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erre, ô fragile

Le Parisien que je fus durant quelques laborieuses années d'études (par trop dilettantes sans doute) ne prend guère le loisir de retourner dans la capitale pour y honorer ses amitiés, retrouver ses lieux aimés, et vaquer en expositions et actualités culturelles en tous genres. Non que je dédaigne les films en VO réservés aux salles parisiennes, mais les occasions de se balader "là-bas" se font très rares. La dernière occasion fut l'ordination de l'excellent Romain à l'automne dernier. Aussi, ai-je boudé sans le faire exprès cette expo sur la BD de Superman au chat du Rabbin, évolution surprenante du super héros dans le 9e art, juif en l'occurrence.

En matière de héros, le chat du Rabbin (dont le premier tome est succulent) se pose là. Félin bavard, ami d'un rabbin en quête, on ne reconnaît pas dans le mistigri qui veut faire sa Bar Mitsvah tous les attributs des super héros des Marvel, ou de Super Dupont de Gotlieb.

En parlant de héros, les prêtres sont souvent revêtus par "les gens" de leur cape (à défaut du slip rouge sur le collant bleu), héros d'un cheminement qui semble difficile, fait d'abstinence, de renonciation (titre d'un article de PQR pour une ordination), de vie de manque, de pauvreté, de vide... dans une Eglise qui manque aux yeux de la société d'être florissante. Il suffit de voir les circonvolutions maladroites des hommes troncs du JT quand ils parlent des apparitions provençales reconnues... Super héraut de Dieu, fondant sa vie sur ce qui est une question pour beaucoup, soupçonné de candeur au mieux, de perversité au pire. Mais cette cape ridicule du super héros ne saurait lui seoir...

Aucun masochisme chez ces prêtres que je connais, ni un besoin malsain de s'engager dans une structure finissante, ni un attrait morbide pour les statistiques en chute, ni l'obligation de tout tenir, d'être fidèle à la rigueur d'une administration ultramontaine inhumaine. Non, ces prêtres sont des hommes de l'expérience, qui l'ont laissée entrer au coeur de leur vie, avec un vrai besoin, de la partager. Ils sont capables de garder une solitude parce qu'ils sont pris par cet appel à aimer tous ceux qui leur sont confiés, et que cela ne saurait se faire en demi mesure. Ce n'est pas simple, mais ce n'est pas un parcours de héros, c'est un chemin d'amoureux.

Leur distance leur donne l'autorité de la parole qui se pose simplement. Leur distance les autorise à regarder en aimant. Leurs études et leur mission donne du poids à leurs mots, même s'ils ont besoin d'apprendre de leurs contemporains comment se dit/vit la justesse. Et leur distance leur donne le goût de la relation.

Mais parfois, le superhéros supputé porte de plus en plus la cape dont on le revêt insidieusement, et elle lui pèse, grave,  sur les épaules. Il porte un moment l'aura de la perfection, de ces grands beaux et forts, jeunes dynamiques, qui sont tellement ...

et ce poids ferait même chuter. Le prêtre héroïfié est même plus fragile. Parce qu'il se perd.

parfois, un ami chancelle dans l'escalier, et vous savez qu'il faut être à l'équilibre, pour rire, et danser.

Alors, remisant la cape dont on nous orne, on regarde paisiblement le monde tel qu'il est... et peu à peu, naissent les projets.

Commentaires

1. Le dimanche 4 mai 2008, 00:00 par Véronique
savez vous que pour moi, vous êtes un héros David ! 
2. Le lundi 5 mai 2008, 00:00 par NO NAME
Moi je m'attache aux hommes ou pas, non pas pour leurs idées ou leurs croyances, mais par instinct ou par intuition, je ne sais pas.
3. Le lundi 5 mai 2008, 00:00 par Christophe
Je n'est jamais été très porté sur les déguisement. Donc pas de cape.
4. Le lundi 5 mai 2008, 00:00 par isabelle
Pour moi, l'engagement pour la prêtrise, à notre époque, est un choix surhumain, c'est choisir le front. Représenter l'Eglise alors qu'elle a tellement perdu sa cote est extrêmement courageux. S'attaquer aux idées reçues, avec créativité et joie, avec sa faiblesse et son espérance, c'est magnifique ....  on est bien loin du "journal d'un curé de campagne", se consumant dans son trip d'agneau immolé, et c'est tant mieux !!!!

Contrairement à d'autres époques, où les vocations semblaient émaner des nids à poussières des familles bourgeoises, c'est aujourd'hui un engagement réellement choisi, et guidé , et cela montre à la société que d'autres choses sont possibles, qu'il existe une alternative à  cette religion de non- être qu'on nous balance à la télé.

j'imagine que les prètres, s'ils sont jeunes, sympas, vivants, et intelligents, sont la cible de 1000 projections, bonnes ou mauvaises ... n'était ce pas déjà le cas pour Jésus ?
ça doit pas être facetoche tous les jours, j'imagine, mais également un bonheur proportionnel !
Et puis, la joie d'être à sa bonne place, et de porter du fruit autrement !!!
la vie est passionnante quand on s'y accomplit !
alléluia !
5. Le lundi 5 mai 2008, 00:00 par Kim VdL
C'est à cause du convoi spatial...lol !  Je comprends ces mots, et suis convaincue qu'il n'y a aucun masochisme chez les prêtres mais un vécu et un engagement, un choix de rester disponible au plus grand nombre sans s'embarquer dans des relations exclusives, même si ce n'est pas facile.  Ainsi, cela ressemble à un chemin d'amoureux, j'en serais bien incapable, mais je suis bien consciente que nous avons besoin d'eux ! Quel talent pour l'écrire en semblant s'amuser avec les BD ! 
6. Le mardi 6 mai 2008, 00:00 par isabelle
allez un petit forum- débat chez David !  c'est chouette !

pour Henri:

oui, c'est vrai, on connait certainement tous des personnes remarquables, pleines d'amour , dont on est surpris de voir jusqu'où elles peuvent aller dans le don ... elles ont fait ce choix d'aimer, malgré les efforts que ça demande, elles ont choisi le meilleur.
Mais demandez leur d'où leur vient cet amour, et  elles vous parleront d'un parent, ou de quelqu'un qui les a aimées, du souvenir merveilleux qu'elles en gardent ... on ne peut donner que ce qu'on a reçu ... on est passeur d'amour ... l'amour, il nait quelque part , c'est une source ...
7. Le mardi 6 mai 2008, 00:00 par David
vous savez Romy, on peut ne pas être d'accord avec pas mal d'idées, même d'Henri, qui a au moins le mérite de lire pas mal d'articles qui ne sont pas sur sa longueur d'ondes... mais la dernière phrase qu'il a posée, je la signe des deux mains. Même pas besoin d'y réfléchir à deux fois. Ne pas asséner un message mais l'être. ça me rappelle quelqu'un. ça me rappelle un projet de vie. Je crois même qu'il a compris tout l'article au dessus. Alors merci de vos contributions à tous, parce qu'ensemble, il n'y a plus de héros, mais des histoires jointes, et du génie à partager.
8. Le mardi 6 mai 2008, 00:00 par Romy
@ Henri :

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