Quand on est bien fatigué, que la moindre réunion devient une lutte désespérée contre les picotements incoercibles des paupières, il ne faut pas lire de livres trop épais, ambitieux, compliqués, à la prose exigeante, mais on se met à chercher des opuscules miniatures, aux chapitres riquiqui qui vous emmènent par le bout de la plume au gré d'un imaginaire accessible et envoûtant. ça doit être pour cela que Vallejo, Maurer, Cheng et Sesbouë prennent tranquillement la poussière et que je me suis abandonné entre les pages incompre(hen)ssibles de Raymond Devos.

On y suit, au rythme des glissements lexicaux, des associations d'idées et de mots tous farfelus et inattendus, Max, un mime muet qui joue dans un cirque où il excelle à marcher contre les tempêtes qui n'existent pas et à donner envie de boire de l'eau d'une bouteille qui n'existe que par les mouvements de ses mains. Max se trouve sommé d'emmener Duke dans le pays dont seul il semble pouvoir être le guide, le pays de l'imaginaire. Mais il se perd là bas et arrive au-delà de l'imagination, où le jeu de mot prend forme de réalité, où l'on rêve de réel.

Alors, au gré de ses divagations errantes sur cette île merveilleuse, on suit Max à la rencontre d'une population délirante et délicate, qui rêve de délivrance et de retour au réel, au rythme de chapitres délicieux délinéant les pourtours d'un pays en mouvement. Le voyage n'est pas cher mais les émotions garanties. En plus, vous croiserez même un homme thon et l'oeuf de Christophe Colomb.