Aller à la recherche

le cœur de ta maison

courage, lave toi... et l'eau est froide, naturellement;  Les salles-de-bain balinaises, c’est pas la classe. Un trou, un bac d’eau, une casserole. On se douche à la volée, dans 3m², au pied de la cuve WC, quand il y en a une. Les portes sont généralement bouffées par la flotte, et il n’est pas rare de voir un cafard se balader. C’est vieux, c’est usé, ça ne ressemble à rien. Ou plutôt, si ! à la cuisine adjacente. C’est gras, sombre, on ne sait jamais bien si la vaisselle est vraiment propre, le feu de bois pour l’eau a noirci la pièce, et la cuisson à l’huile a oint le reste. Sous une cloche grillagée, le repas en attente, dans lequel on viendra piocher régulièrement, un autocuiseur plein de riz pour la base. Ce n’est pas tant que les Balinais soient sales (tout au contraire !) ou ne soient pas attentifs à la nourriture (on y mange souvent bien et abondamment, dans le style) mais cuisine et salle de bain sont situées dans le même coin de l’enclos familial, à l’exact opposé du temple, le plus sacré. On se lave, on mange, certes, mais le cœur de la maison ne saurait être là. Pour préciser le propos, il faudrait souligner que le repas, sauf en cas de grandes célébrations religieuses ou traditionnelles, n’est pas un moment convivial. On mange en silence et vite, à son heure. On parle (beaucoup) avant et après. Alors la cuisine… 

Ces position et tenue inhabituelles de la cuisine viennent en curieux écho avec des discussions avec un ami prêtre orientophile, Nicolas, qui avait veillé à l’aménagement de son appartement. Chez lui, les icônes n’étaient pas au clou, empoussiérées sur les murs, mais posées sur un lutrin dans l’angle opposé à la porte d’entrée, première vision de celui qui était accueilli. Attention délicate et décapante pour le catholique ignorant que je suis.

Les monastères tout entiers configurés autour de leur abbatiale pourraient tout autant me parler… ou comme me le témoignait Didier qui avait effectué un semestre à Boston dans ses études… le presbytère américain tournait tout autour du seul point central et névralgique de la maison: le frigo. 

Je suis alors tenté de me/nous renvoyer la question. Maison, où se trouve ton centre?

  • dans le bureau, aux papiers épars ou à l’ordre militaire,
  • dans la télé qui trône au milieu du salon
  • dans le frigo qui concentre tous les intérêts
  • dans le temple.
  • dans le coin prière,
  • dans le salon, pour tes invités,
  • dans ta bibliothèque

ou nulle part, pour n’être pas “habitée”. L’ordonnancement de la maison, l’ordonnancement de l’univers renvoient chez les Balinais à une conception encore plus profonde et exactement en écho d’un homme structuré, où chaque partie est importante, mais ne s’honore pas de la même manière…

Si on doit passer autant de temps dans chacun des coins de la maison… comment les laissons nous, et nous laissons nous être “ordonnés”?

Commentaires

1. Le mardi 26 octobre 2010, 05:37 par Nitt

Alors là, tu as fait mouche... Grâce à toi je vais réorganiser un peu mon chez-moi chinois, parce qu'il y a un truc qui ne va pas.
Enfin, je dis "un", mais je devrais dire "tout"...

2. Le mardi 26 octobre 2010, 09:48 par Tigreek

Dans le salon, indubitablement. Il y a la télé, c'est vrai, mais aussi le canapé pour accueillir les invités ou lire l'histoire du soir, la table pour se retrouver autour d'un jeu ou d'un repas en famille, le coin prière avec la Trinité qui veille sur la maison... Et puis, aussi, le linge qui attend d'être plié, les papiers qui traînent... Un joyeux bronx parfois !

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