Ce soir, la mer était étale et le froid était dur au bord du bassin de radoub… il y avait trois badauds sur les lèvres de la cale, et une dizaine de vestes aux bandes fluo luminescentes. Rien de malsain dans tout ça, pas le moindre gyrophare, ni sirène de camion rouge ; non, tout simplement un bateau autour duquel on s’affairait. Un bateau de pêche, de travail, en état de marche, mais qui voulait reculer. Ce n’est pas parce que c’était urgent ou immédiatement nécessaire mais la cale sèche était dispo, et l’occasion trop bonne, alors il fallait passer un instant en marche arrière. A vrai dire, l’opération était si subtile qu’il fallait que le chalutier soit aidé d’une minuscule embarcation qui, peu à peu, le tractait, retenu par des boutes tendus comme des arcs par des hommes attentifs. Plusieurs dizaines de tonnes étaient manipulées par quelques bras. On s’affaire sur le pont, on s’affaire à l’arrière, s’arrêter demande bien des efforts.

L’heure semblait inappropriée mais les hommes ne choisissent pas les marées ; le combat entre les hommes et l’esquif avec le chalutier semblait disproportionné mais le massif et puissant bateau se laissait mener ; le mouvement semblait contre nature, mais il fallait bien que ce navire se livre à la cale pour repartir de plus fière allure. D’ici quelques heures, les portes de la cale seront scellées, pour quelques jours, et le reflux emportera les flots, offrant à l’air ce qui chaque instant était immergé, pour le bien de tous. Il sera temps de poncer, peindre, ausculter, retravailler sa coque, sa profondeur, dans un “air” qui ne lui est pas familier pour replonger dans l’océan de ses occupations habituelles. Plus tard, on ouvrira à nouveau les portes, et le chalutier, ivre d’oxygène repartira à l’assaut des flots.

bon on voit rien, mais Qu’un bateau qui pue la poiscaille me donne envie de pondre des métaphores sur le bon bol d’air salvateur à prendre pendant les vacances, histoire de me retaper, est vraiment signe qu’il est temps qu’elles arrivent. Mais vu que Blais Cendrars l’a fait avant moi dans Moravagine, je n’ai pas de complexe:

“J’avais besoin de me mettre en radoub et de me calfater sérieusement le coffre”