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Mademoiselle Chambon

Landévennec 2009_037S’il y a bien quelque chose qui me passionne dans la photo, c’est le portrait. Je consens de temps en temps à prendre des portraits “posés” mais ils me déçoivent toujours énormément. Le “visé” s’y compose un visage, une façade d’opéra, c’est travaillé et insipide comme un communiqué de service de presse.

Le cliché qui me plaît plus, c’est le portrait, à main levée, sur le vif. On peut y percevoir une émotion, un petit quelque chose du mystère de la personne qui transparaît au travers des traits, d’un regard, d’une moue. Il y a beaucoup de gâchis dans ces photos là, et on n’en réussit que très peu. Les “sujets” ne s’y aiment pas, leurs amis les reconnaissent. Avec l’expérience, je me rends compte que je réussis le mieux les instantanés de personnes que je connais et que j’aime bien. Probablement parce que j’arrive mieux à reconnaître la subtilité de l’autre dans les quelques pixels.

que le premier assistant s'appelle Emile Louis ne change rien à la qualité!C’est pour cela que je me suis passionné pour de dernier film de Stéphane Brizé. Un film lent dès les premières  images, tout en retenue comme on dit dans ces cas là, où il est question de sentiments pas maîtrisés, de musique, de décence, de respect de l’autre, de violences et de bouleversements intérieurs. L’histoire est simple et banale. Un homme rencontre l’institutrice de son fils et sans le désirer particulièrement, se retrouve entraîné dans une spirale amoureuse. Son couple est-il en danger? probablement. Se laisse-t-il entraîner avec complaisance? pas le moins du monde. Mais sous la retenue de cette relation, un maelstrom de sentiments se déchaîne en cascade, même quand il ne se passe rien, et affleure au bord des yeux. Belle histoire, inquiétude “banale” quant à la fin de l’histoire. Qui de la passion ou de la famille va sortir vainqueur? On apprécie le jeu des acteurs, le refus de la scène sur-jouée et de la caricature. La passion est intérieure, l’amour et le trouble aussi.

Mon réel enthousiasme est venue de la manière de filmer. Je me suis surpris très souvent avec le regard ripant des personnages vers le reste du cadre. Parce que la mise en scène et les portraits y sont posés sur le fil. Brizé choisit bien souvent de filmer par l’arrière, par ces angles qui présentent normalement bien peu d’intérêt, peu de mouvement, peu d’expression. là où ça marche moins, c'est sur le "crédible" de la violonniste, de l'instit ou du maçon... un peu raté. mais pas grave, le reste le fait!Un trois quart arrière,  une joue mal rasée de Lindon, le corps en tension de Sandrine Kiberlain, Brizé n’a pas choisi la facilité, ni le sentiment apparent. Il choisit la résistance de la peau, le frissonnement nerveux, ce qui se communique même quand on choisit d’être impassible. Brizé ne filme pas le sentiment qui affleure, à quelques larmes près, mais la tension qui bouleverse l’intérieur et refuse de se laisser voir. C’est tellement inattendu et exigeant que j’ai vraiment bien aimé.

Sans perversité, sans voyeurisme, sans violence apparente, l’aventure bouleversante des sentiments et de la passion retenue qui bousculent l’heureuse fidélité d’une famille. Un film ajusté.

Commentaires

1. Le lundi 19 octobre 2009, 10:45 par Edmond Prochain

La bande annonce, vue avant un autre film, m’a séduit (difficile à avouer, d’ailleurs, quand les personnes autour de soi trouvent ouvertement qu’elle est nulle !). On y voit, en plan fixe, Lindon et Kiberlain assis en silence sur le bord d’un lit, n’osant se regarder. Imperceptiblement, avec un jeu d’acteurs tellement minimaliste et fin qu’il frôle le sublime, on sent qu’ils se rapprochent. Vont-ils se prendre la main ? s’embrasser ? aller plus loin encore ? En une minute, peut-être un peu plus, on touche une éternité de deux êtres… Et sans aucune concession aux codes du genre promotionnel, en plus !
Depuis, j’hésite à aller voir le film. Est-ce que c’est une scène qui en est tirée ou un plan tourné spécialement pour la bande annonce ?

Tu m’as donné envie d’aller au ciné demain soir, en tout cas ! :-)

2. Le lundi 19 octobre 2009, 10:49 par David

le trio est incroyable: le mari - l’instit - la femme. tous les 3 perçoivent, réagissent, s’ajustent. Aficionado de la scène de ménage outrancière ou du patin hollywoodien, abstiens-toi!

scène qui rend bien l’ambiance du film. si tu l’as trouvée juste, tu vas pas perdre ta soirée. Il y a même des moments où on est “haletant” en essayant de deviner comment ça va évoluer.

3. Le lundi 19 octobre 2009, 10:50 par Edmond Prochain

Mais elle est dedans, alors, ou pas ?

4. Le lundi 19 octobre 2009, 10:52 par David

je n’ai pas vu la bande annonce. mais oui, il me semble, au vu de ce que tu décris.

5. Le lundi 19 octobre 2009, 12:53 par David

sur la manière surprenante de filmer, j’en ai eu un aperçu dès les premiers instants du film quand le générique de début apparaît en “flashes” blanc en bas à gauche de l’écran. Exactement l’endroit où il ne faut pas le mettre, l’endroit que ton regard ne balaie pas, l’endroit où tu te sens attiré à regret, et parce que ça dissone, tu vas voir!

6. Le lundi 19 octobre 2009, 14:40 par Edmond Prochain

Je viens de la revoir sur Allociné. Je crois que je suis encore plus tenté que la première fois… En plus, j’ai vu quelques extraits, et c’est vrai que la réalisation, atypique, doit avoir quelque chose d’hypnotique. Plans trop longs par rapport à la “norme” actuelle, dialogue en champ/contrechamp filmé caméra à l’épaule pour donner un côté vacillant à la scène, long plan fixe sur un visage avec un zoom tellement lent qu’il est presque imperceptible… C’est tendu et ça doit effectivement donner des passages à la limite du soutenable, côté tension.
Reste à prendre le temps d’y aller (j’ai toujours du mal à me motiver si je ne vais pas au cinéma avec quelqu’un).

7. Le lundi 19 octobre 2009, 15:00 par David

je suis allé voir la bande annonce. Tu auras une chouette surprise, Edmond. Ce sont des images du film… mais il y a un petit quelque chose “d’autre”. Aure attika ne démérite pas, entre ces deux acteurs! tu as vu, le coup du “cou”, de la tension sous la peau? rha, faut être bon pour suggérer ça!

8. Le lundi 19 octobre 2009, 16:00 par Edmond Prochain

J’ai vu. Mais ce que j’admire le plus, c’est la main de Sandrine Kiberlain, qui a l’air de pendre mollement alors qu’en fait elle esquisse mille embryons de gestes suspendus aussitôt… C’est peut-être cette subtilité-là qui me fera y aller !

9. Le lundi 19 octobre 2009, 19:23 par Edmond Prochain

(David, je crois qu’on fait peur aux gens, avec nos considérations artistiques…)

10. Le lundi 19 octobre 2009, 20:26 par do

Pas du tout! je crois que je vais y aller aussi!
Pourtant, pour me faire aller au cinéma, il en faut.
(Il y a juste eu une amie, il y a quelques années, qui avait réussi…)

11. Le mardi 20 octobre 2009, 11:59 par AnClé

David, bravo pour ton article d’une poésie rare !

Ca fait plaisir d’avoir à lire cette prose délicate dans ce monde du twitter, de l’écriture automatique, rapide et prosaïque.

Merci :)

Et je pense que je vais aller faire un tour à la Pagode pour aller voir ce fameux film …. Je suis curieuse de voir si j’aurai les mêmes impressions, moi qui aime bien prendre des portraits, posés ou non d’ailleurs !

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