les gens qui doutent
Par David le Mercredi 2 septembre 2009, 08:46 - les mots pour le dire - Lien permanent
parce que le monde de la certitude est une violence pour celui qui ne s'en reconnaît pas
parce que la foi est une aventure où l'on est jamais assez loin, même si on est persuadé du contraire,
parce qu'entrer dans sa propre histoire de foi vous sèvre peu à peu de celle de vos parents, vous plongeant d'une expérience de nombreuses années à une errance de quelques semaines,
parce que l'épiderme de foi que l'on a reçue se révèle parfois un cache misère de grands vides qu'on n'a pas vus se créer, et qu'un choc mettra à jour!
parce que la rencontre enthousiasmante du Christ qu'on a pu faire une fois, dans les joies d'un temps fort se verra soupçonnée d'autosuggestion quand quand le vent de l'Esprit ne caressera plus l'épiderme
pour ne pas être de ceux qui savent face à ceux qui n'en sont pas, mais cheminer avec,
j'aime les gens qui doutent...
pas d'un choix systématique ou pour le plaisir de déconstruire...
mais parce que la marche se fait souvent par un léger déséquilibre en avant.
c'est la rentrée, ensemble, on va cheminer avec tous ceux qui se dépatouillent sans bien savoir comment.
On pourra toujours dire la joie de notre foi
on ne se privera pas de marcher avec ceux dont les yeux ne sont pas habitués à la lumière
et de les aimer...

ce petit billet est venu de la redécouverte d'une chanson d'Anne Sylvestre, moins enfantine qu'il n'y paraît, dans une version, comment dire, ... ?
J'aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncerJ'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côtéJ'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des consJ'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelotCeux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des consJ'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfantsCeux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l'âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'Histoire
Leur rende les honneursJ'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des consJ'aime les gens qui doutent
Et voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printempsQu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie
Qu'on leur dise, on leur crie
"Merci d'avoir vécuMerci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu".
Anne Sylvestre.


Commentaires
Je regrette pas de m’être levée!
La chanson est vraiment belle,
mais ce que tu en fais l’est infiniment plus.
Ta première phrase me scotche. C’est tellement ça!
Et pourtant, je sais pas toi,
mais moi, même quand tout m’avait laissé penser
qu’elle avait enfin été pulvérisée, cette carapace
-qui nous laisse croire qu’elle va nous protéger-
elle avait encore de beaux jours devant elle!
Elle ne cesse repousser,
sous les formes où je l’attends le moins.
Je cherche l’antidote depuis si longtemps,
je crois que tu m’aides un peu, là…
Rrrhhââââ !! Vincent Delerm + Jeanne Cherhal + Albin de la Simone… c’est dégueulasse de venir me chercher par les sentiments, comme ça ! C’est pas du jeu, d’abord !!
Superbe chanson, que je connaissais mais dont j’avais perdu et la mémoire et la trace… alors merci ! Surtout que ça me rappelle à l’une de mes nombreuses idées de billets en attente ; un plus tendre que d’habitude, pour un style qui change (ça devrait te faire plaisir). Promis : je vais essayer de m’y mettre un de ces jours.
Intéressant. Je n’étais pas d’accord avec le titre. Parce que je n“‘aime” pas, par principe, les gens qui doutent. Mais ce que tu dis aussi fait que, du coup, je suis d’accord avec toi :
“pas d’un choix systématique ou pour le plaisir de déconstruire…”
Je me souviens avoir été interpellé par ce que disait Georgina Dufoix, dans une rencontre sur le thème des chrétiens en politique (là, elle parlait davantage de sa foi que de politique).
Je me permets de citer ce que j’en disais. Au début, c’est elle, après ce que j’en disais.
” “Personne ne me dira jamais si Dieu existe, ou s’il n’existe pas. C’est un choix.”
Si elle a connu une véritable révélation, elle a, aussi, fait un choix, auquel elle se tient, malgré les fois nombreuses où elle “tombe”. Un choix, l’existence de Dieu ? L’idée peut surprendre. Mais elle dit aussi une autre chose qui, tout aussi simple, me frappe aussi fortement que la première : parce que nous sommes le pays de Descartes, nous cultivons, en France “l’esprit de doute”. Le doute est valorisé, voire survalorisé : il faut douter, tout est questionnable, tout doit être questionné, l’homme qui doute est un homme sage etc etc… Le doute devient principe de vie. Et je l’ai dit, et pensé, moi-même. Mais ce n’est pas avec le doute que l’on avance. Se remettre en question, oui, c’est évidemment indispensable. Mais peut-on construire une vie sur le doute ? Certes, le questionnement est une voie de sagesse mais le doute, ainsi mis en exergue, ne rend-il pas finalement stérile ? Face à la question de l’existence de Dieu, s’interroger, certes… Mais puisque, effectivement, personne ne pourra jamais savoir, comment avancer en restant focalisé sur cette attitude en forme d’axiome, le doute ?”
(http://www.koztoujours.fr/?p=75)
Tout ça pour dire qu’effectivement, je n’aime pas le doute comme démarche systématique. Mais, dans le sens où tu l’indiques, et pour prendre une expression qui n’a rien à voir avec le sujet, ce doute-là, et cette affection pour les gens qui doutent, c’est aussi une ouverture à la vie.
Très beau post, merci !
Et je suis toujours aussi fan de VIncent Delerm et de Jeanne Cherhal !
J’aime.
No comment.
Ça me rappelle ce qu’un aumônier scout disait : qu’il aimait quand les cheftaines qui démarraient leur année sur les chapeaux de roue, pleines de confiance, craquaient à l’occasion d’un camp, d’un échec, et se mettaient à pleurer - comme des veaux, pour le dire élégamment - parce que c’était là que tout démarrait vraiment et qu’elles acceptaient l’idée que toutes seules, elles ne pouvaient rien. Qu’il fallait s’en remettre à Dieu pour guider les autres, et donc se laisser guider elles-mêmes.
Le doute peut ouvrir parfois des portes par les questions qu’il provoque, sans forcément être synonyme de faiblesse….
Quant au titre d’A. Sylvestre repris admirablement par Delerm et sa bande, la revue Christus me l’a fait découvrir au début de l’été…et j’aime aussi beaucoup !
@ Edmond : je suis impatiente, aussi…
merci.
superbe!
J’aime vraiment!
ahhhhhhhh vincent Delerm!!!! ça nous manquait de pas le croiser ici ^^
(note à moi même=> si David aime les gens qui doutent on va encore bien cheminer ensemble tiens j’sens ça )
Merci David pour ce billet magnifique qui arrive à point (qui sait attendre oui je sais )
J’vais l’méditer assidûment tiens ça va m’inspirer
@ edmond=>on t’attend là ^^
Je connaissais pas la chanson mais je suis pas prête de l’oublier maintenant. ^^ Elle est trop belle.
Merci.
Anne Sylvestre a vraiment chanté ça ? Quand ? ou bien les termes sont-ils revus par V. Delerm ? Merci de m’éclairer.
Christine
Je viens d’aller sur youtube et j’ai écouté la version d’A. S. Tout y est. Mais je ne sais toujours pas pour la date.
@christine972: si je trouvais un tel renseignement, ce serait en passant en revue des “gogoleries”, mais je suis sûr que vous l’avez déjà fait. Vous avez remarqué que les “chansons pour grands” des “chanteurs-pour-petits” supposés sont souvent d’une grande justesse?
Nan, nan. Quand je doute c’est de moi même, de mes actions concrètes de la journée, mais surtout pas de la présence ou non présence d’une entité supérieure et je pense que tout le monde est dans le même cas. C’est si facile de se voiler la face, en faisant intervenir un “dieu” dans nos propres doutes
A propos, regarde ces photos qui illustreraient bien ton billet
http://territoireinfini.blogspot.co…