Tout a commencé par cette planche dessinée par Boulet : http://www.bouletcorp.com/blog, en fait non, tout a commencé par une journée, une journée inexplicable, ramassis désordonné de joies et de sourires, d'énervements futiles, plaisirs durables et déceptions à assumer, le genre de journée qui précipite le coeur et le moral aux quatre coins du corps, de la tête aux pieds, mais dont on ne parvient pas à définir l'homogénéité. Tout a commencé par une journée désordonnée, tout s'est révélé par la bande-dessinée.

C'est un grand (en)jeu que d'intervenir face à une centaine de jeunes, dans une recontre ou une célébration. ça rend attentif: Est-ce qu'ils suivent ce que je raconte, leur propose ou suis-je en train de les perdre? Il paraît que les profs ont des yeux derrière la tête, je ne devais pas être fait pour cette carrière puisque la nature ne m'a doté que d'une paire d'yeux, malheureusement solidarisés à la différence du caméléon (pour des questions esthétiques). Un prêtre n'a pas d'yeux derrière la tête et en plus, il doit les coller régulièrement dans un livre, un déroulé, s'il ne veut pas perdre le cours de la fête célébrée. Alors les autres sens s'ouvrent pour les écouter, eux, ceux pour qui, avec qui je célèbre.

Et c'est là qu'intervient le Boulet qui, par son dessin, m'a révélé que cette journée de jeudi avait été ponctuée, réhaussée par des informations que le cerveau avait négligées, n'étant ni visuelles ni nécessaires. Ce sont pourtant elles qui furent ma force et mon énergie. Si on épaissit la mémoire de sensations, chaque journée est au moins quintuplée par :

la vibration colorée de l'azalée fuchsia non loin du tissu rouge,
l'odeur de miel de la cire du cierge pascal,
le crépitement des gouttes entre deux éclaircies,
la chaleur douce du soleil sur la peau,
la chaleur visible du rayon de soleil posé sur la croix,
les herbes froissées dans mon dos par des jeunes distraits, et
le bruit des écorces d'arbres arrachées par les mêmes distraits.
la dissonnance des cordes de mi et de sol qui se ne désaccordent pas de la même manière. Mais encore,
les effluves de moscatel de la bouteille de secours dans le coffre à la place du vin de messe habituel,
les gouttes d'eau lors des tentatives d'aspersion des rameaux avec un bout de laurier (très mauvaise idée, c'est l'aspergeur le plus aspergé)
la présence troublante de celui qui est là mais se sent obligé,
l'étincelle dans l'oeil de celui qui, un instant, est touché...

 

Et si ces éclats des sens devaient comme pour le boulet faire ressurgir une présence à présent effacée, ce serait celle des extraits de lavande qui anticipaient sa venue, ses tapes sur la main des gourmands de chocolat, ses boules Vittoz qu'il fallait serrer pour détendre le cerveau insensible.

De cette journée, par un Boulet, se dégage inexorablement une énergie renouvelable insoupçonnée : les sens !

Commentaires

1. Le dimanche 1 avril 2007, 00:00 par David
j'étais presque appuyé sur un arbre, les 6e et 5e d'un collège étaient aussi là, pour une célébration pascale, célébration itinérante... et certains des élèves étaient dans mon dos. Je sentais qu'ils ne suivaient pas, parce que je sentais la forte odeur de l'herbe arrachée, froissée. Quand on n'a pas de tondeuse à gazon, le meilleur mémogène et sensogène (producteur de souvenirs et de sensations?), ce sont des élèves dissipés. Ils ont dû croire que j'avais moi aussi des yeux dans le dos, des yeux à rayons X qui passent au travers des arbres.
2. Le mardi 3 avril 2007, 00:00 par Amélie Heurtaux
Très belle énumération qui fait vibrer toutes les réminiscences sensibles des corps oublieux... Si Boulet t'a inspiré, ce billet-ci a eu le grand mérite de me rendre à l'esprit la merveilleuse fragrance de l'herbe fraîchement coupée devant l'université Paris 7 il y a de celà quelques jours... Arôme polysémique s'il en est, puisqu'il est directement lié à des souvenirs d'enfance, lorsque je me précipitais lors des premiers jours printaniers, munie de mon inséparable ballon de foot, dans le sillage de la tondeuse paternelle...thank's

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