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éclats de vie évangélique

Il ne faudrait pas faire de promesses, aux autres ou à soi, c'est souvent trop difficile à tenir. Promesses de prière (ça tient AL?), promesses de disponibilité, d'écriture, de courriers (arg)... Comme un imbécile, il y a quelques temps, j'en avais fait deux :
venir dans la montagne des petites soeurs de l'Agneau pour retrouver cette amie qui y fait ses premiers pas,
et essayer de raconter cette rencontre.
J'ai tenu la première, la deuxième résiste depuis plus d'un mois, parce qu'une fois rentré, les mots ne coulent pas de source, les phrases rechignent à circonscrire une telle expérience sans trahir ni ceux qui la vivent, ni celui qui la voit.

Après avoir erré dans maintes amorces stériles, je choisis finalement de me plonger dans les mots d'une autre qui les a rencontrées, qui les a aimées:

Cet après midi, visite de trois petites soeurs de l'Agneau que m'envoie Selina: un délice de jeunesse, de transparence, de candeur. Je suis sous le charme au sens fort, tant elles incarnent de forces claires. Elles me racontent l'histoire récente de leur petit ordre voué à la joie du OUI. Elles se prénomment Lucie, Félicité, Marie-Liesse. Elles ont fait voeu de pauvreté, dorment sur un matelas de camping, ont place pour une petite étagère au mur, une minuscule table et une chaise. Leur rire ne cesse de perler. 
(Christiane Singer, derniers fragments d'un long voyage, Albin Michel p. 105)

Il faut en convenir, parler de pauvreté aujourd'hui, de leur pauvreté choisie par foi, cela sonne bizarrement dans notre société consommée. Et l'on se sent brusquement une vocation de justicier inquisiteur, à la recherche de l'exagération, du fanatisme, du simplisme... D'ailleurs, je dois l'avouer, l'ascétisme radical, tout évangélique soit-il, n'est pas ma tasse de thé. Pour cette dernière, je ne supporte l'astringence des feuilles infusées à 97° que dans la douce assurance d'un bouquet qui émerveille le palais.

Pendant la trêve de la Toussaint, je n'ai pas vraiment choisi de passer quelques jours dans cette communauté de l'Agneau à Plavilla. Elle est sans doute trop loin de ma mesure aristotélicienne juste-milieu-tesque (ça fait mieux que de parler de tiédeur!). Innocent, je fus ce visiteur impressionné qui arriva par une nuit d'automne. Il me fallait alors aimer mes ennemis habiter alors ce lieu.

Et la simplicité saute au visage, dans ces cabanons au milieu d'une forêt dépouillée de ses feuilles par un automne humide, du béton au sol et des murs blanchis. Dans chaque cellule, pas grand chose, une bassine, deux coffres sur lesquels est posé un petit matelas, une grande table, une chaise. Le réfectoire est du même acabit, avec un poêle à bois en plus, confort partagé avec la chapelle, blanche et bois, rustique, rehaussée de quelques icônes... Dehors, il ne faut pas oublier les gros pulls et les chaussures résistantes car la forêt se rappelle vite aux souvenirs, pour aller d'un cabanon à l'autre, pour se rendre à la chapelle à la lumière de la lune, ou de la lampe torche. Dans ce cadre rustique, il ne peut y avoir de chauffe-eau, il y a ce système qui, avec quelques planches, chauffe des litres prélevées au point d'eau à côté pour la vaisselle; ça fume un peu... ça ajoute des odeurs aux sensations déjà surprenantes...

et pourtant, il n'y a pas de masochisme dans ce mode de vie, juste une simplicité du quotidien, qui respire l'Evangile pur sans concession, et de la joie de vivre ensemble, de chercher l'unique nécessaire, en deçà du superflu.

A y songer, si nous sommes aussi violents dans nos jugements quand on les rencontre, c'est qu'on ne peut être que renvoyé dans les limites de nos propres lâchetés et compromissions. Ils semblent tellement au coeur de l'existence  que tous nos arrangements de chaque jour semblent vanités et tellement légers. Ils vivent là, simplement de ce qui est donné chaque jour, dans la Parole, dans la vie communautaire, dans la prière, dans la gestion du quotidien. Ils ont construit ce havre au gré des donations, ils construisent les menus au même rythme. C'est abondant, mais parfois surprenant... qui eût cru que je mangerais du civet de ragondin ?

 

Le seul moyen de comprendre ce mode de vie réside dans le fait de demeurer avec eux, de se laisser toucher par leur joie simple qui ne dit pas son nom... joie de lire et méditer la Parole de Dieu, participer à l'eucharistie dans la grande église de la Trinité qui rassemble chacune des fraternités de la montagne, joie d'adorer, joie de choisir la simplicité, la douceur, et de se laisser faire par la Providence et l'Evangile sans se départir d'une forme de responsabilité quant à sa vie.

Sans doute passent-ils à côté de quelque chose de la modernité, de cette habitude de l'homo consommator de vivre à la périphérie de lui même, emporté dans la valse des responsabilités de l'avoir, mais où quelque chose de l'homme se dit aussi. Nous ne pourrions pas tous être de cette radicalité là, elle pourrait devenir violence au lieu d'être douceur, fin quand elle n'est que moyen, angélisme quand elle est joie simple et brute... Un évêque les accompagne, qui les fonde et les relie à l'Eglise composée de tant qui ne sont pas comme eux...

Une nuit, nous nous sommes relevés pour fêter la Toussaint au cours d'une liturgie ample, développée, expressive sans être exubérante, qui rassembla dans de personnes diverses pour méditer sur tant d'aspects divers de ce mystère de la sainteté. C'était exigeant et beau, c'était exceptionnel, comme ils le sont au milieu de l'Eglise, ceux qui sont choisis pour annoncer la simplicité de l'Evangile. Quelques uns, au nom de tous, pour tous, afin que chacun réentende l'Evangile qu'ils vivent sans concession.

Commentaires

1. Le vendredi 16 février 2007, 00:00 par freddy
Je connais PLAVILLA et quelques petites soeurs
je suis heureux de les connaitre et un peu jaloux du bonheur qu'elles dégagent, alors qu'elles n'ont rien de matériel
Si j'étais plus courageux j'irai vivre là-bas.Je sais qu'elles prient pour moi et me soutiennent.Elles sont magnifiques
2. Le mardi 20 février 2007, 00:00 par David
je ne me lasse pas de les trouver surprenantes, quand je les croise... Mais je suis aussi bien content de leur choix, et du mien. Nous ne pouvons tous être dans leur choix... c'est la complémentarité de leur radicalité et de notre quotidien qui forme l'Eglise, aussi!
3. Le vendredi 7 décembre 2007, 00:00 par Guîta -Shakti
4. Le vendredi 7 décembre 2007, 00:00 par David
pour être fidèle, il faudrait un troisième billet... qui parle des petites soeurs et frères, de leur accueil, de leurs sourires, de leur disponibilité, de leur partage de tout, des pique-nique pantagruéliques qu'ils vous donnent quand vous repartez... trop à dire, je m'arrêterai là, pour l'instant.
(premier récit le 4 novembre 07)
5. Le vendredi 7 décembre 2007, 00:00 par Kim VdL
Je reviendrai lire ça, je m'amuse avec "il me fallait alors, aimer mes ennemis... remplacé par habiter alors ce lieu !  Ce n'est pourtant pas pour la rime !  Je viendrai lire la suite !  Je dois m'absenter !
6. Le samedi 8 décembre 2007, 00:00 par David
peut être même viendront-ils d'eux même à votre rencontre, Guîta. Plavilla, c'est le lieu de retraite, où tout le monde se retrouve, mais ils ont des petites fraternités un peu partout en Europe et dans le Sud de la France...
7. Le dimanche 9 décembre 2007, 00:00 par Isabelle
Eh bien, ce séjour t'a drôlement touché !
8. Le lundi 10 décembre 2007, 00:00 par NO NAME
En ce qui me concerne je n'ai pas envie "de comprendre" ce mode de vie, car je sais ce que j'aime et ce que je n'aime pas! Et j'aime le bruit et la fureur! Le calme et la solitude m'ennuie profondément!  A la limite, je passerais bien  une journée pour faire un reportage photo, mais juste une journée alors, et un jour de fête si possible ;-)

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