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advenir à la parole

Code Droit Canon 274 :  A moins qu'ils n'en soient excusés par un empêchement légitime, les clercs sont tenus d'accepter et de remplir fidèlement la fonction que leur Ordinaire (évêque) leur a confiée.

Il faut plus de six ans pour former un prêtre, enfin, pour commencer à le former, parce qu'on ne sait pas encore grand-chose quand on quitte le séminaire. On a bien suivi des cours, la théologie est en place, mais il manque encore ce je ne sais quoi de qui ne se découvre que dans la relation à l'épreuve du temps.

Lors des ordinations, ces six années se trouvent ramassées dans un instant, un oui donné, deux fois à l'appel de l'évêque, pour devenir diacre, pour devenir prêtre. Pléthore de signes, de gestes, de paroles dans lesquels il fait bon se replonger pour redécouvrir la fameuse joie des commencements. Dans ces quelques mots répondus se colore toute la vie de prière, de rencontres, d'affectivité, de relation à Dieu d'un prêtre.
Il faut être fou pour l'oser. Nous le sommes. Fous conscients, appuyés sur une générosité qui nous dépasse et nous porte.

Que de signes, d'attitudes (dont la moins impressionnante n'est pas la position couchée ou cette longue, si longue imposition des mains au rythme du Bourdon de la cathédrale), de gestes (les mains sont imposées sur la tête, ointes, élevées) de paroles reçues, prononcées... Il fallait au moins tout ça pour donner sens à une vie, pour la mettre en orbite, fragile équilibre de forces et d'attractions entre les deux barycentres que sont Dieu et les hommes.

Sans mentir, mettre ses mains dans celle d'un évêque n'est pas le rite le plus fort de l'ordination, mais il est peut-être celui qui portera le plus à conséquences... serait-on inconséquent, d'ailleurs, d'avoir osé le faire? Pouvais-je joindre mes mains dans d'autres que celles de Jacques Fihey, un homme qui prenait tellement cet acte au sérieux qu'il menaçait de sangloter quand ce moment arrivait. Je ne suis pas sûr. Mais je suis certain de l'avoir pris au sérieux. Sans savoir où ça me menait exactement, en sachant précisément que c'était vital, pour ne pas faire d'une mission sa chose, pour se savoir envoyé, pour ne pas devenir propriétaire de l'autre qui m'est confié... depuis un autre évêque est arrivé, et c'est avec lui que cette confiance va se tisser.

Enfin, il faut reconnaître que l'obéissance vécue chez les prêtres, globalement c'est cool. On ne demande pas l'autorisation pour changer de chemise, ou pour meubler ses soirées. Elle se joue à un autre niveau! Et là encore, faut pas exagérer c'est un monde où il y en a toujours quelques uns avant nous pour avoir dire non, un non motivé, certes, mais non quand même.

Seulement tout a commencé par un oui. Ou plus exactement, un oui commence l'achèvement d'un long processus de vie. 
C'est cela qui, sûrement, a le plus compté. Ces hommes et ces femmes qui nous ont accompagné, qui ont cru en notre parole, ont posé un acte qui nous a fait grandir en donnant du poids, de la gloire à nos balbutiements spirituels et humains. Et le oui du prêtre, qui est à l'image de tant de oui, est un oui épais d'humanités.

Un de ces hommes qui a su croire en moi plus que je ne savais, saurai le faire a été nommé évêque de Luçon voilà six années. Le pape lui demande déjà de quitter son peuple pour se rendre à Créteil. Il pleure de devoir quitter ceux qu'il vient juste de recevoir, mais il ira à Créteil, parce qu'il ne peut demander une relation de confiance et d'obéissance s'il ne fait pas cette même démarche pour lui même.

Michel est un être suffisamment libre pour prendre au sérieux ceux qui ne sont pas comme lui, ou dont le cheminement échappe à ce qu'il a construit. C'est en voyant des hommes libres mais engagés qu'on apprend ce qu'est réellement la liberté. .


Évêque de Luçon (Vendée) depuis 2001, Mgr Michel Santier a été nommé mardi 4 septembre à la tête du diocèse de Créteil (Val-de-Marne). (photo CIRIC.)

il a su poser les actes, dire les paroles qui font advenir. Peut-être que c'est un métier de prêtre que d'accepter d'accompagner, et reconnaître à chacun le droit de cheminer.

Commentaires

1. Le mardi 25 septembre 2007, 00:00 par David
mais que cela fait mal quand l'obéissance devient lieu de pouvoir posé ou subi!
2. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par David
j'avais conscience en écrivant ces lignes qu'elles feraient réagir. C'était d'ailleurs le sens de mon premier commentaire. Avais je le droit de parler, moi qui n'ai pas eu mal?
L'origine de ce billet, c'est la personne de Michel, son attachement à son diocèse, sa manière de faire vivre, sa décision d'accepter les missions qui lui ont été données, avec générosité. Son exemple me fait écrire, parce qu'il n'est justement pas léger.
Il y a pas mal de lieux où toute vocation peut être altérée, usée, fatiguée... une relation à l'Eglise mal vécue, un célibat douloureux, une reconnaissance mutuelle mal exprimée... le tout bien agité et compilé peut devenir invivable. Alors cette joie de servir, cette joie d'avancer, Michel nous la montre comme un chemin de vie. Bien sûr, marié ou prêtre, ce n'est pas pareil. Mais c'est une aventure pour laquelle il faut de solides premiers pas, même s'ils ne garantissent pas une escalade de tout repos, ou une réorientation vers un sommet plus à propos...
Cela dit, merci à chacun des commentateurs d'avoir pris son clavier!
3. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par NO NAME
je suis d'accord avec  fred: il n'y a pas de comparaison entre le mariage et la prêtrise; seelement le parallèle  nous vient facilement à l'esprit. Dans un cas  il y a engagement, dans l'autre il y a engagement et renoncement: ce qui n'a aucune connotation négative de ma part.
4. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par manucolomb​ani
"C'est en voyant des hommes libres mais engagés qu'on apprend ce qu'est réellement la liberté."
5. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par fred
il y a quelque chose de féodal dans ce geste des "mains dans les siennes" (donne-moi ta main, et prend la mienne, la cloche a sonnée...). Un dernier reste du serment du vassal à son seigneur. Tu as raison, David, quelle gravité que ce geste-là, alors qu'ordinairement le public se focalise sur la prostration in the tapis. Comment pouvoir s'assurer que cette obéissance sera ad vitam ? On n'est jamais à l'abri du successeur, forcément un intriguant. Guitat, dans un autre commentaire, dit : "oui mais la prêtrise est un engagement plus... je ne trouve pas de terme pour le définir".
6. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par Jean Christophe
Luçon a eu une chance extraordinaire d'avoir eu Michel comme pasteur. Je pense que c'est une souffrance pour eux aussi de le voir partir. Le peuple de Dieu qui est à Créteil s'apprête à recevoir un homme, un prêtre extra-ordinaire. Pour combien d'entre nous, prêtres du diocèse de Coutances, Michel a-t-il été celui par qui l'appel du Seigneur s'est construit, s'est enraciné. Il nous a permi de dire un jour ce OUI, sans que les difficultés du ministère viennent en cacher les joies, sans que la routine du quotidien n'en supprime la nouveauté, sans que "l'épreuve" de la durée n'y apporte des regrets.
7. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par NO NAME
En effet Michel est vraiment un homme de communion sachant accueillir et reconnaître l'autre même s'il est profondément différent de lui. Il sait reconnaître que l'Esprit Saint souffle où il veut en qui il veut.
8. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par Christophe
Recourt au droit canon ! ça ne rigole plus M. l'abbé !

L’autorité devrait toujours être un service. Parfois elle peut devenir un pouvoir au mépris de la liberté des personnes sur lesquels elle s’exerce.L'obésissance peut devenir un lieu de liberté si on accueille humblement la mission qui nous est confiée. Le prêtre ne s'approprie pas sa mission il l'a reçoit d'un autre. Même si parfois notre mission nous fais souffrir, il nous faut toujours nous en remettre au Christ "non pas ma volonté, mais la Tienne" (cf Lc 22, 42)

9. Le mercredi 26 septembre 2007, 00:00 par Guîta -Shakti
Magnifique article!

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