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quand le lecteur retient la plume

Michel Guittet m'’a fait découvrir qu’'une homélie, avant d’'être un acte de parole, est une oeœuvre d’'écoute, écoute d'’un texte et écoute d'’un peuple en attente. On ne peut bien parler si on ne sait écouter…
 
Comme la période des voeœux appelle une écriture, ma plume hésite au-dessus du papier. Les fins d'années sont propices aux relectures, aux regards interrogatifs sur une histoire qui parle, qui prend sens dans la durée. Mais partager ce regard avec tous est ardu. Avec chacun, on voudrait insister autrement sur tel ou tel éclat. Et les mots adressés à un ne veulent être adressés aux autres. Dois-je comme Le Libraire de Sá Moreira reprendre les mots du Tsar Andrei : « lorsque vous écrivez une lettre, prince, ou un message, quoi que ce soit que vous adressez à quelqu'’un, lorsque vous l’'avez terminé, que vous en êtes satisfait, demandez-vous toujours si vous pourriez l’'envoyer au même moment à quelqu'’un d’autre. Si vous n’auriez qu'’à changer le nom, l'’adresse. Si oui, oubliez cette lettre. Ça n'’en est pas une. Vous racontez votre vie, prince, vous n'’écrivez pas à quelqu’'un. Recommencez ou abandonnez » ?
 
Si je l'’écoute, alors il me faut écrire à chacun, m'’appuyer sur le « visage appelant » de chacun pour regarder ce chemin parcouru et le lire, le dire à mots nouveaux. Chaque visage irise différemment l'’année passée en colorant le regard et les mots. C'’est une aventure formidable où comme dit Jeanne « les autres sont les seules choses qui valent le coup » puisqu'’ils donnent la couleur aux événements, et transforment la succession d’'événements en histoires de chair où s'’inscrit la Parole. Je ne suis pas être seul mais découvreur de ma propre histoire comme lieu où l’'autre, les autres, l'Autre me révèlent à moi-même.
 
Simplement, on ne peut tout relire tout le temps avec chacun. Il faut oser une parole, où ce n'est plus chacun qui irise le regard mais « la communauté de sujets » dont parle Husserl. Il faut écrire une parole, inscrite elle même dans le cours de la vie et de la réflexion, parole imparfaite, temporaire et exposée.
 
Heureusement, les vœoeux nous sortent du risque d'’un solipsisme nombriliste… puisque dans cette relecture se dessine avant tout le désir pour l’'année qui vient du bonheur de l’'autre, avec l'’autre !
 
Merci à Paul d’avoir retenu ma plume. Merci à vous de me l’'avoir rendue. Rude épreuve que celle de voeœux à envoyer où l’'écriture est relecture, où l'’écriture est adressée.

Commentaires

1. Le dimanche 24 décembre 2006, 00:00 par David
finkielkraut dirait: styllusion
2. Le mercredi 27 décembre 2006, 00:00 par NO NAME
Je crois rêver. Qui aurait cru, alors même que tu taxes mes sms d'arguties, que tu puisses me faire un tel honneur bloguesque ?
3. Le jeudi 28 décembre 2006, 00:00 par Amélie Heurtaux
Retenir la plume, et relire l'année...ardu. Et formidable, surtout. Prendre le risque de passer à autre chose, et de fixer les heureux évènements. Recommencer, toujours et attendre les prochains coups de plume vespéraux. Ben, perso, je te la rends avec délectation et confiance. Joli.

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