Ça aurait pu être parce que j’ai perdu mon téléphone pendant plus de 24 heures. Il a dû sonner, mais je l’avais mis en mode absolument silencieux. J’ai essayé de m’appeler. Rien. D’autres ont dû le faire aussi, ils sont tombés sur mon message enregistré il y a tant d’années !  Entre le train, le squattage dans des maisons parisiennes, le métro, il pouvait être n’importe où. Il aurait fallu le désactiver.

C’est fou ce que ce machin peut prendre comme importance. Les données qui sont dedans sont certes copiées sur le PC (au cas où), les messages sont toujours accessibles depuis le site web (ce qui me permet de les trier quand ils sont trop nombreux et de les écouter par ordre d’importance), mais je l’avais perdu. Et mes rendez-vous noté dessus aussi. Deux jours plus tard, il revenait, planqué sous une pile de papiers à jeter ranger. Bardé de messages. Pas un seul pour un rendez-vous manqué. Ouf. J’ai fait tout ce que j’avais à faire. Emploi du temps serré, que des rencontres intéressantes et fructueuses. Dans l’intervalle, j’ai même vidé ma boîte mail… En temps presque utiles !

C’est d’ailleurs une joie de prêtre de voir que tout va globalement bien. Voir que les signes qui vont dans le bon sens sont largement plus nombreux que les autres, que les projets qui avancent en rejoignent quelques uns et les font avancer.

Comme ce sondage par exemple que je me suis amusé à lancer ici… Les résultats sont fort intéressants.

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D’abord, malgré tout ce qu’on peut dire sur l’évangélisation sur Internet, et l’alibi que ce serait pour un prêtre, vous êtes surtout des cathos à venir régulièrement ici, lire tout ce qui se dit dans la cathosphère… Dans tout ce petit monde, un bon nombre me connaissait « dans la vraie vie » et vient voir ce que je peux raconter ici, dont une inquiétante partie (10) se prend pour ma mère ;) , et peu de paroissiens… Sinon, il y en a aussi pas mal qui ont cliqué sur un lien (sacristains ou d’autres amis comme Matthieu Lefrançois, Edmond Prochain, Frédéric ou Véronique), une invitation FaceBook ou dans un article de presse (il n’y a pas si longtemps, « prêtre blogueur » était encore assez insolite pour en faire un article)… Parmi vous, un bon nombre vient finalement découvrir « de l’intérieur » la vie d’un jeune prêtre, dans ses fondamentaux comme (et surtout) dans ses accessoires… ça me plaît parce que ça a toujours été le projet : au travers de mes rencontres, lectures, photos, heurs et malheurs, des petits riens de chaque jour racontés, que Dieu se dise, et se fasse une place ! Le tout avec un certain humour pas toujours drôle, mais apprécié notamment par les 26 pingouins transsexuels de Tasmanie.

Les mécontents sont part infime… les arrivants par hasard, ou pas du « sérail » aussi… ou tout au moins ne répondent pas à ce sondage. Voilà les chiffres de la majorité. Ils sont intéressants, ils alimentent ma manière de vivre ce projet de blog…

Mais voilà aussi le rendez-vous manqué. C’est celui qui bouleverse toujours un prêtre de l’intérieur. Il ne va jamais bien parce que « tout va globalement bien », il attend toujours parce qu’il en manque un, parce qu’un enfant de six ans est mort sans raison, parce qu’une jeune pourrait se retrouver sur ce chemin là, parce qu’un seul a été blessé, parce qu’un seul manque à l’appel.

Celui qui manque, ce « un » qui vous fait tout quitter pour le retrouver, il est toujours là, en creux dans mon ministère, dans mon écriture. Creux parce que je n’ai pas su le voir, parce qu’il ne s’est pas laissé approcher, parce que mon ministère en course m’a fait oublier sa lenteur, parce que ce n’est pas « moi » qui sauve, mais le Christ qui me fait collaborateur de son œuvre. J’y suis pour quelque chose, ou pas tant que ça. Mais il manque.

Alors je pourrais écrire pour la majorité, pérorer pour ceux qui sont en vie, rire avec les joyeux, et je le fais. Mais je veux, comme prêtre, teinter ce rire, cette écriture, cette fierté des petits manques qui nous tendent comme de vrais vivants. J’ai raté le rendez-vous avec le manquant. Et rien ne saurait s’arrêter tant qu’il ne sera pas retrouvé.

Commentaires

1. Le dimanche 29 novembre 2009, 21:18 par Eliette

Ça me fait penser à la brebis perdue…

2. Le dimanche 29 novembre 2009, 21:44 par do

dans “un article de presse”, il est écrit : “ce blogueur en soutane” !
Mais je ne savais pas ça ! Alors finalement, vous êtes un “vrai” prêtre? ;)

plus sérieusement, “mort sans raison” s’applique à tous; chaque mort est un drame, quel que soit l’âge de la personne. Et surtout, chaque vie a la même valeur, qu’elle dure 6 mois ou 90 ans. C’est juste nous qui sommes plus sensibles à certaines séparations qu’à d’autres, (ce qui est normal)..
Enfin, je dis ça comme ça, …parce que c’est important pour moi.
j’espère ne blesser personne.

3. Le dimanche 29 novembre 2009, 23:56 par David

@do: l’habit, le moine, tout ça? article particulièrement renseigné: il a tout pompé sur un article de ouest France et m’a contacté par téléphone, me disant en gros: soit vous répondez à mes questions, soit j’écris sans vous!

je comprends ce que vous écrivez sur la mort de chacun. J’accepte. Mais même si la célébration d’inhumation était particulièrement belle et forte, pour un gamin de 6 ans, ou pour d’autres en sursis, je trouve ça “plus dur”… même si comme prêtre j’essaie d’accompagner les uns et les autres. c’est quand même raide. Pour ses frères, et soeurs, pour leurs amis, bref, pour moi et pour les jeunes!

4. Le lundi 30 novembre 2009, 00:06 par Nitt

Tu me rappelles une chanson que j’aime énormément, que tout le monde connaît, et qui est une pommade dans les moments difficiles.
La prochaine fois, je l’écouterai en pensant à toi.
“A nos actes manqués !”

5. Le lundi 30 novembre 2009, 00:19 par do

Oui, je ne dis pas que ce ne soit pas plus dur, mais je crois que c’est une aide de comprendre que quand une vie se termine, elle est une vie entière, et donc accomplie, toujours.

Et essayer de saisir que cette étrange vocation, si absurde qu’elle paraisse humainement, est une vocation à part entière, bien que ce ne soit pas Dieu qui veuille la mort, aucune mort: mais il donne un sens à chaque vie, il prépare une place pour chacun, et la vie de cet enfant a un éclat unique, comme la vie de chaque personne.

Mais oui, c’est trop dur. Je crois que c’est même impossible de traverser ça. Il y a une grâce d’état; sans quoi ce ne serait pas possible.

6. Le lundi 30 novembre 2009, 00:24 par David

pour ce qui est du blog, il faut aussi reconnaître que les passants qui y laissent parfois une trace, ou pas, les pas cathos qui lisent de temps en temps, ne sont pas forcément ceux qui répondent aux sondages (pas plus que les mécontents)… alors comme tous les sondages, il faut le lire, et l’oublier. Et continuer.

7. Le lundi 30 novembre 2009, 00:51 par do

ou même, ne pas en faire du tout… (ça me rappelle un autre David, qui a eu des démêlées à cause d’un certain sondage)

8. Le lundi 30 novembre 2009, 06:53 par claire

Rejoindre l’autre, le manquant qui peut dire qu’il a réussi ?
Internet est-il une bonne houlette ? Je dois sans doute être une vieille bique récalcitrante, mais les sondages c’est pas trop mon truc (un peu trop binaires à mon goût) -mea culpa j’ai répondu plusieurs fois au vôtre- et je ne suis pas sûre de souvent me retrouver dans les questions soulevées dans les commentaires ici et là . Je découvre un monde connaissant son catéchisme et prêt à dégainer ce dernier comme un article du Code Civil. Je ne suis pas toujours convaincue par les raisonnements et n’y trouve pas les réponses aux questions que je me pose.

9. Le lundi 30 novembre 2009, 09:16 par David

@Claire: mis à part le Christ, personne. je ne prétends pas pouvoir le faire… mais je veux en garder le désir.

Et pour ce qui est du sondage, il était un billet comme un autre, il n’avait pas d’autre prétention que de dire mon interrogation sur ceux qui lisent. Les résultats sont tellement peu fiables qu’il ne faudrait pas trop les pousser.

Avec un blog sur Internet, il ne faut donc pas se faire d’idées. Vous me connaissez depuis si longtemps, Claire pour savoir le projet d’ici. Mettre en mots, parfois compliqués, jamais assez convaincants, une expérience d’un chrétien qui est prêtre. C’est pour cela que je suis heureux de voir la 2e ligne du sondage, parce qu’elle correspond. Le plus douloureux, sans doute, est que quand vous refusez d’entrer dans le jeu de la diatribe, de la polémique, ou d’une volonté prosélyte qui consisterait à convaincre l’autre qu’il a tort, eh bien je me fais bien rentrer dedans.

merci d’être toujours la lectrice du projet dans sa continuité.

@do: ce n’était qu’un jeu. sinon “ou bien ne pas faire de blog du tout”

@Nitt: je n’y avais pas songé. Je ne suis pas tout à fait sûr que ce soit ce à quoi je pensais. mais je vais y réfléchir.

@eliette: pile poil!

@tous: mon gros défaut est de toujours vouloir faire des liens entre les choses qui n’en ont pas à l’origine (une blague de sondage/un enterrement de petit garçon). Je l’assume. Il amène des commentaires en tous genres. ça se confirme. Sinon, ça va, merci.

10. Le lundi 30 novembre 2009, 13:14 par Eliette

c’est ce qu’on se demande parfois: comment il fait pour passer du coq à l’âne sans que ça cloche?

11. Le lundi 30 novembre 2009, 15:49 par François

trop fort … presque comme d’hab’ …

12. Le lundi 30 novembre 2009, 19:22 par Natacha

vraiment poignant comme texte…très beau! La mort est une étape à franchir, tout le monde y passe mais c’est tout de même toujours aussi dur… “le chemin de la vie est un chemin étroit”

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