Aller à la recherche

comment il va?

ça se fait pas, mais j'ai piqué les images du lapin bleu. on va le voir, et hop, je suis pardonné! faut dire que sa série sur les curés est très bien vue!J'avais remarqué, il y a déjà longtemps, qu'on abusait à mon encontre d'une forme de politesse quelque peu  désagréable ou surannée. Elle consistait à me parler à la 3e personne du singulier.

- Alors, comment il va ce matin?
auquel j'avais fini par répondre d'énigmatiques:
- il va bien, il la remercie.

Il y avait quelque chose de napoléonien, ou de delonnesque dans ces échanges. Ce n'est que plus tard que j'ai compris. Ce n'était pas un ruralisme provincial comme on pourrait le croire de prime abord ;), ou une prétention hors du commun mais... Dans les équipes où tout le monde se connaît et s'apprécie, on arrive assez vite à savoir se tutoyer, même entre  âges fort différents. Mais, comme jeune prêtre,  j'arrivais juste après mon ordination dans cette paroisse préfectorale. Il m'était vraiment difficile de dire à une personne parfois de 3 fois mon aînée un "tu" simple et franc, même si de tout cœur, il me le demandait. Je me contentais donc d'un "vous" amical. Oui mais... quand les aînés en question tutoient tous les prêtres de la paroisse pour avoir si longtemps collaboré avec eux, on ne se sent pas de vouvoyer lesimplement, il a tellement de blogs que je m'y perds complètement petit jeune d'à peine trente ans et qui en paraît moins. Dans ces cas là, une seule solution, l'iloiement!

Une variante existait dans mes années de coopération. Séminariste en Indonésie, j'avais droit aux égards que l'on réservait aux prêtres. Toujours un titre et jamais de prénom (mais c'était le cas pour tout le monde), une révérence toute singulière et une place de choix, un piédestal en la moindre occasion chez les chrétiens. (Ils comprenaient d'ailleurs mal que j'aille perdre tant de temps avec mes amis hindous chez qui mon statut n'était pas reconnu et ma place inférieure. Comme en plus je ne cherchais pas spécialement à les convertir, mais simplement un échange où tous  s'enrichissaient, c'était incompréhensible). Ces honneurs quasi sacerdotaux, cette place de choix me valaient la politesse des premiers rangs dans toutes les fêtes où l'on se plaisait à nous inviter, et les égards de s'inquiéter de ma messe du lendemain, dès que l'on voulait faire la fête ... m'invitant à un repos salvateur, histoire qu'on puisse s'amuser entre amis. Le respect était alors un beau mot... qui permettait d'honorer le clergé comme il se doit, et d'enfermer sa parole sur le piédestal où il était confiné. On vous piédestalise, mais vous ne dites que ce qu'on ac'est dommage parce qu'il y a souvent de bonnes trouvaillesttend de vous. (c'est marrant, j'en serais presque prêt à croire que ça existe encore dans l'image idéale que certains se font des saints prêtres. On vous respecte et on vous adule tellement qu'on ne vous permettra pas de venir dialoguer à notre pauvre hauteur...)

Je découvre depuis peu un autre mode de relation qui me laisse quelque peu circonspect. Je reçois tout un tas de mails de personnes que je n'ai encore jamais rencontrées, avec qui je n'ai jamais échangé, même par mail, qui n'ont même jamais lu le blog, ou tout autre moyen de me connaître,  et qui me sont à tu et à toi... Passe encore. ça peut être un choix de communication, de ce genre d'une chouette violence qu'on retrouve dans certaines entreprises...  Mais que ce mail en "tu" soit adressé à des "destinataires inconnus", ça me laisse pantois. Désolé, Louis, votre mail, je vais le classer!

j'ai tout flouté! mais pitié, en cas de mail collectif, ne faites plus semblant d'écrire à quelqu'un en particulier!

Soit dit en passant, certains vouvoiements sont tout aussi bizarres. comme quoi, la bienséance, c'est une affaire de justesse dans la rencontre! Finalement, tout cela ne me dérange guère, je laisse à chacun le soin de choisir la distance qui permettra de bien se rencontrer.

PS: rendez service à vos prêtres, aimez-les pour ce qu'ils sont, pas pour le piédestal où vous voulez les circonscrire, ou l'indifférenciation à laquelle vous voudriez les restreindre. Rencontrez-les dans leur richesse : c'est leur humanité complexe qu'ils ont donnée au Christ, au monde et à l'Eglise, pas leur angélisme désincarné!

Commentaires

1. Le jeudi 17 décembre 2009, 14:26 par claire

bien pensé! le billet… le “il” est souvent aussi réservé aux animaux, mais chez l’être humain on en arrive à une dématérialisation ( il est dur ce mot là) du corps, en fait le ” il” c’est plutôt une déshumanisation, l’autre n’est pas son prochain mais juste un esprit (comme dans “DUNE” où l’esprit est dans un bocal flottant dans un liquide transparent!). Le “tu” et le “vous” ne devraient faire qu’un même mot comme en anglais ainsi on ne blesserait personne et ceux qui manquent de sensibilité pourrait en user à loisir. Le français est une langue affective! non?

2. Le jeudi 17 décembre 2009, 15:14 par Clémence

Ah bon. Moi qui pensais que l’absence de réponse, même négative, au mail que je vous ai envoyé en juin (et qui était lui même une réponse à votre question) était dûe à l’appellation “père” que vous aviez peut être jugée trop cérémonieuse pour que celle dont il émane soit suffisamment cool pour être croisée sans ennui… ;))) Sans rancune, et l’invitation tient toujours!

3. Le jeudi 17 décembre 2009, 15:21 par David

@claire: les personnes qui me iloient ne doivent pas avoir vu Dune. C’est vraiment plutôt parce qu’ils ne savent pas comment m’appeler. Une fois qu’on sait ça, on le prend vraiment mieux! ;)

@Clémence: oups, j’avais un peu oublié votre invitation, Clémence, et pourtant j’avais bien lu votre mail. Désolé de ne pas avoir répondu à l’époque. Je ne passe pas assez souvent dans votre ville pour y répondre facilement. Rassurez vous, je ne tique qu’aux titres usurpés! M’enfin, le petit milieu catho est tellement petit qu’il est possible qu’on finisse par se recroiser!

4. Le jeudi 17 décembre 2009, 15:37 par Nitt

Quand je t’ai envoyé un courriel avec ce qui m’avait été inspiré à propos d’un texte obscur de l’ancien testament, j’ai pas mal hésité, parce qu’un prêtre, normalement, du moins au début, on le vouvoie… Mais j’ai fini par opter pour le tutoiement qui est presque de rigueur entre blogueurs aujourd’hui.
Ça me faisait quand même un peu bizarre… mais jamais autant que tous ces égards auxquels ma collègue et moi avons droit en tant que professeurs de FLE en université, ou même simplement en tant que “blanches” seules en Chine. Les apprenants nous raccompagnent à la maison le soir, portent les paquets et les sacs et semblent déçus quand on n’a pas assez pour tout le monde, les vendeurs nous suivent dans les magasins, les gens se retournent sur notre passage dans la rue, aux repas au restaurant on est généralement à une bonne place, notre supérieur direct et un étudiant sont venus préparer le dîner pour nous et faire la vaisselle ensuite, alors que nous travaillions dans nos chambres, et ils n’y voyaient aucun inconvénient…
Nous sommes payées plus du double de la plupart des gens ici, logés dans une villa immense et inchauffable quand les étudiants s’entassent à 8 par chambre, chouchoutées et dorlotées… Et nous n’avons rien fait pour ! Nous n’aspirons pas à ce genre de traitement, seulement à un enseignement de qualité et à la réussite de nos apprenants.
Mais ici tout le monde trouve ça normal. Je me retrouve donc un peu dans ce que tu dis de ton vécu de séminariste en Indonésie…

5. Le jeudi 17 décembre 2009, 16:16 par Cath+

C’est rigolo (pour la 2e fois…), en laissant un premier message il y a quelques jours, c’est venu tout seul de te tutoyer… Et en relisant mon message, je me disais : Pourquoi je lui dis tu alors que je ne le connais pas ?
Deux raisons à cela : d’abord, parce qu’à force de lire tes commentaires sur le site du p’tit jeune qui t’énerve par ses talents ;-), et de venir de temps en temps te lire ici, c’est vrai qu’on finit par avoir l’impression de connaître un peu celui qui écrit (au moins autant que si j’allais juste à la messe le dimanche à Cherbourg); ensuite, parce que j’ai beaucoup de “frères prêtres” (joie de la Communauté dont je fais partie) et que cela m’a semblé si naturel de te tutoyer…
Je vois bien que tu réponds en “vous” ; et donc, si cela vous gêne un peu aux entournures, je peux aussi vous voussoyer. Et si cela vous rassure (encore !), je ne mets plus les prêtres sur un piedestal depuis longtemps (communauté oblige !!!) mais je les aime comme ils sont, appelés à la sainteté, et je prie pour eux. Donc, je continuerai de prier pour vous… eux et toi :-)

6. Le jeudi 17 décembre 2009, 16:26 par Clémence

;) pas de souci, j’imagine qu’en plus vous recevez plein de mails plus ou moins intéressants, alors forcément, certains passent à la trappe…
A la grâce de Dieu, alors! :)

7. Le jeudi 17 décembre 2009, 16:58 par Zabou

Bis repetita placent donc je te le redis ici : j’aime vraiment bien ton P.S. ! :)

8. Le jeudi 17 décembre 2009, 17:01 par claire

Seriez-vous en manque des courriers des vépécistes, où vous êtes la personne la plus importante, le client privilégié, une personne exceptionnelle ? Cela peut s’arranger, vos paroissiennes seront prêtes à vous parrainer…car à n’en pas douter elles vous aiment !!! ;))

9. Le jeudi 17 décembre 2009, 18:10 par David

@toutes: ici, je signe David et le ton des échanges amène le tutoiement. il m’arrive de vouvoyer en réponse, quand je ne sais plus trop à qui je parle, mais ce n’est pas la règle (surtout pour toi, Nitt). M’appeler David et me dire tu me va tout à fait, parce que c’est un peu le ton de l’échange. Je ne suis pas votre curé, et donc, soyons légers. ça me va sans pb. Je me pose exactement les mêmes questions sur nombre de blogs, et je finis, à force de lire, de concevoir une suffisamment grande intimité pour qu’on se dise “tu”.

D’ailleurs, les premiers “mon père” ici m’avaient tout autant surpris que les premiers dans la vraie vie. On peut sans souci s’en abstenir, (ou les conserver si tel est votre désir). J’écris en tant que “David, chrétien, prêtre”… les réponses sont donc à l’envie!

@clémence: je n’avais pas pris l’invitation pour une invitation formelle mais une porte ouverte… sans m’engouffrer dedans. Mais rassurez vous, vous m’avez connu suffisamment TRES jeune prêtre pour savoir que nous transformerons ça à l’occasion. Ce mail avait été bien sympa, encore merci.

@claire: les vépécistes me prennent systématiquement pour leur clientE privilégiée. J’arrive pas à m’y faire!

10. Le jeudi 17 décembre 2009, 18:37 par DO92

Le Tu et la confession sont-ils compatibles ?
Tu, Vous, une préoccupation répandue. J’ai appris un petit peu de suédois, et dire “tu” ou “vous” est enseigné dans les règles de politesse. Ce qu’on ma dit : 3 manières de s’adresser à quelqu’un : tu, vous et 3ème personne. Cette dernière est tombée en désuétude. Le “tu” se généralise, le “vous” est ressenti comme froid et impersonnel et sert à s’adresser à des personnes nettement plus âgées ou ployant sur les honneurs. On m’a parlé d’un “tu” un peu plus formel en écriture commerciale.. C’est donc la même préoccupation partout : proximité, politesse, distance, respect, etc…

Mon âge intermédiaire et une habitude du “tu” me permettent d’utiliser le “tu” avec tous les âges, dès que je les fréquente un minimum. Donc avec les prêtres avec qui je collabore, quand ils sont d’accord, j’utilise le”tu”.
Mais….je ne sais pas me confesser avec quelqu’un que je tutoie. Manque d’humilité sans doute, ou trop de proximité ? Donc je vais à Paris, à Saint Louis d’Antin pour me confesser….

11. Le jeudi 17 décembre 2009, 18:41 par David

@do92: bonne analyse, vous/tu savez/sais choisir vos/tes mots. pour ce qui est du sacrement du pardon, la question se pose en effet. De mon côté, ça dépend vraiment de qui est là, avec moi, pour vivre ce sacrement:
si c’est un petit, je le tutoie parce que le “vous” est incompréhensible
si c’est quelqu’un d’autre: si je le connais et le tutoie, je garde cette parole là, sinon, je vouvoie dès que je ne connais pas. Il y a pas mal de jeunes qui viennent nous voir de manière régulière parce que c’est moins difficile de parler à qqn avec qui “on a déjà lâché des gros trucs” avec qui on est proche, tout en ayant gardé la distance suffisante. Je crois que c’est le truc de toute relation; une juste distance, elle permet vraiment l’échange.

12. Le jeudi 17 décembre 2009, 20:09 par David

je reprécise pour le cas où ça ne serait pas clair:
je suis tout aussi à l’aise avec le tutoiement que le vouvoiement,

  1. plus spontanément, “tu” sur le net, avec ceux que je connais, ou que je soupçonne avoir mon âge
  2. fréquemment “vous” quand on me vouvoie, ou que je soupçonne qu’on ne se connaît pas encore
  3. mais j’ai BEAUCOUP de mal avec des mails communs écrits par des ordinateurs que je ne connais pas, ou des interlocuteurs avec qui je n’ai eu aucun rapport (pas même avoir été lu par eux) mais qui me tutoient… Là, j’ai envie de dire “on se connaît”?

le mot de la complicité qui devient un artifice de comm’, ça me saoule.

13. Le jeudi 17 décembre 2009, 21:29 par Anne-Claire

Il va bien, il est content ;-)
100.000 visiteurs par ici, ça se fête, non ?

14. Le jeudi 17 décembre 2009, 22:03 par do

moi, personnellement, en ce qui me concerne, je me nounoie. ;)

ça me rappelle mes premières années à l’IGN: j’avais visité mon service avec les chefs, jeunes, et donc, comme c’était la première fois que je les voyais, je les avais vouvoyés, et c’est resté. Puis après, je travaillais avec des employés, plus vieux, qui se tutoyaient tous et qui me tutoyaient, après un temps d’esquive, et je me suis fixée au tu.
Puis je me suis rendu compte que ça faisait drôlement la lèche-bottes, qui vouvoie tous les “supérieurs” et qui tutoie les “inférieurs”! Depuis, je tutoie plus facilement dès le début, c’est trop un piège, parfois, le vouvoiement.

Le nombre de prêtres, aussi, que j’ai connus sans les connaître, en confession, par exemple, et que j’ai vouvoyés, pour après les retrouver dans un cadre chaleureux où tout le monde se tutoie, sauf le prêtre et moi. Même ici, maintenant, je me demande si c’est pas déjà trop tard.

C’est bizarre, les prêtres, il y en a qu’on ne voit que pour raconter du sordide, alors on pense qu’ils ne pensent que du mal de nous; il y a ceux dont on pense qu’ils ont peur qu’on leur saute dessus, parce qu’on est une femme seule, donc forcément avide d’hommes (machos! ;) ), alors on se laisse mettre à distance, on hésite même à demander une messe, on passe par le sacristain; il y a celui de notre paroisse, qu’on aime bien, qui nous aime bien, mais qu’on se sent un peu gêné parce qu’on va toujours à la messe chez les capucins et jamais chez eux, alors on est gêné; …et puis il y a ceux avec qui on mange, ou qui viennent même passer une nuit parce qu’ils traversent la région, et qui disent leur messe chez nous parce que le lendemain ils n’auront pas de lieu pour la dire, ceux chez qui on peut aller, à qui on peut téléphoner à 22h15, à qui on peut même faire une remarque fraternelle: alors ceux-là, on les tutoie, on n’y pense même pas: ce sont nos “frères prêtres”. Et je précise que ce n’est pas une question d’âge.

15. Le jeudi 17 décembre 2009, 22:35 par David

do, on dit: moi, personnellement, nous nous nounoyons.
sinon, ça tient sacrément la route, tout ça!

16. Le jeudi 17 décembre 2009, 22:56 par do

c’est juste que j’aime bien l’expression “moi personnellement je”:
un brin d’égocentrisme…

17. Le vendredi 18 décembre 2009, 08:57 par you

If you speak english, you have not a probleme !

18. Le vendredi 18 décembre 2009, 10:17 par claire 78

Après toutes ces commentaires je vais aller vouvoyer mon aspirateur, peut-être sera-t-il touché ? ;)) Il y a même des personnes que je tutoie ou bien vouvoie sans règle bien précise et je reconnais un peu fonctionner de manière instinctive selon les situations…. Dans les mails, ce qui m’agace la plus c’est le ” bonjour Claire “, drôle de manière d’entamer un échange écrit…..

19. Le vendredi 18 décembre 2009, 11:36 par doumet

Tous ces commentaires me font penser à une p’tite difficulté que je ressent vis-à-vis du “tutoiement liturgique” et du “vouvoiement ” apparenté… Pourquoi dit-on “Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié”, mais continue-t-on à dire “je vous salue Marie”, ou “et avec votre esprit” ? Quant au sacrement de réconciliation, n’est-on pas censé s’adresser à Dieu à travers le prêtre (auquel cas il serait logique de tutoyer pendant la confession, même avec un prêtre que l’on vouvoie !)

20. Le vendredi 18 décembre 2009, 22:59 par Laurence

@doumet : parfois dans ce contexte sacramentel, perso, ça donne : “Vous voyez le truc, hein ?” (au prêtre) et immédiatement après (à Dieu) “Seigneur, donnes-moi ta force, etc.”.

Pour la question de la liturgie, c’est vrai que les prières traditionnelles sont passées comme ça, en “vous” pour l’une et en “tu” pour l’autre, dans le “langage courant”…

Et pour “Avec votre esprit”, je pense qu’on le dit souvent comme un réflexe de pavlov, et l’ayant appris comme ça, sans comprendre ce que ça voulait dire (et avec” Vautraispri”)… ça sort comme ça (du moins c’est ainsi pour moi).

21. Le samedi 19 décembre 2009, 02:19 par do

Mais c’est au prêtre, qu’on dit “et avec votre esprit”, puisque juste avant le prêtre nous dit “Le Seigneur soit avec vous”, (à nous), c’est pour lui dire “et avec vous aussi”, d’une façon plus particulière: un peu une façon de demander qu’il soit inspiré pour nous parler: c’est toujours avant des trucs où il officie plus ou moins “in persona christi”, j’ai l’impression. Ou du moins, c’est toujours avant des moments importants de son ministère. Mais ça ne s’adresse pas à Dieu, sinon, ça reviendrait à dire à Dieu qu’on veut qu’il soit avec son propre Esprit, ce qui pourrait laisser entendre que l’on a des doutes quant à sa sobriété…

Pour le Je vous Salue, il est en passe de devenir, dans certains cercles, “Réjouis-toi”, ce qui mettra tout le monde d’accord. en revenant de plus à l’expression d’origine.

Mais à mon avis, c’est bien que ces usages suivent plus ou moins l’usage de vouvoyer ou tutoyer ses parents, car Jésus a tout fait pour que les enfants de Dieu se sentent dans une relation avec son Père qui puisse s’enraciner dans celle du petit enfant avec son propre père de la terre, et s’il appelait son Père “abba”, soit “papa”, ce n’était sans doute pas pour que le peuple juif s’oriente vers plus de solennité, mais au contraire vers plus de simplicité.

On ne pense pas assez à l’attitude de Jésus, quand on juge de nos attitudes. Quand on pense qu’il touchait les gens, qu’il parlait à des femmes de mauvaise vie, à une fille qui lui pleurait sur les pieds, qu’il dormait chez Pierre dans une maison de 5 ou 6 m² avec toute sa famille, qu’il faisait des mouillettes pour en donner à Judas…

Je ne crois pas qu’il soit venu dans une étable pour qu’on fasse des trucs compliqués, mais c’est difficile de conjuguer le respect qu’on lui doit, la conscience de sa grandeur (qu’on n’a pas), avec la simplicité confiante qu’il attend de nous (et qu’on n’a pas non plus) : c’est normal qu’on tâtonne, c’est justifié d’avoir peur de tomber soit dans l’indifférence, soit dans la raideur.

22. Le samedi 19 décembre 2009, 02:28 par AncillaDomini

@ Doumet :

En français, traditionnellement, et contrairement à d’autres langues (l’allemand par exemple), on vouvouie le Seigneur et Ses saints.
Si vous trouvez un jour une vieille Bible, vous allez tomber partout sur des expressions du style : “Maître, vous avez les paroles de la vie éternelle !” ou Pilate : “Etes-vous le Roi des Juifs ?”
De même, le Notre Père, à l’origine (et il est toujours récité ainsi “en privé” par bon nombre de catholiques) voussoie le Seigneur :
“Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.”

L’arrivée du tutoiement dans les prières en langue française est liée à la volonté de certains catholiques, au XXème siècle, de “rapprocher” le Seigneur par un “tu” bien plus familier que le “vous” de majesté, et de se distancier d’un catholicisme traditionnel jugé trop “fermé” et “intransigeant”. Cela se faisait déjà depuis 500 ans chez les protestants… précisément pour ces deux raisons (la 2ème : pour la distance surtout, car les calvinistes étaient aussi intransigeants que les catholiques).
Comme on ne supprime pas mille ans d’habitudes en un jour, cela s’est fait de manière un peu bancale et incohérente et, comme vous avez pu le remarquer, l’usage est resté de vouvoyer le Seigneur, Ses saints et Ses ministres en diverses occasions.

On rencontre aussi bien des “puristes du vouvoiement” qui ne prient qu’en voussoyant, quelle que soit la forme du rite et l’assemblée (d’où quelques décalages rigolos au moment du Notre Père, car vous avez pu constater que la traduction a évolué… ;-) ), que des “puristes du tutoiement” qui ont réécrit le “Je vous salue Marie” en “Je te salue Marie” et ne prient qu’en tutoyant. La plupart des gens alternent suivant les occasions, les assemblées, le contexte ou l’humeur du moment.
Il me semble que l’habitude (de votre servante !) d’apposer une majuscule à tout ce qui concerne le Seigneur (“Son” “Nom”, “Ses” ministres, “Sa” vie, “Son” “Amour”, etc.) date de la même époque que la manie de Le tutoyer partout : ces majuscules, qui sont là pour rappeler Sa majesté et Sa divinité, n’avaient aucune utilité lorsque tout le monde Le vouvoyait, puisque c’était précisément ce que sous-entendait le “vous”.

A noter que l’usage du “tu” en latin, souvent invoqué pour justifier la réécriture moderne des prières, n’a pas de sens, car l’emploi du “tu” et du “vous” n’avaient pas le même sens en latin qu’en français. D’où les différences de traductions, du “du” allemand au “vous” français, en passant par les “thou” et “thee” anglais… suivant la langue et la culture de destination.
Plusieurs grands saints ont utilisé le “tu” dans leurs écrits et leurs prières, éventuellement en alternance avec le “vous” (Ste Thérèse de Lisieux par exemple) alors que ce n’était pas l’usage à leur époque, mais il s’agit du “tutoiement mystique”, à ne pas confondre avec le tutoiement familier à la mode. L’âme est alors tellement unie à Dieu, tellement impreignée de Lui, tellement une avec Lui, qu’elle dépasse le “vous” d’adoration et de majesté pour atteindre un “tu” fusionnel.

Oups ! Désolée, c’était long… mais j’avoue que ces petites subtilités de langage me passionnent.
Dites-moi comment vous voussoyez et je vous dirai qui vous êtes ! :-D

Au fait… le vouvoiement n’exprime pas forcément une distance. Suivant le milieu dont on vient où auquel on appartient, il peut également exprimer une affection respectueuse et une forte complicité sans promiscuité. Vouloir réduire le “vous” et le “tu” à un seul sens chacun, et surtout vouloir imposer le sens qu’on leur donne, c’est oublier que le Peuple de Dieu n’est pas homogène (socialement, entre autres) ! ;-)

23. Le samedi 19 décembre 2009, 02:45 par AncillaDomini

@ Do :

Au sujet du “et avec votre esprit !”, vous avez tout à fait raison.
Si je me souviens bien de cette bonne vieille Explication de la Sainte Messe par Dom Guéranger, l’échange “_ Dominus vobiscum ! _ Et cum spiritu tuo !” (“_Le Seigneur soit avec vous ! _ Et avec votre esprit !”) est effectivement destiné à recentrer l’attention des fidèles sur la messe, avant chaque étape importante.
C’est particulièrement visible dans la forme extraordinaire, car beaucoup de choses sont dites à voix basse par le prêtre, qui conclut simplement par un “Dominus (semper) vobiscum !” pour signaler la fin d’une “étape” et le début de la suivante aux fidèles.
Tout cela est très codifié, bien sûr… mais c’est l’une des petites choses qui rendent aisée la compréhension du déroulement de la messe en forme extraordinaire, y compris (et en particulier !) quand on ne comprend pas le latin (comme c’est mon cas… mea culpa ! :-D ).

On peut constater, d’ailleurs, dans cet échange (_ “Dominus vobiscum ! _ Et cum spiritu TUO !”) que l’assemblée tutoie le prêtre en latin… de même qu’elle tutoie Dieu en latin aussi (“Pater Noster qui ES in cealis, santificetur Nomen TUUM, fiat voluntas TUA, etc.”).
Ceci illustre bien ce que j’expliquais dans mon précédent post : le tutoiement et le vouvoiement n’ont pas du tout la même signification suivant la langue, et c’est bien le vouvoiement qui correspond, en français, à cette valeur particulière du tutoiement en latin.

Enfin bon, voilà, c’était juste pour la culture… En pratique, chacun fait comme il veut : c’est une affaire entre le Seigneur et lui !
(Je précise, des fois qu’on me prêterait des idées… d’ailleurs, c’est au nom de ce “chacun fait ce qu’il veut” que je vous vouvoie mon Seigneur comme je veux aussi, na ! :-p ).

24. Le samedi 19 décembre 2009, 13:06 par do

Ah, et puis tiens,à propos d’iloiement, j’en profite pour placer ce truc qui m’embête depuis qu’un prêtre a fait remarquer que l’anamnèse est toujours à la 2ème personne et donc pas à la 3ème personne, vu qu’on est censés croire que Jésus est présent sur l’autel à ce moment là. (une prof de français, en 3ème, m’avait fait remarquer que c’était très impoli de parler à la troisième personne d’une personne présente dans la pièce).

Or, il y a une anamnèse très “années 70”, très belle d’ailleurs, mais qui martèle l’iloiement comme si elle voulait nous convaincre que vraiment, celui dont on parle n’est pas du tout là: ce prêtre l’avait transformée en “tu est ” (il était un peu têtu, je reconnais), et je trouve que c’est très mieux comme ça, finalement; en plus, ça fait le bon nombre de syllabes et le “u” ne se distingue pas du “i” si on se le joue un peu lyrique et pas trop à tue-tête, du coup, je la dis comme ça maintenant. c’est ma seule révolte liturgique grave, j’espère ne pas brûler en enfer pour ça…

25. Le samedi 19 décembre 2009, 13:13 par do

(enfin, c’est une variante d’iloiement, c’est “Christ est venu, Christ est là, etc…”)

26. Le lundi 21 décembre 2009, 11:00 par doumet

Merci pour toutes ces remarques ! et désolé d’avoir fait dévier la conversation à ce point… Il demeure tout de même un étrange état de fait où l’on vouvoie donc le prêtre (et avec votre esprit), Marie, mais où l’on tutoie le Père… A l’origine, ma réflexion a commencé avec un chapelet en l’occasion de l’Immaculée Conception, où le contraste me semblait très fort.
Merci encore, et bon et saint Noël à toutes et à tous

27. Le samedi 9 janvier 2010, 22:24 par Claire 78

Etonnants voeux électroniques que je viens de recevoir, je fais partie d’une liste de diffusion : destinataires inconnus !!! J’avoue que je trouve cela assez savoureux ….

28. Le samedi 9 janvier 2010, 22:31 par David

@claire: mince, je pensais vous avoir évité cela en vous les envoyant pas la poste. ma vigilance a été trompée! zut de zut!

29. Le samedi 9 janvier 2010, 22:31 par David

je ne vous y tutoie pas, au moins? ;)

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet

Page top