S’il restait un grand tabou, dans les arcanes de l’Eglise, outre le mythe récurrent mais toujours amusant dans toutes les cultures du tunnel qui relie les presbytères aux couvents, c’est celui de la pauvreté des religieux en tous genres.
Il faut de prime abord, sur ce sujet, clairement établir la différence entre les religieux qui la promettent dans leurs trois vœux, et les prêtres séculiers qui la vivent! ;-). Plus ou moins… Mais le tabou de l’argent est tel qu’on n’ose à peine chercher à savoir comment et de quoi ils vivent. De rien, soit, mais des riens gros comment? Les religieux mettent tout en commun, et ne possèdent rien en propre. Ils choisissent de renoncer à la propriété personnelle, et en communauté un sain rapport aux choses matérielles… tel le Christ ! Pas toujours si simple d’ailleurs, quand les biens de la communauté se font naturellement abondants. On n’en reste pas moins impressionné par ces communautés vivant au jour le jour de la Providence, tellement à rebours du modèle de notre société de consommation.
Les plus éloignés des cercles ecclésiaux pensent encore que l’Etat salarie le clergé… Une stricte laïcité ne saurait le permettre (au moins dans la France de l’intérieur). Les prêtres vivent donc de riens, et qu’un de ces abbés se permette une voiture un peu trop voyante, ou luxueuse, et les imaginations s’enflamment sur les OPA sur les quêtes. En fait, ce sont les dons des chrétiens, et les offrandes pour les messes qui font vivre au quotidien les prêtres, qui paient un loyer très modéré, mais font face au quotidien pour le reste. Dans notre diocèse, nous avons fait le choix que tous aient exactement les mêmes indemnités, peu importent les responsabilités. L’idée étant d’avoir assez pour vivre, et pas assez pour s’enrichir.
Ensuite, à chacun ses choix… La voiture, où l’on passe tant de temps, les vacances pour respirer, les livres pour s’ouvrir, un resto de loin en loin, l’ordi pour le boulot, un don sur le trop, ou le nécessaire. Les prêtres diocésains ne font pas à proprement parler de vœu de pauvreté mais s’engagent à conformer toute leur vie au Christ, ce qui revient un peu au même.
Alors mon luxe, ce week-end, aura été de pouvoir me libérer un peu, m’échapper quelques jours, traverser la France pour noyer trois fois baptiser Noémie, retrouver des essentiels, des pas vus depuis longtemps, se raccrocher à des rires, en quelques instants en découvrir de nouveaux, somnoler et lire dans le train, ou au soleil d’une fontaine en attendant un ami pour casser la croûte avec lui…
Sous la chaleur de plomb, loin de Cherbourg, je découvre aussi le luxe de ne pas chaque jour devoir traverser Paris, et de me dire que les Parisiens cachent leur joie… et s’ils méprisent le climat cherbourgeois, je n’envie pas la course du soir dans la gare saint Lazare. Amis parisiens, jamais je ne cours pour un train, chaque jour mes voisins me sourient, et si mes pas s’accélèrent, ce n’est qu’au gré, venteux, des embruns !
Mais comme le luxe pour un prêtre est chose répréhensible… il me faut m’acquitter en cet après-midi de mes devoirs, comme les autres et remplir cette fameuse déclaration. ça y est, je suis revenu.


sur le Blog de 

11 réactions
1 De Vianney - 27/05/2009, 17:15
Attention ! Vous êtes en réalité victime d’un terrible virus :
http://www.lardeau.net/les-gouts-et…
L’humour est un luxe bon marché
2 De Marc - 27/05/2009, 17:31
Mais c’est vrai que c’est tabou cette question de l’argent, il y a vite un sentiment de culpabilité qui parfois s’installe.
Il y a sans doute une grande pédagogie à faire autour des paroles du Christ sur l’argent qui sont souvent assez complexe à recevoir.
3 De Edmond Prochain - 27/05/2009, 17:31
Réflexion d’un ami prêtre, qui revenait sur les changements que sa vocation avait apportés à la vie telle qu’il l’imaginait plus jeune : “Quand j’étais ado, je me disais : à trente ans, j’aurai plein d’argent ! C’est dire si je voyais grand. Après… bon, bah : l’âge c’est une question de temps, et l’argent c’est pas tant une question.” :-p
4 De Claire - 27/05/2009, 19:39
J’en connais des qui , maintenant qu’ils bossent à la télé, mettent des jeans à la mode…et apprécient…
J’ai couru après un train…grève cachée… vu des coquelicots le long des voies, Saint Lazare empaquetée pour travaux et mes voisins(nes) me sourient et me parlent…aujourd’hui calme plat, pas d’embruns sur le bassin “stalinien” de la réserve.
5 De Anne-Claire - 27/05/2009, 20:22
Tu as donc traversé Paris….
6 De David - 27/05/2009, 22:24
@ Vianney: je dois être d’une culture underground qui accepte de parrainer des hackers en espérant qu’une partie du piratage ira à quelques oeuvres utiles. Enfin, je dis ça mais la rémunération est telle que… bref.
@ Marc, tabou, compliqué, surtout quand on commence à parler rémunérations dans l’Eglise. pour un homme seul qui choisit la non richesse, passe, mais pour une famille… rude. et compliqué. Userait-on ou abuserait-on du bénévolat salarié?
@ Edmond, celui qui a trente ans a les moyens de ne pas s’en faire est finalement heureux. Je crois que les prêtres peuvent être de ceux là, dans une certaine mesure. Et la mesure qu’ils ont choisie et qui les comble est d’ailleurs parfois supérieure au dénuement d’hommes ou de femmes qui travaillent pour leur famille.
@ Claire: des jeans à la mode, à la télé? il doit être religieux, au moins. Vous saurez lui garder les pieds sur terre,
@ Anne-Claire: oui, oui… il y faisait chaud, et ça sentait des veilles de grèves. Et je repensais à la fameuse idée de “qualité de vie”…
7 De henri - 28/05/2009, 05:04
En ce qui me concerne, je ne l’ai pas vu passer la grève. C’était une grève molle.
8 De Lapinos - 28/05/2009, 19:16
Il reste que les prêtres bénéficient d’une certaine sécurité d’emploi et de revenu qui les rapproche du statut des fonctionnaires de l’Education nationale, par exemple.
Le principal outil de travail d’un curé, à savoir son église, appartient bien à l’Etat.
Je dis ça parce que, s’il ne me viendrait pas à l’idée de reprocher à un prêtre de mener grand train (moi-même je dispose de faibles revenus et je sais bien que c’est la peur du lendemain qui fait la véritable pauvreté en France), en revanche je trouve que les prêtres font preuve d’une grande dépendance intellectuelle vis-à-vis de l’Etat.
L’argent ne devrait pas être tabou pour les prêtres. Luther n’était pas parfait, mais il a fustigé les pratiques commerciales usuraires ou spéculatives comme il semble que plus aucun prêtre n’ose le faire en France ; ça paraît plus utile que de se bouffer le nez pour des détails liturgiques.
9 De Le Zeph' - 01/06/2009, 16:59
L’observation de Lapinos parlant d’une certaine sécurité de revenus me fait (tristement) sourire car le revenu mensuel moyen des prêtres (sauf erreur ou omission comme on dit) se situe entre 600 € et 800 €. !
10 De Lapinos - 02/06/2009, 12:52
Je parlais de la régularité, pas du montant des revenus.
“Qui veut gagner sa vie la perdra” : moi ce qui me fait tristement sourire c’est qu’on puisse dire que l’Evangile est compliqué à comprendre sur le point de l’argent, thèse que le jeune homme riche lui-même n’aurait pas osé soutenir.
Ce qui est peut-être plus difficile à comprendre, c’est par quel tour de l’histoire la pauvreté du tiers-monde est devenue la rançon de notre propre richesse matérielle, transformant tous les “Occidentaux” à l’exclusion de quelques-uns en “jeunes hommes riches”.
11 De do - 06/06/2009, 21:29
un peu tard,
je crois qu’on confond parfois pauvreté et misère.
La pauvreté, c’est quand on n’a presque rien ou rien, mais que personne ne veut vous le prendre.
La misère, c’est quand en plus, on vous met dehors de chez vous, qu’on vous enlève vos enfants pour les mettre à la DDASS ou pour en faire des enfants soldats, et là, ce n’est plus le matériel qui est atteint, mais l’intégrité de la personne et de sa famille. C’est ça qui est grave: de ne plus pouvoir assurer la sécurité des siens.
En cela, les religieux, même moines, font choix de pauvreté, mais pas de misère; Leur pauvreté ne les amène pas à partager cette souffrance.
Mais ce que veut le Christ pour nous, ce n’est pas la misère. c’est plutôt une pauvreté qui nous évite de nous croire indépendant de Dieu et des autres. La misère, il faudrait la combattre, et pour cela, combattre les structures de péché décrites plus haut. Peut-être pas en fustigeant: Il existe des initiative positives, créatives, qui proposent des échanges équitables et des prêts respectueux (microcrédit) et qui marchent fort bien.
Et puis, surtout, avant tout, évangéliser. Si les riches connaissaient Jésus, leur argent leur brûlerait les mains. Ils en feraient un meilleur usage.
Donc, évangéliser, en commençant par les riches et les ministres… et la culture. (C’est pas gagné! : ))