été complètement absente de ma vie, je ne l'ai jamais reconnue comme vérité centrale de mon existence. J'ai toujours tourné autour, dans des cercles plus ou moins grands, toujours à la recherche de quelqu'un qui puisse me convaincre que j'étais effectivement bien-aimé. C'était comme si je refusais d'entendre la voix qui jaillit au plus profond de mon être : « Tu es mon bien-aimé, je mets en toi toute ma joie. » Cette voix a toujours été là, mais on dirait que j'étais toujours plus empressé à écouter les autres voix, plus fortes celles-là, qui disent: «Prouve-nous que tu vaux quelque chose; fais quelque chose de significatif, de spectaculaire ou de puissant, ensuite tu auras mérité l'amour que tu désires tant.» Entre-temps, la voix douce qui parle dans le silence et la solitude de mon coeur restait présente, sans que je l'entende, ou du moins sans qu'elle réussisse à me convaincre.

Cette douce voix qui m'appelle le bien-aimé vient à moi de diverses façons. Mes parents, mes amis, mes professeurs, mes étudiants et les nombreux étrangers qui ont croisé ma route l'ont tous fait retentir dans différentes tonalités. Ils m'ont aimé avec beaucoup de tendresse et de douceur. Ils m'ont instruit avec beaucoup de patience et de persévérance. Ils m'ont encouragé à continuer quand j'étais prêt à abandonner et ils m'ont stimulé à essayer de nouveau après un échec. Ils ont récompensé et loué mes succès... mais, pour une raison ou pour une autre, tous ces signes d'amour n'étaient pas suffisants pour me convaincre que j'étais aimé. Derrière toute ma confiance en moi, apparemment solide, une question demeurait: « Si tous ces gens qui me comblent de tant d'attentions pouvaient me voir et me connaître tel que je suis vraiment, au plus profond de moi, est-ce qu'ils m'aimeraient encore? » Cette question angoissante, enracinée dans mon ombre intérieure, ne cessait de me persécuter et me faisait éviter ce lieu où la douce voix qui m'appelle son bien-aimé se fait entendre.

Je crois que tu comprends ce dont je parle. N'espères-tu pas, comme moi, qu'une personne, une chose ou un événement viendra te donner ce sentiment ultime de bien-être intérieur que tu désires? N'espères-tu pas, souvent, que « ce livre, cette idée, ce voyage, cet emploi, ce pays ou cette relation » comble ton plus grand désir? Mais tant que tu attends ce mystérieux moment, tu continues de courir comme un dératé, toujours angoissé et agité, plein de concupiscence et de colère, jamais complètement satisfait. Tu sais que c'est cette compulsion qui nous garde sans arrêt occupés, mais qui en même temps nous fait nous demander si à long terme nous y gagnons quelque chose. C'est le chemin qui mène au surmenage et à l'épuisement spirituel. C'est le chemin qui mène à la mort spirituelle.

Eh bien! ni toi ni moi n'avons à nous tuer à la tâche. Nous sommes bien-aimés. Longtemps avant que nos parents, nos professeurs, nos conjoints, nos enfants et nos amis nous aient aimés ou blessés, nous étions profondément aimés. Voilà la vérité ultime de notre vie. C'est la vérité que j'aimerais que tu reconnaisses en toi-même. C'est la vérité proclamée par la voix qui affirme: «Tu es mon bien-aimé.»

Si j'écoute cette voix avec une grande attention, j'entends en moi des mots qui disent: «Je t'ai appelé par ton nom depuis les commencements. Tu es à moi et je suis à toi. Tu es mon bien-aimé, j'ai mis en toi toute ma joie. Je t'ai formé des profondeurs de la terre et je t'ai tissé dans le sein de ta mère. J'ai gravé ton nom dans les paumes de mes mains et je t'ai caché à l'ombre de mes bras amoureux. Je te regarde avec une infinie tendresse et je prends soin de toi, plus encore qu'une mère prend soin de son enfant. J'ai compté chaque cheveu de ta tête et j'ai guidé chacun de tes pas. Où que tu ailles, je vais avec toi. Où que tu te reposes, je suis là. Je te donnerai une nourriture qui comblera toutes tes faims et étanchera toutes tes soifs. Je ne te cacherai pas mon visage. Je te connais, tu es à moi; tu me connais, je suis à toi. Tu m'appartiens. Je suis ton père, ta mère, ton frère, ta sœur, ton époux, ton épouse, ton ami... ou même ton enfant. Où que tu sois, je serai là. Rien ne pourra jamais nous séparer. Nous sommes un.»
Chaque fois que tu écoutes avec attention la voix qui t'appelle bien-aimé, tu découvres en toi un désir de l'écouter encore plus longtemps et plus profondément. C'est comme découvrir un puits dans le désert. Une fois que tu as touché le sol humide, tu veux creuser toujours plus profond.

Ces derniers temps, je me suis mis à creuser un peu. Je sais que je ne fais que commencer à apercevoir un petit ruisseau qui jaillit du sable sec. Je dois continuer à creuser parce que ce petit ruisseau provient d'un énorme réservoir gisant sous le désert de ma vie. Le mot « creuser » n'est peut-être pas le plus approprié, parce qu'il suggère un travail difficile et pénible qui me conduit à l'endroit où je peux enfin étancher ma soif. Nous n'avons peut-être qu'à enlever le sable qui recouvre le puits. Il y a peut-être une épaisse couche de sable sec dans le désert de notre vie, mais Celui qui désire tant étancher notre soif nous aidera à l'enlever. Tout ce dont nous avons besoin, c'est le désir ardent de trouver l'eau et de nous y abreuver.

Tu es plus jeune que moi. Tu veux peut-être chercher un peu plus et plus longtemps pour te convaincre que la vie spirituelle vaut toutes les énergies que tu y consacreras. Mais cela m'impatiente : je ne veux pas que tu gaspilles trop de ton temps! Il me reste moins d'années devant moi que derrière. J'espère que l'inverse est vrai pour toi. Cependant, je voudrais t'assurer dès maintenant que tu n'as pas à te lancer dans des recherches qui ne conduisent qu'à des impasses. Tu n'as pas non plus à devenir la victime d'un monde manipulateur ni à te faire piéger dans toutes sortes de dépendances. Tu peux dès maintenant choisir de partir à la recherche de la vraie liberté intérieure et la trouver avec encore plus de plénitude.

Alors si tu es intéressé à prendre le chemin du bien-aimé, j'ai encore beaucoup de choses à te dire, parce que le voyage de la vie spirituelle nécessite non seulement de la détermination, mais aussi une certaine connaissance des lieux qui seront traversés. Je ne voudrais pas que tu sois obligé d'errer dans le désert pendant quarante ans comme l'ont fait nos pères dans la foi! Je ne veux même pas que tu y restes aussi longtemps que moi. Tu m'es très cher, tu es un ami que j'aime beaucoup. Même s'il est vrai que chacun doit réaliser ses propres apprentissages, je crois que nous pouvons empêcher les personnes que nous aimons de faire les mêmes erreurs que nous. Dans le domaine de la vie spirituelle, nous avons besoin de guides. Dans les pages que je m'apprête à écrire pour toi, j'aimerais être ton guide. J'espère que tu es toujours intéressé à marcher avec moi.

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