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Notre ombre n'éteint pas le feu

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le tout n’est pas de vouloir la voir disparaître, mais de l’emmener avec soi là où la Lumière saura quoi en faire

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On espère toujours pouvoir maîtriser son image en se composant un visage. Hélas ou tant mieux, le même visage parle sans nous, et le corps avec lui. On ne le perçoit pas mieux qu’on n’aime sa propre voix… Il paraît même que ce n’est pas la même région du cerveau qui commande le sourire de plaisir ou celui travaillé pour les photos. D’où ces différences si notables, et ma quête des sourires qui ne sont pas adressés. Mais au-delà de notre corps, même dans la plus belle lumière, nous traînons nos ombres et nos reflets, qui passionnent tout autant le photographe. Ils sont simplifiés, et distordent ce que nous voudrions polir. Ils nous composent aussi, peu importe les latitudes où nous les baladons. Certains nous réduisent à nos ombres, d’autres à nos reflets, ou encore à ces clichés de nos vies, à un instant donné. La part de Dieu nous remet en histoire, unifiant en mouvement l’ombre et la lumière, l’aimable et l’aimé, le résistant et le pardonné.

le titre est d’Eluard, le dessin de Xavier Gorce et la photo de moi

Commentaires

1. Le samedi 6 novembre 2010, 09:38 par David
et le sujet me passionne depuis longtemps: http://davidlerouge.fr/index.php?/page/4&q=ombre%20homme
2. Le samedi 6 novembre 2010, 09:57 par David
À la fin de l’année
de jour en jour plus bas,
il enfouit sa chaleur comme une graine

I

Nous avançons toujours
Un fleuve plus épais qu’une grasse prairie
Nous vivons d’un seul jet
Nous sommes du bon port

Le bois qui va sur l’eau l’arbre qui file droit
Tout marché de raison bâclé conclu s’oublie
Où nous arrêterons-nous
Notre poids immobile creuse notre chemin

Au loin les fleurs fanées des vacances d’autrui
Un rien de paysage suffisant
Les prisons de la liberté s’effacent
Nous avons à jamais
Laissé derrière nous l’espoir qui se consume
Dans une ville pétrie de chair et de misère
De tyrannie

La paupière du soleil s’abaisse sur ton visage
Un rideau doux comme ta peau
Une aile salubre une végétation
Plus transparente que la lune du matin

Nos baisers et nos mains au niveau de nous-mêmes
Tout au-delà ruiné
La jeunesse en amande se dénude et rêve
L’herbe se relève en sourdine
Sur d’innocentes nappes de petite terre

Premier dernière ardoise et craie
Fer et rouille seul à seule
Enlacés au rayon debout
Qui va comme un aveu
Écorce et source redressée
L’un à l’autre dans le présent
Toute brume chassée
Deux autour de leur ardeur
Joints par des lieues et des années

Notre ombre n’éteint pas le feu
Nous nous perpétuons.

II


Au-dessous des sommets
Nos yeux ferment les fenêtres
Nous ne craignons pas la paix de l’hiver
Les quatre murs éteints par notre intimité
Quatre murs sur la terre
Le plancher le plafond
Sont des cibles faciles et rompues
À ton image alerte que j’ai dispersée
Et qui m’est toujours revenue

Un monotone abri
Un décor de partout

Mais c’est ici qu’en ce moment
Commencent et finissent nos voyages
Les meilleures folies
C’est ici que nous défendons notre vie
Que nous cherchons le monde

Un pic écervelé aux nuages fuyants au sourire éternel
Dans leurs cages les lacs au fond des trous la pluie
Le vent sa longue langue et les anneaux de la fraîcheur
La verdure et la chair des femmes au printemps
La plus belle est un baume elle incline au repos
Dans des jardins tout neufs amortis d’ombres tendres
Leur mère est une feuille
Luisante et nue comme un linge mouillé

Les plaines et les toits de neige et les tropiques luxueux
Les façons d’être du ciel changeant
Au fil des chevelures
Et toujours un seul couple uni par un seul vêtement
Par le même désir
Couché aux pieds de son reflet
Un couple illimité.
3. Le samedi 6 novembre 2010, 15:52 par Eliette

C'est bien dit, c'est joliment tourné et c'est très vrai. (l'article hein, parce que j'ai eu la flemme de lire ton auto-commentaire^^) Merci Dave. Une question quand même: on risque pas un peu avec la photographie, outre la pose, de partir ici ou là plus dans l'optique de la photo qu'on prendra que du moment, du lieu, du vécu?

4. Le samedi 6 novembre 2010, 16:19 par David

l'auto commentaire est en fait le poème d'Eluard in extenso. ça se déguste.

merci du compliment. il y a pas mal de manière de prendre des photos, de faire poser, de chasser l'instant. ça peut être très prenant et même un excellent moyen de ne pas s'insérer dans le mouvement, comme un spectateur exonéré d'action. on peut être aussi sensible à ce mouvement et avoir envie d'en révéler l'instant, tout en continuant d'en être. Quand je suis totalement responsable d'un camp ou d'un événement, je ne sais jamais prendre de photo parce que je suis dans l'anticipation permanente de ce qui va suivre, ou dans l'accompagnement complet, ce qui mobilise toutes mes facultés. En revanche, quand je suis un peu libéré et justement un peu plus dans l'instant, alors, appareil ou pas, je prends ces photos, tout le temps. Il m'arrive parfois même de penser "tcheclec" en voyant une situation dans laquelle je suis inséré.

le regard sur le monde, quoi qu'il arrive, on l'a. on est forcément situé. mais on pourrait le pervertir à la recherche du beau cliché, du bel angle en oubliant l'objet. On a alors de jolies photos mais qui ne parlent pas.

On ne voit rien si l'on n'aime pas. On ne révèle rien de la beauté de l'autre si on ne le regarde pas vraiment, jusque dans l'intersection qu'il pose, à ses pieds, avec son ombre.

PS, pour cette photo, j'ai dégainé au début de la prière, puis j'ai rangé mon appareil. il y avait mieux à faire.

5. Le samedi 6 novembre 2010, 19:34 par Eliette

Tu m'étonnes que ton blog s'appelle "j'apprends à regarder" ;-) "et j'apprends aux autres aussi !"

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