D'aussi loin que je me souvienne, il s'est toujours levé tôt

Souvent, quand je lis, peu à peu, le personnage que je découvre se pare de traits piochés ici ou là, dans des rencontres, des coups d’œil, des clichés… je recompose peu à peu le portrait et le voit s’animer, s’épaissir. Pour une fois, je n’ai pas pu.

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je viens de finir il y a un instant le premier ouvrage de Vincent Flamand, D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt, roman. Je l’ai lu parce que j’aime vraiment bien Vincent, avec qui j’ai plus ou moins partagé deux ou trois ans au séminaire. Je crois, à l’époque que je n’étais pas assez épais pour trouver toute ma place à côté de ce gars. Il était séminariste atypique, il déployait une personnalité et un humour féroces, une histoire lestée de chanteur de rock punk, et belge, de philosophe sans demie-mesure, et d’un mystère tout ce qu’il y a plus d’intrigant. Il allait être un prêtre inhabituel. Il en a même quitté le ministère depuis, sans que je le sache, emportant son mystère, son “épaisseur” que je lui enviais un peu.

Je ne savais pas qu’il avait écrit, et puis j’ai appris subrepticement la sortie de ce livre, et me suis débattu pour le trouver vite. Et c’est tant mieux. Vincent y parle de son père comme personne ne l’a jamais compris. Il y parle d’un homme qui a sûrement souvent été ignoré, sous estimé, méprisé même, un de ces hommes à l’humanité apparemment banale ou voûtée, un loser de la société, apparemment, mais qui déploie une humanité à la grandeur de ses blessures. Un vrai vivant, secret et aimant.

J’ai aimé lire Vincent parlant de son père, j’ai aimé comprendre le fils qu’il a été et qu’il est devenu. J’ai aimé cet hommage sans concession, ce portrait sous la peau, ce portrait que comme photographe j’aurais raté. J’ai aimé découvrir qu’un homme est beau de ce qu’on lui a donné, ou de ce qu’il a voulu faire. J’y aime encore plus Vincent, et le respecte pour le trouble, et l’intégrité de son parcours.

J’ai des amis prêtres, j’ai des amis qui ont été prêtres et qui ne le sont plus. Même si je ne souhaite à personne de devoir dire “non” à un “oui” donné en toute sincérité, j’aime bien les deux, parce qu’ils continuent ce que nous avions déjà ensemble construit.

Pour trouver ce livre, il faut tanner vos libraires, parce que les éditions de l’aube sont distribuées par Harmonia Mundi, moins argentés que Volumen… mais je ne regrette pas un centime de mes 10 euros:

Vincent FLAMAND, D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt, roman, éditions de l’aube, harmonia mundi diffusion livres, 2010. 80 pages. ISBN 978-2-8159-0053-9

Emeric (je crois) en parle ici aussi: jeunes & cathos du val d’oise (d’ailleurs, ce blog est génial, suivez-le!)

Commentaires

1. Le dimanche 11 avril 2010, 16:30 par David

je ne l’ai pas dit, mais c’est très très bien écrit. on apprécie les mots choisis!

2. Le dimanche 11 avril 2010, 18:45 par fifi

un chouette billet qui donne envie d’aller chez le libraire de pas :-)

3. Le dimanche 11 avril 2010, 21:38 par do

ça doit être vraiment bien, car ce que vous en dites est très beau, et le sujet est effectivement très important: tous ces gens qui se sont succédé et qui nous ont laissé un monde construit, confortable, paisible même, alors qu’eux mêmes n’avaient souvent vécu que la pauvreté, la guerre, le travail rude…
ça m’a fait penser à mon père.
J’ai un peu peur que de telles personnes n’existent que de moins en moins dans notre monde occidental aseptisé. J’en retrouve parfois venant d’Afrique ou d’Inde…

(je le rajoute à la liste des livres que je vais venir vous emprunter un jour.)

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