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qui a "cru" croît

Je trouve encore à cette époque de l’année sur les étals de mon supermarché des tomates d’un rouge aqueux et tapageur. On pourrait y voir un signe du réchauffement climatique généralisé, mais elles ne sont que le fruit contre nature d’une culture « hors sol », les pieds baignant dans une solution nutritive, au sein de serres surchauffées.

Identiques, stables, elles décorent les quiches avec brio tout en ne lui rajoutant pas la moindre once de goût, ou alors un bon vieux goût de flotte. Il faut dire que le coton imbibé où elles puisent leurs ressources n’a pas l’épaisseur des terres où elles pourraient s’enraciner dans les bonnes saisons.

Quand je les vois, j’aime bien me rappeler que l’Evangile nous invite à ne pas devenir des chrétiens « hors sol », vivant d’un ersatz de foi puisé dans un substrat aseptisé d’un coton bien pensant moribond. Non. Il faut se rattacher à la vigne. Parce que non seulement on ne pousse pas hors sol, mais on n’est pas des tomates. Le jus de tomate, même salé, ça se subit. Le jus de raisin, habilement fermenté, ça se déguste, ça donne même des avant-goûts de ciel. Elle est quand même bien, cette Bible, aux accents plus oenophiliques que végétariens.

Si c’est pour faire du bon vin, je me sens plus prêt à me raccrocher à la vigne, plutôt que de  faire de mon côté une imitation imbuvable, quitte à trouver le cep noueux, la cohabitation en grappe serrée, pressé à longueur de journées. et qui sait, ça pourrait donner un “Figeac 71, mon Saint Emilion préféré. Introuvable. Sublime, rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Eclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue”. On y est! (naturellement, je ne mets pas l’auteur de la citation. Tout le monde a reconnu)

Commentaires

1. Le mardi 5 mai 2009, 22:34 par David

bon, forcément, tout le monde s’en est douté. Ce billet est très largement inspiré des lectures de dimanche prochain pour lesquelles je devais faire un billet à la radio. J’ai bien modifié pour que ça rentre dans le format “blog” sans homélie. Mais ça sent l’homélie à 30 km. Pfff.

2. Le mercredi 6 mai 2009, 00:15 par Edmond Prochain

En même temps, si tu mets un tag “homélie”, forcément… ;-)

J’ai toujours trouvé très symbolique (et hautement sympathique) que toute la vie terrestre de Jésus soit comprise entre deux fameuses histoires de pinard. Et ce sent de l’image, quand il définit la Trinité comme une petite entreprise familiale de vignerons… On dira ce qu’on voudra, mais il savait vivre, le Galiléen !

3. Le mercredi 6 mai 2009, 08:43 par do

Ce qui est fou, c’est qu’il a inventé le vin juste pour nous parler de Lui.
Sur l’écran du Ciel, l’icône de l’amour de Dieu, c’est une coupe remplie de vin…
Même le dernier des ivrognes, qui pense que le vin est la seule consolation pour son cœur blessé, a compris quelque chose d’essentiel sur Dieu lui même, sans le savoir.

Et c’est la seule raison d’exister du vin!

4. Le mercredi 6 mai 2009, 09:07 par Marc

J’aime bien cette idée de chrétiens hors sol, il me semble avoir déjà entendu ça ailleurs mais c’est une bien belle manière de réfléchir sur nos pratiques.

5. Le mercredi 6 mai 2009, 16:11 par Eliette

chouette billet! (j’arrête pas de dire chouette ces temps ci c’est terrible!!!)
je pense que mg préfère également une “Bible, aux accents plus oenophiliques que végétariens.” ^^

6. Le mercredi 6 mai 2009, 19:18 par henri

Je ne ferais pas de commentaires car j’ai une gueule de bois sévère après avoir fêté hier soir le mariage civil de vieux amis à moi …. Hu Hu ;-)

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