On a beau être normandophile et hydrofuge, les ondées de juin juillet ont fait leur oeuvre de sape, et le regard, petit à petit cerné par la fatigue se ternit, victime d'un pervers vert-de-gris. Alors, au diable les varices, il faut prendre un peu sur soi et parcourir quelque kilokilomètres, pour pouvoir se reposer et recolorer un tant soit peu son regard dilué par l'humidité au doux soleil de l'été. Quitter ma mer de la Manche pour rejoindre une famille au bord de "Notre Mer".
Tout au long du voyage, d'infimes trésors se donnèrent à voir, renouvelant mon regard et son acuité. C'est ainsi qu'au hasard des chemins, intersections et voies d'accélération me sont apparus...
un prêtre angevin blogueur filant à vive allure,
des oiseaux picorant négligemment au bord de la chaussée, à quelques encablures de Montrichard où j'ai présidé mon premier mariage,
une camionnette faisant l'éloge de la louange: "louer, c'est la liberté",
les gestes délicats d'un papi pépère affinant sa haie, auxquels répondront comme en écho le soin et la régularité des pagayeurs de kayak quand ils effleurent la mer,
des antennes métalliques chatouillant le ciel et rivalisant de hauteur avec les Puys qui caressent les nuages,
un vidangeur au nom prédestiné : Bourbié
un plateau de Lozère hostile et austère où serpente une autoroute vibrante de chaleur, juste après un pont majestueux au milieu d'une monument Valley toute française,
des éoliennes, de celles qui trop souvent me font tourner la tête et qui reçurent à ce titre de ma part un accueil circonspect,
des clins d'oreille de France Inter, qui "donnent à penser" sur la nécessaire dialectique du risque et de la sécurité, tellement parallèle à celle du déséquilibre et de l'équilibre, ou de l'accord et de la dissonance.
Mais surtout, l'art autoroutier une fois de plus m'a pris de court, satisfaisant aux besoins naturels et légaux d'une pause bihoraire à quelques pas d'Aurillac, je me suis retrouvé percuté par un vers, et deux firent des dégâts. "Cette enveloppe si froide aux, regards cachait ... l'âme la plus brûlante." Ce ne pouvait être un hasard, ces mots écrits en aléatoire sur des poteaux verticaux. Parcourant ce champ de poésie rivetée dont le sens m'échappait, j'allais m'enquérir du pourquoi et du comment auprès du syndicat de tourisme sis plus loin. La jeune fille ne savait pas trop, c'était tout nouveau, et pour le vers que j'avais retenu, elle consulta un papier et vit que c'était de Ségur. - La comtesse? m'enquérais-je. - Ben je sais pas, c'est juste écrit Ségur, ah ben probablement, parce que pour La Fayette, c'est pas écrit le marquis... ni les galeries!

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