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feu et eau (#900)

(pardon par avance pour le coup de gueule, mais bon, ça ira mieux en le lisant, je ne doute pas que les décisions prises dans ces situations le soient "au plus juste" et "pour le mieux"... c'est juste qu'on découvre, de l'extérieur, que ça sonne un peu "pas si juste")

Parfois, parce qu’ils sont plus dou(cereu)x, plus évocateurs, moins violents, on remplace les textes des inhumations par des méditations, attribuées par l’omniscient internet à des auteurs plus ou moins célèbres, de William Blake à St Augustin (paix à leurs âmes). Ils sont souvent jolis comme des textes de Christian Bobin : jolie image, joliment tournée, avec un je ne sais quoi de joliment… désagréable. Je pense notamment à ce texte sur la pièce d’à côté, et surtout au bateau qui disparaît à l’horizon. Je comprends qu’ils soient parlants, ils disent l’absence et la non disparition… mais ce matin, j’ai compris pourquoi ils étaient finalement “urticants”.

Ce matin, l’enterrement, c’était celui d’un ancien pêcheur (je ne fais pas de faute d’accents, là)… et l’intention de prière inhabituelle, au cours d’une messe très très très préparée, était pour les hommes ayant péri ou disparu en mer. Cimetières aux tombes vides des bords de mer, vous égratignez la mémoire et la fidélité. Vos tombes sans corps sont encore plus violentes.

Il nous fallait votre corps pour entretenir notre mémoire, garder le sens de notre blessure, nourrir notre attente et notre espérance.

image

alors par pitié, arrêtez de jeter vos cendres n’importe où, faites mémoire, et cessez ces méditations à court terme.

On a besoin de chair pour aimer. Elle a son prix, même avilie.

voutch incinération

Commentaires

1. Le vendredi 19 novembre 2010, 14:16 par Nitt

Je viens d'une famille où tout le monde est totalement contre l'incinération. Ce dessin va les faire hurler de rire, merci !



Et sinon, bien plus sérieusement, je me souviens de l'enterrement de mon grand-père, pour lequel ma grand-mère ne tenait pas à entendre le De Profondis, qu'elle trouvait trop rude.
La lecture s'est faite en latin, ma douleur était trop grande pour chercher à comprendre intégralement ce texte, qui a été lu malgré tout.
Plus tard, j'ai lu ce psaume en français et découvert qu'il n'était pas aussi sombre qu'il en a l'air, mais bien plutôt porteur d'Espérance.
Le prêtre a bien fait de l'inclure dans la cérémonie.
Malgré ma grand-mère.

2. Le vendredi 19 novembre 2010, 14:19 par Nitt

J'en rajoute une couche, désolée, mais je me rends compte que j'oublie de parler d'un grand-oncle qui a fait don de son corps à la science.
A l'office sans cercueil, malgré le monde présent, l'église semblait vide. Son geste fut très généreux, mais il y eut, et il reste... un vide.

3. Le vendredi 19 novembre 2010, 21:19 par zephir

Je pense qu'il y a un coté très très obscure dans la crémation. Le besoin sidérant qu'on des gens a se mettre en association pour en faire la promotion devrait nous alerter. Méditez sur leur discours pour vous en persuader.. Pour un enterrement, les seuls bénéficiaires sont de petites bêtes, pas de lointains actionnaires aux méthodes étranges...

4. Le vendredi 19 novembre 2010, 21:57 par David

le marché de la mort et du deuil est hélas très actif. Dans les deux cas. je crains que cela ne soit pour certains un marché juteux, en terre comme en crémation. Mais je ne connais pas la littérature dont vous parlez. Pas fâché de l'ignorer d'ailleurs.

5. Le vendredi 19 novembre 2010, 22:30 par zephir

Il existe des associations crématistes dans beaucoup de régions, et mes opinions sont très (trop) professionnelles... Tous à Montligeon, pas d'imitation (je m'exalte là , non ?).

6. Le vendredi 19 novembre 2010, 22:34 par David

oui, je crois, un peu. Ils ne pourraient tout faire. Et puis, le grand truc de Montligeon, ce sont les âmes du purgatoire, et bon, c'est pas gai, hein?

7. Le vendredi 19 novembre 2010, 23:08 par zephir

Disons qu'une des choses intéressante de cette situation, c'est de faire reprendre contact les gens avec l'(eur) église, le sacré, et les valeurs de la (vraie) vie... Je suis persuadé qu'à chaque cérémonie, il y a au moins une personne a touché, a émouvoir, a réconcilier...

8. Le mercredi 24 novembre 2010, 21:30 par Rebeccatt

Je ne pense pas qu'on ai besoin de chair pour aimer, mais avoir besoin de chair pour dire au revoir c'est tout à fait autre chose.

Mon père est mort il y a quelques années, à la suite d'une longue maladie. Entre le soir de sa mort et les funérailles, j'ai passé énormément de temps avec lui, d'abord à la maison, ensuite au salon funéraire, seule ou avec la famille. Ces moments là ont été pour moi des temps privilégiés avec mon papa. Je l'ai regardé, touché, embrassé. Je lui ai raconté un tas de choses que je n'avais pas su dire jusqu'à là. J'ai eu besoin de tenir dans mes mains les siennes, froides et raides. Il me semble que les heures passés à coté de son corps sans vie m'ont permis de commencer vraiment mon deuil.

Après les funérailles son corps a été incinéré. L'enterrer dans le cimetière du coin, tristounet et grisâtre, coincé entre la nouvelle patté de maison et l'autoroute n'avait pas de sens pour nous. Si nous habitions ailleurs nous aurions peut fait un autre choix.
Quelques mois plus tard nous avons dispersé ses cendres. Un matin d'été, au lever du soleil, le long du chemin qui menait en haut de cette colline qu'il aimait tant. Arrivés au sommet, nous avons prié avec la communauté religieuse qui y habite et ensuite pris un chocolat chaud sur la terrasse d'un café, comme il aimait le faire.

Certes, je n'ai pas de tombe sur laquelle me recueillir, mais j'aime m'assoir le long de ce chemin, ou dans l'église du village. J'aime me rappeler les vacances que nous avons passé là avec mon papa. J'aime y admirer la beauté du paysage, les saisons qui passent, la vie qui meurt et qui renait. J'aime surtout surtout respirer la paix qui y règne, paix que papa y a également connu, au milieu de l'angoisse et la douleur de la maladie, paix qu'il connait maintenant, pour toujours.

N'oublions pas que ce qui est juste et porteur de sens pour une personne, ne l'est pas forcément pour une autre.

9. Le mercredi 24 novembre 2010, 21:40 par David

je me doutais en écrivant cela que je tomberais à côté et que je blesserais. Il aurait fallu que je m'arrête plus tôt. Mais j'ai aussi été ému par cette prière, par cette absence des corps.

Merci pour la délicatesse de votre témoignage. Je regarde pour ma part sans joie ces "lieux du souvenir" où l'on disperse des cendres, et les jardiniers des cimetières ne les aiment pas quand il faut les tondre. Je comprends votre manière de voir, je continue de croire dans l'importance de ces tombes qu'on honore, et de ces corps qu'on ne peut faire disparaître. Votre témoignage me touche en contre point, c'est bien ainsi. merci d'avoir eu le courage de le partager

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