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le viaduc de Millau

Certaines requêtes vous flattent l’égo tout en vous l’empoisonnant, comme un trip opiacé et sa descente concomitante, dans le même instant. Prenez Fred par exemple qui est invité par le préfet et goûte le délicieux ennui qui va étirer les heures à la table d’honneur. Même délice quand on reçoit un mail qui loue vos qualités de photogrââphe, et de prêtre itou, pour vous proposer un alléchant projet. L’idée est bien trouvée. Une homélie en photo, pour un jour donné.

ça tombe bien, j’aime les homélies tout autant que la photo.

Alors depuis quelques jours, je suis en quête dans mes archives, et plus encore dans mes balades du cliché qui pourrait correspondre à cette demande inattendue… et que dalle, bézef, nada, que couic.

Il faut dire que l’homélie est un art d’écriture, ou d’architecture, c’est selon. Il y a un continent, un ubac, variété de Parole, richesse inépuisable… et une assemblée en attente, en adret, qui voudrait accéder au continent désiré. Il faut alors dessiner, planifier, ériger un pont dont le passage tient encore du continent qu’il relie (je suis le chemin dit la Parole), mais dont les pilastres sont du ressort du prédicateur, de sa culture, de son imagination, de sa capacité à soutenir une rencontre en étais choisis. S’il se débrouille mal, s’il étaie trop ou trop peu, le passage ne se fera pas. C’est une gageure sans cesse recommencée. Une joie parfois, un pincement bien souvent d’avoir été si pauvre architecte, ou pire encore maître d’œuvre.

La photo, quant à elle, est un art différent. J’ai appris, sans le savoir, à me mettre à l’école d’un certain regard qui n’attire pas le réel à la vérité qu’on veut lui faire dire, mais cherche dans le foisonnement à discerner ce qui est déjà là, ce qui ne demande qu’à se montrer. Si elle est écriture, c’est pour rendre en un cliché figé ce qu’on a perçu d’un regard du monde alentours, du monde qui parle, qui enseigne, qui est lignes de Dieu. Il s’agit alors d’ouvrir large ses yeux pour apprendre à voir ce qui se donne, et essayer de restituer ce regard, la beauté de ce qu’on a aperçu, ou sa vérité: une émotion, un moment, un mystère surgissant. J’envisage la photo comme une théologie pratique qui pose un regard sur ce qui est, ce qui est fait, avec toute la culture et l’art du photographe, pour discerner dans le réel et ce qui est là quelque chose du travail de création. Point d’étais à construire mais un angle à trouver pour que surgisse la structure du vivant…

Vouloir faire une photo homélie devient alors un casse-tête difficile. C’est soit prendre en photo le pont érigé par un autre, artiste, priant, soit espérer trouver tel quel, dans la nature si prolixe, le viaduc de Millau. L’autre possibilité consiste à installer en regard d’un vallon pas trop inadéquat quelques allumettes, en espérant que le trompe-l’œil, une fois savamment photoshopé, fera illusion.

putain, c’est pas gagné.

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Commentaires

1. Le vendredi 4 février 2011, 17:17 par David

juste histoire de me contredire, j'ai quand même trouvé une idée.

2. Le vendredi 4 février 2011, 21:51 par Fred

"Julien Sorel", et ben dis donc...

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