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petit chef d'oeuvre d'ecclésiologie

si vous ne connaissez pas, à lire, et vivre... si si, c'est possible. Laissant tomber l’anecdotique et l’éphémère du web ou des médias, je tiens à signaler la venue au jour d’un petit opuscule, un événement dans la vie de l’Eglise : la parution aujourd’hui d’une œuvre de qualité finalement menée à son terme et qui prendra sans doute place dans les panthéons de l’ecclésiologie des St Thomas, Bellarmin, Moehler, Newman, Congar et autres théologiens de haute volée.

Fi du suspense, osons les mots, et l’hommage. Ce petit traité d’ecclésiologie s’appelle Sr Beatrix, petit bout de femme qui vient de commencer sa vie éternelle auprès du Père. Mis à part les quelques-uns qui l’ont rencontrée, personne ne la connaît, et même ces derniers se sentiraient dans l’incapacité totale de raconter quoique ce soit de son histoire, de sa vie: de son village, une illustre méconnue.

C’était une petite sœur de la communauté Notre Dame du Mont Carmel d’Avranches, petite congrégation diocésaine dans le type des myriades du XIXe s. Enseignantes, soignantes, elles étaient partout, toutes de gris vêtues, ou parées d’une simple croix de bois. La sœur était petite d’abord par la taille. C’était même son surnom parmi les enfants de la commune: “la petite sœur”, un mètre quarante bien tassés.

entre ici, Sr Beatrix, avec la cohorte de morveux dont tu t'es occupéeElle était là depuis tout le temps. 43 ans dans le village de mon enfance, 43 ans dans l’école Ste Thérèse qui n’a que 70 ans, au service des tous petits comme aide-maternelle, aide à la cantine, ou à tenir le portillon qui servait de sas entre la vie scolaire et la vie de l’extérieur pour les collégiens d’alors. L’heure de la retraite est venue, mais l’école a bien compris, et la petite sœur est restée, au service, encore, discret. Elle souriait, riait et ne prenait que peu la parole. Chez les enfants de chœur, elle veillait à la bonne mise de chacun, dans sa communauté, elle gardait sa place, voyant défiler les sœurs quand elle faisait œuvre de stabilité.

En juin dernier, la supérieure a osé décider de fermer la communauté de Sartilly pour continuer de fonder des présences religieuses ailleurs. La petite sœur a accepté de partir tout comme elle avait accepté de ne pas partir. Les instits, anciens collègues, se sont pris quelques jours pendant les vacances pour lui retapisser, retaper sa nouvelle minuscule chambre. C’était le moins que l’on puisse faire.

Aujourd’hui, à peine quelques semaines après, jour de la Croix, elle est partie au ciel. On le savait, jamais elle ne supporterait de partir, une péritonite l’a emportée. Si je parle d’œuvre d’Eglise, c’est qu’elle a témoigné d’un attachement “à vie” à une communauté, à une mission d’Eglise… Qu’on nous parle de religieuses qui seraient des frustrées de l’aimer, de spirituelles éthérées qui pourraient léviter sous n’importe quels cieux, et je vous raconterai une petite sœur qui n’a pu que mourir d’être séparée de ceux, du lieu à qui elle avait donné sa vie, dans son engagement au Christ. L’Eglise est cette fidélité à Dieu par les hommes qui nous sont donnés.

J’ai dans la “boîte à messe” qui ne quitte le coffre de ma voiture que lorsque je m’en sers tout un service de liturgie en terre. Il ne plaît pas à tous, et je peux le comprendre, tant la beauté du mystère que l’on célèbre mérite des matériaux plus nobles. Une partie de ce service, c’est la sœur Béatrix qui l’a réalisé, sans tour, en vert. Sa main donne une qualité que les yeux ne sauront soupçonner, et qui est suffisamment belle pour y célébrer.

Une petite sœur est décédée et la vie de l’Eglise voit sortir une de ses lumières du boisseau.

Commentaires

1. Le lundi 14 septembre 2009, 16:37 par koz

Très bel hommage, David. La fidélité d’une sœur discrète, oui, c’est fort.

Ca m’intéresse, ce que tu dis sur ton service. Je suis très incertain, là-dessus. On me parle, aussi, de “matières nobles”. Je comprends la remarque lorsque j’imagine un service en plastique, et que je pense, aussi, à la nécessité de préserver un certain sens du sacré dans la liturgie. Mais le bois et la terre, pour moi, sont aussi, dans leur simplicité, leur rugosité parfois, des matières nobles.

2. Le lundi 14 septembre 2009, 16:51 par Marc

Très chouette hommage.

C’est vrai que très souvent ce sont des témoignages simples d’une vie qui nous font découvrir cette fidélité à l’évangile et à l’église.

3. Le lundi 14 septembre 2009, 16:55 par David

naissance à la vie, apogée de la sainteté, pour être restée à hauteur d’enfance sans s’abaisser ! (ça ouvre un tas de portes à des gens que je connais ;) )

pour ce qui est des matériaux pour les objets liturgiques, il me semble que le souci n° 1 est leur dignité, leur beauté… Et il y a aussi de bien belles choses dans des matériaux moins “riches”. Et là encore, la sobriété est aussi souvent gage d’une beauté plus radicale que certaines ornementations quelque peu excessives! Ma “boîte à messe” de voiture est la version “de campagne” qui ne me quitte guère, et craint moins les chocs et autres surprises de camps… Toujours une question de justesse à trouver.

ce qui pose pb parfois avec la “terre”, c’est la confusion avec une vaisselle/masagran plus ordinaire, sans doute. il y a certes un lien avec le repas, mais pas au point de le confondre.

4. Le lundi 14 septembre 2009, 16:55 par Frantz T

Très très bel hommage à cette petite soeur, il est important de leur rendre hommage et de faire savoir leur sainteté.

@Koz quand l’Eglise parle de matière nobles, il s’agit en réalité de matière qui ne peuvent se casser en tombant ou qui ne sont pas porreuses.
Les services d’autel en terre cuite doivent être émaillés afin de les rendre moins porreux.
Tu trouveras plus d’explications en cliquant sur le lien suivant : http://www.vatican.va/roman_curia/c…
cf. § 117 à 120 de l’Instruction Redemptionis Sacramentum

5. Le lundi 14 septembre 2009, 16:59 par Nitt

Très beaux, tant le texte que la vie dont tu nous parles. Grâce à toi, cette illustre méconnue est devenue un visage ami, celui d’une autre grande petite sainte à qui nous saurons penser quand le besoin de prières se fera sentir.

6. Le lundi 14 septembre 2009, 17:16 par David

@Nitt: la thérèse de l’école était celle de l’enfant jésus…

@Frantz T: merci de la précision. la référence comptait! et elle est bien utile!

7. Le lundi 14 septembre 2009, 17:17 par koz

Merci pour la référence, Frantz. Ce n’est pas que le sujet me turlupine tous les matins, mais c’est toujours utile d’y voir plus clair.

8. Le lundi 14 septembre 2009, 19:33 par Guîta

Oh, comme j’aurais aimé la rencontrer!
Très bel hommage que tu rends David.
Reposez en Paix soeur Béatrix.

P.S: tu parles de matières nobles pour un service de litturgie ; pour ma part, je parlerais de la noblesse de matières sobres et pures pour la même fin.

9. Le lundi 14 septembre 2009, 22:08 par David

Guîta, vous ne l’auriez pas remarquée…

10. Le mardi 15 septembre 2009, 02:49 par do

Il paraît qu’une des sœurs du couvent de Sainte Thérèse (la petite) avait dit, un peu avant sa mort, en pensant au petit discours qu’il faudrait faire sur elle , (de mémoire) “que c’était une bien gentille petite sœur, mais qu’elle ne voyait pas ce qu’on pourrait bien dire sur elle”!
aujourd’hui, ça fait sourire, mais en même temps, ça donne d’elle une image encore plus étonnante! (oui,je sais, il est tard, je suis encore à l’heure de la Guadeloupe…priez pour moi)

11. Le mardi 15 septembre 2009, 09:17 par Le Antoine

Oui, bel hommage, à la petite Soeur et à Dieu dont la présence tranquille rayonne encore à travers elle… Finalement, elle est dans la contemplation face à face, mais pour vivre ainsi, dans le travail humble et bien fait, il faut une contemplation au quotidien de Dieu, et j’admire ceux et celles qui savent contempler Dieu avec nos yeux humains qui ne voient pourtant rien de Son mystère ineffable, indicible et magnifique… C’est beau d’être capable de contempler Dieu sans le voir et de nous parler ainsi de Lui sans rien dire, en qq sorte ! Merci encore, Père, pour ce beau post, beau parce que Dieu passe à travers en qq sorte…

12. Le mardi 15 septembre 2009, 14:08 par Isabelle

C’est beau.
Merci!

13. Le vendredi 18 septembre 2009, 18:03 par henri

Il m’est déjà arrivé de rencontrer des personnes comme cette bonne soeur. Elles ne brillent pas, comme certains people que je shoote, mais elles sont lumineuses. Une lumière qui vient de l’intérieur ;-)

14. Le dimanche 20 septembre 2009, 23:22 par manomie

Merci David pour ton portrait de Sr Béatrix , j’entends encore son rire et toute sa modestie . Au service de tous ,oui … Elle nous a dorlottés, enfants , enseignants … Je suis sûre qu’elle va veiller sur l’école ! et tous ceux qui y vivent … On aurait aimé qu’elle pense un peu à elle …
Quel besoin avait-on vraiment de la déraciner à 85 ans ? Tous nous avons souffert pour elle . Elle est auprès de son Seigneur à jamais .

15. Le lundi 21 septembre 2009, 09:59 par David

@manomie: ben oui, on est tristes… mais je salue vraiment le courage de cette communauté, et de sr béatrix, aussi! En fait, on peut choisir de mourir sur pied, de devenir une communauté vieillissante sans audace ni renouvellement, de regarder mourir les communautés faute de combattants, ou on écoute encore et encore les appels des églises, les appels de l’Esprit pour aller fonder, avoir de l’audace, de nouveaux projets, quitte à quitter certains lieux où les énergies tenaient, mais en s’épuisant. C’est fatigant de fonder, c’est vivifiant aussi. Chapeau bas, les soeurs! Je suis sûr que Sr Béatrix ne renie pas cette audace là!

16. Le dimanche 29 novembre 2009, 19:02 par croixvalmer

Merci David d’avoir fait rayonner si justement “notre” petite soeur Béatri x au delà de son départ….

Si grande par la diversité de ses dons, si lumineuse dans son amour et son don aux autres, si fidèle dans sa foi très pure.

Quel courage! Quelle force face à la maladie…et toujours ce petit rire que nous n’oublierons pas.

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