Certains matins, le monde vous semble passablement hostile. Le réveil, que l'on a oublié de modifier la veille, sonne beaucoup, beaucoup trop tôt, l'air dans la chambre est froid, et la radio qui vous berce de ses infos matutinales vous agresse... Alors d'un poing rageur, vous fermez le clapet de l'anticlérical primaire Philippe Val, surtout en sachant qu'il va être suivi d'une logorrhée de Ségo. Réveil, Krach boursier, Val, Royal, ça plombe le moral. Stop. Débordé par un entrain de dépressif, il faut s'extraire du lit, se diriger vers la douche, appuyer sur le bouton de la machine à café en passant (la salle de bain est après la cuisine!) et laisser l'eau chaude faire son oeuvre (l'eau chaude de la douche, suivez, quoi!). Un nouveau passage par la radio la condamne à nouveau au silence. Tant pis, je ne saurai pas si le monde s'est auto-détruit cette nuit.

Propre, caféinisé, les brumes du réveil passent encore par bouffées sous les paupières fraîchement descellées... un peu de musique, ce matin, pour partir en douceur. Un CD.

Un truc pas trop violent, pas de texte, pas du moche non plus, ça n'irait pas. Quelques accords d'orgue et c'est le chant monastique de la Pierre qui Vire qui emplit l'espace en vibrations inhabituelles pour un appartement citadin. Et la résonance fait son effet. La prière des moines enregistrée il y a quelques années vient creuser un espace à l'intérieur, un besoin de respiration, de souffle, de prière. La volonté jouait l'arlésienne, elle se laisse évangéliser en douceur.

Le temps de prière vécu, après le petit dej, un peu de jazz pour lancer le travail... pas de paroles, ce n'est pas le moment. Du Django, pour le boulot. Et les doigts sur le clavier se laissent guider par les arpèges sur le manche de la guitare... Plus tard, il y aura du silence, des infos peut-être, du bruit pour le repas, des groupes de kt, et ce soir, quand la journée déposera un voile d'obscurité, j'abaisserai les lumières, et goûterai l'orée de la nuit dans les volutes du stabat Mater de Pergolèse, les Vêpres de la Vierge de Monteverdi, la chaconne en Famineur de Pachelbel ou quelques minutes de Rindik... il sera temps de dormir.