Même si la genèse a eu le bon sens de réserver à Dieu sa place au-delà des étoiles et de leurs inéluctables destinées, le terrien ancré dans les soucis quotidiens, quand il aperçoit un carré de ciel clair au milieu des nuages, est parfois tenté de voir décoller sa vie spirituelle vers des cieux plus cléments. Recherchant les orbites les plus stratosphériques, il gagne en hauteur en se détachant des étages inférieurs, telle la fusée dont il envie l’allure, la portée, l’étage supérieur et sa charge utile.

Si la vie spirituelle a parfois des velléités de se donner des allures spatiales, cherchant en des nuées éternelles le lieu de la vie en Dieu (quelque part au creux du coeur, ou sous le chapeau du crâne), la Bible, quant à elle, a acquis sa sagesse avant Apollo et les aphorismes de Gagarine qui ne vit pas Dieu dans l’espace, et demanda aux alpinistes pétro-mosaïques de redescendre fissa de la montagne.

Point d’éternité de l’âme seule en vue, ni de transmigration, c’est bien la résurrection de la chair, de l’homme dans son ensemble, étages inférieurs compris, qui est promise. C’est sans doute pour cela que l’Eglise, certes toute à l’écoute du monde de ce temps, ne perd cependant pas ses vieilles traditions spirituelles et invite à prier de tout son corps, charnel et ecclésial, car c’est bien dans ce(s) corps que la résurrection sera donnée. Que notre faim et soif d’une vie spirituelle épanoui(ssant)e s’ancre dans l’expérience du jeûne provient alors du même élan, un vrai élan spirituel. C’est tout entier que Dieu veut me ressusciter.
Ainsi, de tout mon co(eu)rps, je pourrai (me) donner.