« Juuubiiiiilate Deo… » Si un blog se doit d’être l’écho d’une vie, il faut donc qu’il soit plus ou moins sonore. « …Jubilate Deeo… » Or il y eut un inouï sur les télésièges de Valmorel cette année : un couple de pinsons catholiques, au plumage d’un blond indécis ou d’un noir de jais, a fait résonner de doux échos baroques, jazzy, grégoriens, romantiques, disneyesques aux oreilles des quelques skieurs qui n’en demandaient pas tant. « … aaalléluiaaa. ». j’ai nommé Alix et Sophie, deux des coreligionnaires de ce séjour.
 
       D’une semaine à la montagne, on est en droit d’attendre de la neige, un appartement minuscule, une fine équipe d’amis de longue date qui se retrouve, pas de sujets sérieux, une fondue savoyarde, du vin chaud à profusion. Voilà la recette du succès ! Mais grâce à l’invitation de Sophie et Isabelle, douze inconnus de 6 mois à trente ans ont pris tous les contre-pieds possibles dans un projet dont l’audace n’aura eu d’égal que le succès.
 
       Bien sûr, il serait possible de faire des liens entre l’apparition de nuages bleutés de fond de vallée qui semblaient faire descendre le ciel sur la terre, comme le dit si bien ce vieux moine sénile poète, et les envolées argumentaires sur le sacrifice non sanglant de l’eucharistie ou l’existence de l’enfer. D’aucuns pourraient raconter les provisions orgiaques, les discussions sur la micro-économie, les chutes mémorables dans la boue ou la neige, les progrès de la météorologie moderne, le goût des lardons, l’invasion des cheveux blonds, le tabou de François entre Ségo et Sarko, mais tout cela sentirait la « private joke » inaccessible au lecteur non averti.
 
       Aussi de cette semaine de rires à profusion, je retiendrai ce lien improbable qui s’est tissé entre des individus si différents les uns des autres, grâce à ce pari fou de se donner pour trouver des ponts, de se laisser découvrir en confiance, de se pencher vers l’autre et se rencontrer en un barycentre à la fois aérien par les rires qui l’ont caractérisé, et grave par la décision de joie et de simplicité qui le sous-tend. Petit à petit, nous nous sommes apprivoisés, partageant et riant, mangeant et chantant, déconnant et priant.
 
       Au terme d’une année marquée par tant de questions sur l’équilibre qui fait vibrer les prêtres, c’est le désir de chacun que sa foi soit vivante qui m’a conforté dans ma place de prêtre au milieu de ce groupe de douze, bébé compris. La force des prêtres se situe dans la communauté qui les porte, je ne l’ai jamais autant ressenti.
 
       Outre une aversion provisoire pour les féculents et le fromage fondu, des crampes de zygomatiques, de bonnes surprises et des amitiés qui s’approfondissent, il me reste de cette semaine un simple adage, qui résonnait entre les bisous de Saint Sylvestre : « année 2007, année super chouette, année pas prise de tête »