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La spiritualité du puzzle

A beaucoup penser les progressions dans les camps de jeunes, on a pris l’habitude de construire des déroulements pédagogiques linéaires, supposant un “point de départ” commun, et une arrivée de démarche. Temps de partage, temps de prière, temps communs, services, sacrements s’accrochent sur le fil à parcourir. Et hop, allons-y, tout le monde d’un même pas. C’est efficace, logique, cohérent, rassurant. Un simple redoublement de consonne et la balade spirituelle devient ballade… “A la fin de l’envoi, je touche”. Dans l’élaboration, c’est facile : on prend un thème, on le déploie, puis on le file. Accrochez-vous les jeunes, on va vous emmener dans une belle aventure.

Sauf que cette année, pendant le camp vers Landévennec, le fil semblait bien embrouillé. Rien ne semblait dans le bon ordre. Des éléments épars se posaient dans l’emploi du temps, comme des blocs posés en vrac un vrai pierrier dont il semblait difficile de percevoir l’équilibre, d’autant plus qu’il était rendu glissant par une pluie battante inextinguible (pour les rigolos qui voudraient signifier qu’inextinguible, c’est plutôt le feu, ben tant pis, une pluie qu’on ne peut pas éteindre, ça me plaît d’autant plus qu’on ne pouvait pas étendre le linge mouillé non plus.) :

Une marche mais la pluie en brouillait les pas, des temps de partage dans le vent du matin, dans le soir fatigué, un Fest-Noz, qui comme chaque soirée festive a fonctionné par tiers: un tiers à fond, un tiers dedans, un tiers dehors, des partages fractionnés par des errances, des temps de services qui se poussaient, des veillées au feeling, des temps mous, des témoignages, des feux de bois qui ne démarrent pas mais donnent la parole, des accompagnements, de la tambouille, du pardon, des pleurs, tout quoi mais…  comme si rien ne se laissait relier. Il y avait tant à vivre, et une telle possibilité de passer à côté, en glissade mouillée/fatiguée/énervée/déçue… Et pourtant, tout était là. Et tout s’est mis en place peu à peu.

Dans le déroulement linéaire, y a pas intérêt à lâcher le peloton, dans le camp en vrac, chacun compose au gré des moments, de son état, de ses relations, de ses attentes le rythme de son puzzle spirituel. Touchés, certes, mais de partout. Comme les encycliques de Jean Paul II qui ne structuraient pas sa pensée en 3 parties mais la cernaient en circonvolutions sphériques, nous avons posé ensemble des éléments pour des élaborations personnelles. C’est inhabituel. C’est déstabilisant. Finalement, il fallait d’autant plus faire confiance, confiance dans l’engagement des jeunes, dans la pluralité des résultats possibles, dans l’absence de “summum” fédérateur, dans l’élaboration de strates qui font sens.

On pourrait leur demander, je suis sûr qu’ils ont été touchés. Je suis heureux, moi aussi, de m’être laissé déplacer.

Commentaires

1. Le samedi 9 mai 2009, 10:22 par David

Bien sûr, ce n’est pas un “super récit” de Landévennec, mais une petite prise de distance, qui autorise du coup chacun d’avoir vécu différemment ce camp, même en dehors des sentiers tracés par les animateurs. Ah ben si, c’est chouette alors!

(c’est un peu la logique des festivals, d’ailleurs, non?)

2. Le samedi 9 mai 2009, 11:52 par Christophe

Il faut parfois laisser un peu de place pour l’Esprit Saint….

3. Le dimanche 10 mai 2009, 20:30 par Christophe

C’était il y a deux-trois mois à peu près !

Pour comprendre le commentaire allez ici http://christopheferey.over-blog.ne…

4. Le dimanche 10 mai 2009, 21:26 par fifi

Les images sur la gauche sont superbes !!!

5. Le lundi 11 mai 2009, 08:03 par Claire

Essayez Lérins une prochaine fois….. De toutes façons sans eau le grain semé ne peut pas pousser….

6. Le lundi 11 mai 2009, 09:08 par David

Cherbourg-Lerins, Claire??? je crois que le pélerinage se résumera à une semaine de transports! Rassurez-vous, il y a d’autres abbayes. Toutes ne font pas de vin comme Lérins, toutes ne sont pas accessibles en bateau, mais toutes disent quelque chose de beau sur Dieu.

7. Le lundi 11 mai 2009, 09:59 par Edmond Prochain

Ah, c’est marrant, ton titre m’a rappelé un texte-bilan d’un week-end l’année dernière… il nous était arrivé plus ou moins la même aventure qu’à ton emploi du temps.
J’avais intitulé ça : “Les grâces du kaléidoscope” ! Comme quoi… ;-)

8. Le lundi 11 mai 2009, 12:38 par David

kaléithéoscope, préciserait David Sire!

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