petit coup de speed
Par David le Vendredi 28 août 2009, 14:31 - les mots pour le dire - Lien permanent
C'est le soir et je ne suis pas chez moi ;
Ça arrive de temps en temps, plutôt pendant l'été, un camp, une balade, des vacances, une absence... Pas mal de variantes sont possibles, avec des amis, ou seul pour quelques jours, toile de tente, dortoir, clapier de montagne, chambre d'amis ou familiale, moquette de salle paroissiale...
Dans ma besace, quelques fidèles tout de même, une Bible, un bréviaire, une boîte à messe dans le coffre, quelques bouquins cet été (Pennac et ses chagrins d'école, Corto Maltese, Les braises de Sandor Marai, Bulles et Nacelle, un Baricco, le dernier Delerm...), Brel et Brassens pour les oreilles, Valse avec Bachir pour le plaisir.
Parfois incognito, une (trop) discrète croix en bois, péquin d'assemblée dominicale, ou un anonyme sac à dos de randonneur, parfois plus visible, avec un groupe de jeunes, ou dans une église où je me retrouve à présider. C'est arrivé une fois ou l'autre, cet été, pour éviter à un prêtre de longues heures de voiture en montagne, ou...
pour la joie de célébrer avec un prêtre qu'on ne connaissait que par ses écrits, pour habiter le lieu de sa vie, et vivre avec lui l'eucharistie. Aux débutants et négligents (j'alterne entre les deux) l'omission récurrente de se faire préciser le nom de l'évêque avant la célébration (et blam, un blanc, un chuchotement), et la politesse de laisser lire l'Evangile.
Il arrive même dans ces moments là qu'on tombe sur un texte inconnu, un inouï. A la question habituelle des premiers cours de caté de savoir si on a déjà lu toute la Bible, une pirouette sur le caractère rébarbatif de certaines listes législatives ou généalogies sauve bien souvent la face, et la certitude que la liturgie nous fait fréquenter tout un joli parcours sauve l'amour propre de l'aveu d'impasses qui feraient rougir un élève de terminale à deux heures du bas. Sauf que finalement, il y a bien des trous dans la Bible de la Liturgie, même en trois ans, et les célébrations particulières se chargent de miter le reste de trous sympathiques.
Plus question alors, sur un texte inconnu, de sortir une mini homélie du chapeau, notamment quand, à Dijon mercredi on tombe sur ce texte ci:
Livre des Juges 9,6-15.
Tous les notables de Sichem se réunirent près du chêne de la Pierre-Dressée, à Sichem, et ils proclamèrent roi Abimélek, fils de Gédéon. On l'annonça à Yotam, son rival. Celui-ci vint se poster sur le sommet du mont Garizim et il cria de toutes ses forces : « Écoutez-moi, notables de Sichem, et Dieu vous écoutera !
Un jour, les arbres se mirent en campagne pour se donner un roi et le consacrer par l'onction. Ils dirent à l'olivier : 'Sois notre roi ! ' L'olivier leur répondit : 'Faudra-t-il que je renonce à mon huile, qui sert à honorer Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ? '
Alors les arbres dirent au figuier : 'Viens, toi, sois notre roi ! ' Le figuier leur répondit : 'Faudra-t-il que je renonce à la douceur et à la saveur de mes fruits, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ? '
Les arbres dirent alors à la vigne : 'Viens, toi, sois notre roi ! ' La vigne leur répondit : 'Faudra-t-il que je renonce à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ? '
Alors tous les arbres dirent au buisson d'épines : 'Viens, toi, sois notre roi ! '
Et le buisson d'épines répondit aux arbres : 'Si c'est de bonne foi que vous me consacrez par l'onction pour être votre roi, venez vous abriter sous mon ombre ; sinon, qu'un feu sorte du buisson d'épines et dévore jusqu'aux cèdres du Liban ! ' »
La comparaison est jolie, mais le sens à la première écoute résiste quelque peu... faut-il y comprendre un sentencieux "quiconque accepte le pouvoir devra renoncer à beaucoup," un poujadiste "on est gouvernés par des incapables" ou un spirituel "Dieu fait feu de tout bois". Dans l'expectative, mieux valut se taire... et la messe n'en fut que plus courte, au grand désarroi des jeunes qui étaient habitués aux célébrations dominicales... pour un peu, ils en redemandaient !

Commentaires
Grâce à vous/toi/votre sainteté (ah non pas encore) c’est la deuxième fois que je lis ce texte, et maintenant seulement m’apparaissent des pistes de lecture, qui pour le coup sont trop nombreuses pour en faire le détail !
De mon côté je suis contente d’avoir des explications, surtout quand elles sont courtes - on les retient mieux - sur les textes de semaine, parce que justement ces textes sont souvent peu connus et le sens nous échappe. Dans ma paroisse cela dépend du célébrant : si c’est le curé on aura un sermon, sinon, il faudra se contenter de méditer.
rôôôôh comme c’est pas drôle de tomber sur ce type de texte.
On devrait faire des chaînes via internet avec ce genre de truc, se refiler des textes bien ardus, un truc du genre “le texte que j’aimerais vraiment pas avoir à commenter”. Un truc sous forme de jeux d’écriture.
Parce que y’en a quelques uns, moi cela fait des années que je tourne autour et après quelques recherches je ne suis pas le seul… et J’AIME PAS PAS COMPRENDRE !!!!!!
Vous auriez pu commenter l’Évangile alors!!! ^^
j’étais pas chez moi, Eliette, j’avais pas la main! c’était pas prévu!
y en a d’autres, Marc, des textes qui sont impossibles, ça je suis d’accord, là c’est plus l’effet surprise!
Nitt: lâch’tes pistes!
Surtout du côté de l’ancien Testament, mais y’a aussi des trucs pas possible chez Paul, je parle même pas de l’Apocalypse et quelques perles aussi dans les Evangiles…
Le mieux, c’est le figuier qui va se planter dans la mer!
Super utile,un figuier dans la mer…
En plus, je sais pas si vous avez essayé, vous qui avez la foi (et la mer), mais ici, ça marche pas.
Ils buvaient quoi, à l’époque, déjà?
… remarque, peut-être que Jésus a miné l’Evangile de quelques absurdités pour qu’Edmond ait matière à nous poster ses BD chaque dimanche de l’année!?
Tu me prêtera Pennac ?
Il fallait passer par une dégustation afin de parvenir au(x) sens spirituel(s) : des olives, de la confiture de figues, un bon vin…
rien à voir avec les comms d’avant, mais hop, quand même, la liste in extenso…
David : Moi je veux bien, mais j’aimerais savoir pourquoi ?
Si ça se trouve elles sont pertinentes (c’est vrai, ça sera pas la première fois que l’Esprit Saint frappera au détour d’un blog de prêtre…) !
justement parce qu’il y a assurément des pistes pertinentes… j’ai vraiment calé en écoutant ce texte. c’est intéressant d’entendre comment les uns et les autres l’ont entendu, eux. Après, il y a parfois des pistes qui ne correspondent pas (manque de cohérence avec le reste de l’Ecriture/Tradition, contre sens, etc…) mais ça ne coûte rien de les écouter!
Je suppose qu’il y a malentendu entre David et Nitt sur le sens du mot de David “Lâche tes pistes”, non ? On serait curieux aussi de connaître celles de Nitt, merci !
Ok, demain (enfin… après un dodo quoi) je te fais un mail avec ce que je retrouverai des pistes qui ont surgi dans mon esprit. Tu me diras ce que tu en penses.
Me revoili.
J’ai réalisé hier soir que quand tu disais “lâche tes pistes” ce n’était pas au sens “abandonne-les” mais “vas-y, envoie”.
J’ai la sale manie de comprendre les phrase ambigües toujours dans le sens dans lequel leurs auteurs ne les disaient pas…
Bon, je vais pas le faire tout de suite (une histoire d’aprèm occupé), mais je commence mon lâcher de pistes via courriel, et j’enverrai quand ce sera fini.
Dis, tu as reçu mon courriel ?
Ah la la cette messe sans homélie, depuis que tu m’as dit ça je n’en dors plus.
tu ne dors plus pendant la messe, Emmanuel?