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Constantia

coupe papierparmi les charmes délicats du lundi matin
il y a ces petites lectures que l'on s'octroie
d'une réédition sur un épais papier de qualité
et qu'on découvre le coupe-papier à la main
tel un amateur désuet de littérature sans importance.

L'éditeur PQG, "le pou qui grimpe" « ne reprend pas les textes qui ne sont pas directement en rapport avec Coutances et ses abords », republié en 1994 par les éditions Séquences. Gravures en xylographie comme entête de chaque chapitre, Rémy de Gourmont croque en 1913 sa ville de Coutances, toute molle de ruralité, témoin d'une grandiloquence qu'elle ne sait plus soutenir. On le lit amusé d'un trait nostalgique et pas si flatteur...

imageLA PETITE VILLE

La petite ville est agréable à contempler. On la voit de partout et c'est toujours la même île de pierres accumulées émergeant d'une mer de verdure. D'entre les pierres il surgit quelques rocs sveltes et dentelés, ce sont les flèches de ses églises jadis phares des âmes. De toutes ses pierres, à ses heures, tombe la voix des cloches, l'air limpide se résout en musique comme, l'hiver, l'air gris se fond en pluie. Les ondes se sont dispersées ; rassuré, le silence recommence sa promenade éternelle le long des rues mortes. (p.5)

LES PETITS SUJETS

Voici cinq ou six articulets sur un petit sujet qui n'intéresse guère les Parisiens, sur une petite ville que je ne veux même pas nommer, mais si je devais m'en excuser, ce serait pour dire que je n'aime à écrire que sur ce qui frappe directement mes yeux. J'ajouterais aussi qu'il ne doit pas y avoir pour l'écrivain, ni non plus pour le lecteur habitué à sa manière, des petits sujets. Les choses au milieu desquelles on vit et auxquelles on participe, prennent aussitôt une importance qui les rendrait presque dignes de l'histoire. Je passerais une saison dans le désert que je décrirais les choses du désert, même si ces choses n'étaient rien du tout. J'aimerais à raconter le néant. Mais je ne puis me persuader, philosophiquement, que là où je vis, puisse régner le néant. Les choses sont ce qu'un esprit les considère. Elles ont de l'importance, puisqu'elles l'occupent présentement, à l'exclusion du reste du monde. Il n'y a que les imbéciles, et tout de même je ne me range pas parmi eux, qui croient que les grands sujets font la grande littérature ou la grande peinture. Qu'ils se détrompent. Il vaut mieux être le Chardin d'un chaudron, que le raté d'une épopée. Un homme qui dit sincèrement ce qu'il voit, et seulement les choses qu'il voit, n'est jamais ridicule. C'est pourtant cette sincérité qui semble si facile et si engageante où il semble que nos contemporains répugnent le plus. Cela s'est toujours passé ainsi d'ailleurs, ce qui fait qu'à peine écrite, la littérature tombe en poussière. Il avait bien raison celui qui prenait pour devise : l'humble vérité. Je ne sais plus qui. Mais j'espère qu'il ne croyait pas à la vérité, mais à sa vérité . Dire sa vérité, humble ou orgueilleuse, il n'y a que cela de digne. (p.61-62)

on trouvera dans cette page une recension presque intégrale... et rira très jaune du portrait de la si belle cathédrale...

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Commentaires

1. Le lundi 4 octobre 2010, 13:17 par David

et je vous livre le joli portrait de la cathédrale à la conclusion délicieuse du croqueur de Coutances: 

LA CATHÉDRALE

La cathédrale domine, écrase, dévore la petite ville nichée à ses pieds et qui semble en découler comme une source de pierre. Cet amas harmonieux de sculptures, de flèches, de dômes, de porches, n'a pas suffi à rassasier l'activité constructive des siècles qui précédèrent la Renaissance et dont le nom ici ne se comprend plus car ce fut une mort et non un renouveau : deux autres églises, encore vastes et belles s'élevèrent à ses côtés et plus loin dans les campagnes, au bord des rivières, à la lisière des landes, des abbayes surgissaient riches et fleuries, et l'on se demande comment purent être conçues et créées, en un temps assez bref, tant de prodigieuses architectures. Il y a une telle disproportion entre les ressources artistiques actuelles du pays et les anciennes réalisations ! Aujourd'hui, non seulement il ne pourrait achever ces merveilles, mais à peine pourrait-il en avoir l'idée et il serait même embarrassé pour les maintenir en bon état. Il faut que cela soit un gouvernement sans religion qui veille sur l'intégrité de ces monuments religieux. Abandonnés aux mains des fidèles, ils seraient depuis longtemps de belles ruines. La foi qui les construisit n'a plus assez de force pour les soutenir. Ceux-mêmes qui les admirent sont devenus incapables d'une admiration active et ceux qui y prient ne voudraient pas se priver d'un déjeuner pour contribuer à la réfection d'une seule de ces pierres sculptées. Ils sauraient pleurer, ils ne sauraient faire que cela. Dans le petit poème qui raconte la construction de la cathédrale de Chartres, on voit la population tout entière travailler matériellement au charroi et à la pose des matériaux. Elle est, et toutes les autres, le fruit de l'élan de tout le peuple qui voulait, qui savait vouloir. Les catholiques d'aujourd'hui ne sont même plus capables de nourrir leur clergé et de lui acheter des surplis.

2. Le lundi 4 octobre 2010, 14:43 par Gael

Coutances : sa rue du Pou qui grimpe, son colimaçon, son lycée d état, sa cathédrale... Tu vas me rendre nostalgique !

Et pour Mr l abbé, ce sera combien de surplis ?

3. Le lundi 4 octobre 2010, 17:24 par Anne-Claire

Gael, je continue ta liste...son festival de jazz, sous les pommiers, ses petites rues étroites à peine accessibles, son jardin public, ses imprimeries, son vieux séminaire, ses chapelles...ça va comme ça, on l'a bien vendue ?...
Quelle idée de lire un bouquin pareil un lundi matin ;-)

4. Le lundi 4 octobre 2010, 19:53 par Claire 78

Je trouve savoureuse la comparaison entre Florence et Coutances ...Pourquoi diable aller si loin, alors que cette cité nous tend les bras...
Je suis d'accord avec Anne-Claire, vous avez de drôles de lectures...

5. Le lundi 4 octobre 2010, 20:03 par David

@Gael: ben oui, forcément, j'aurais dû me douter que tu allais commenter, avec une science tout aussi infuse que ledit Rémy de Gourmont... qui aujourd'hui a même son parking. La liste n'est pas complète, et aigre douce... alors qu'on a des raisons de l'aimer, cette ville...

@Anne-Claire, je soupçonne Gael de n'avoir choisi que des noms évoqués par Rémy de Gourmont... mais bon, va pour les imprimeurs.

@Claire78, Florence recèle tout de même des atouts qui me laissent toujours sans voix. Coutances a un petit côté hautement rural qui a son charme, sans pour autant rivaliser avec Fra Angelico, tout de même! et puis, si jamais vous alliez à une messe hivernale dans la cathédrale, vous sauriez la différence en dizaines de degrés.  

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