C'est bien connu, les prêtres, ça ne bosse que le dimanche, et encore de 11 à 12! Le reste du temps, ils sont désoeuvrés et ils écoutent les confessions des grenouilles de bénitier parce qu'elles ont critiqué les "créiatures", les fameuses bigottes de Jacques Brel. Ils portent des complets gris élimés, roulent en clio ou en 206, plus ou moins crado, et ne connaissent rien à la vie.

Alors, l'idée même qu'ils puissent sécher la chaire dominicale paroissiale ne peut effleurer le péquin vaguement chrétien, sûr qu'il ennuie des enfants obligés, chantant des cantiques surannés accompagnés à l'orgue à un doigt, et prêchi-prêchant une morale vieille France dans des vêtements liturgiques ridicules.

Histoire de briser un peu le mythe, James Whitaker avait mis un panonceau, au bord de son jardin de curé... je l'avais déjà cité:

"Avant, le curé portait une robe noire qui le rendait aisément repérable. Aujourd’hui, devant la recrudescence des prédateurs, le rusé petit animal a muté en adoptant une robe qui le rend méconnaissable.

Il n’a pas de territoire particulier, comme le faucon (mais il ne l’est pas), il peut nicher à la campagne comme dans nos cités fortement urbanisées.

Pour le reconnaître, il faut avoir l’œil exercé :
¤ Il est furtif, toujours pressé, comme s’il était entre deux rendez-vous.
¤ Fier, il a conscience de sa rareté, il finit par croire qu’il est précieux.
¤ Humble, il ne se fait pas beaucoup d’illusions sur son poids social.
¤ Têtu, il est convaincu que ce qu’il a à dire est bon pour l’homme d’aujourd’hui.
¤ Il est naïf, il a tendance à croire ce que lui disent les gens. C’est ainsi d’ailleurs qu’il est le plus facile de l’attraper.
¤ Pas agressif, il est plutôt familier de l’Homme.
Si vous observez discrètement, vous aurez peut-être la chance d’en observer un. "

Or pour que le migrateur puisse bouger un peu, il convient qu'il s'organise, surtout dans les villes, pour vagabonder un peu, même les dimanches. Au prix d'une anticipation drastique, à Saint Lô, nous pouvons parfois aller de ci, de là, à un week-end de jeunes, une profession de foi, ou quelques heures en compagnie d'un filleul, d'un neveu.

Samedi dernier, après la journée de préparation à la confirmation, sous une pluie battante, j'ai sauté dans ma voiture, dédaignant, grand seigneur, les considérations sur le prix du Baril de pétrole, pour rejoindre la région de Rouen où l'un de mes filleuls allait gagner un an. La journée avait été passionnante, mais harassante, parlant à tous, rencontrant chacun... aussi, je suis parti léger, léger, avec un sac mal fait à la hâte.

La soirée a été superbe, riche d'un échange qui fait du bien. J'avais eu la joie d'être le témoin de ce couple lors de leur mariage, et la qualité de nos discussions est comme une suite de cet accompagnement du premier instant. Permettre à un témoin de l'être longtemps, fidèlement, c'est un beau cadeau qu'avec eux je reçois. Le corollaire nécessaire de cette qualité est la brièveté des nuits, surtout quand la messe du coin est à 9h30!

Or au moment de partir, je me suis rendu compte que dans ma (et sous les) précipitation(s), j'avais oublié mon aube et mon étole chez moi. Zut. D'autant plus que lors de mon précédent oubli, ils m'avaient prêté une aube qui arrivait juste au-dessous du genou, et une étole séculaire à bord brodé, le tout n'étant pas sans évoquer la robe de soirée, en version blanche, de Ron dans le IVe tome de Harry Potter.

Vu la situation, je décide, incognito, foulard rabattu sur la petite croix, de vivre l'eucharistie avec mon filleul dans l'assemblée, pour l'accompagner en ce dimanche qui précède son troisième anniversaire. Après avoir fermement refusé de faire la quête (faut pas pousser), j'ai compati à la rude tâche des parents qui ont quatre enfants de moins de 6 ans le dimanche, c'est sportif, certes, mais tenir dans ses bras son filleul pour partager ce moment de l'eucharistie est aussi un trésor fabuleux... "regarde, là, c'est important, Jésus..."

Tout s'est bien passé jusqu'à la fin de l'eucharistie, où à six reprises, des paroissiens dont je ne me souvenais pas sont venus gentiment me tancer... "fallait venir dans le choeur, mon père, on vous aurait prêté une aube", "si j'avais su, je ne vous aurais pas demandé de faire la quête"... Aïe, je me suis fait repérer.

confondu, et penaud, j'en garde deux notes pour plus tard,
- c'est plus facile de tiquer sur les approximations d'une homélie quand on s'occupe d'un bambin qu'assis aux côtés du prédicateur,
- ne jamais oublier son "sac à messe" quand on va à une célébration où l'on risque d'être repéré!

Commentaires

1. Le lundi 2 juin 2008, 00:00 par Véronique
petit billet " léger " que je lis avec délice !
2. Le lundi 2 juin 2008, 00:00 par David
c'est tout de même bon pour voir "ce que cela donne vu d'en face", même s'il ne faut pas le faire quand on vous connaît, je comprends que cela choque, ça me gênerait aussi...
du coup, vigilance sur la longueur des homélies, les gestes à poser, ou sur l'air pénétré pour dire...
" Fais que nous possédions, Seigneur Jésus,
 la jouissance éternelle de ta divinité,
 Car nous en avons ici-bas l'avant-goût
 lorsque nous recevons ton corps et ton sang." (oraison finale de la fête du saint sacrement)
c'est beau, mais ça vieillit mal. rhooo, il a pas osé? si? rhooo.
3. Le mardi 3 juin 2008, 00:00 par David
je suis toujours surpris par les chemins détournés que prennent certains, tellement détournés qu'ils conduisent leurs pas jusqu'ici, jusqu'à se sentir suffisamment à l'aise pour laisser un mot au "cureton", mais surtout pour se reconnaître d'une fraternité qu'on ne pourrait soupçonner.
Bienvenue à "nous" et à "Dani", j'espère que vous vous retrouverez dans ce projet de blog, qui s'amuse avec les effets de la lumière dans la pluie, à défaut de parler du soleil!
4. Le mardi 3 juin 2008, 00:00 par nous
certain dise mon père perso je n'en ai qu'un il m'attend quelques part ailleurs
5. Le mardi 3 juin 2008, 00:00 par fred
tout cela n'arriverait pas si tu portais la soutane mon cher David ! Comme au bon vieux temps de la sainte Eglise de toujours !
6. Le mardi 3 juin 2008, 00:00 par NO NAME
 
7. Le mardi 3 juin 2008, 00:00 par NO NAME
Fier, il a conscience de sa rareté, il finit par croire qu’il est précieux. 
Humble, il ne se fait pas beaucoup d’illusions sur son poids social.
8. Le mercredi 4 juin 2008, 00:00 par Eliette
hum... pas discret David!!! apparemnent la profeesion de prêtre te correspond mieux qu'espion! ah, j'aurais bien voulu voir une photo de toi et cette fameuse aube^^ 

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