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pardon, je voudrais passer

IMG_3838web©DLerougeQu’ils nous semblent sombres, et parfois même sinistres, ces confessionnaux de nos églises. Placards à balais, antres des araignées au voilage douteux, à la poussière séculaire et à l’obscurité inquiétante. Leur bois clair n’y change rien, il ne semble pas faire bon y passer. Car il ne fait pas bon fréquenter les lieux de nos obscurités… nos vies sont suffisamment lourdes parfois, et blessées souvent, pour nous complaire à aller chercher nos gouffres du non aimable et de la culpabilité désespérante. Autant laisser dans « la pénombre où nous plonge cette mauvaise foi où nous ne nous énonçons pas à nous-mêmes le sens de nos actes » (JL Chrétien). Autant éviter cette rencontre avec soi-même, tant soi-même peut être infréquentable.

A vrai dire, outre le fait que nos vies ne semblent pas si noires, nous n’avons plus bien d’idée de ce que doit être le péché. La société ne balance-t-elle pas en permanence entre une déresponsabilisation (j’ai été dopé à l’insu de mon plein gré disent les coureurs cyclistes) et une quête sans cesse de responsable (la neige, voyez vous, c’est la faute de Météo France… ). Faut-il alors une judiciarisation de nos vies intérieures, avec un avocat du diable pour nous sortir du mauvais pas où nous nous sommes enferrés ? Il y avait certes autrefois des listes balisées, de gourmandises en chamailleries, de manques à la prière en vulnérabilité aux passions de la chair, mais il ne faisait pas bon touiller dans la fange, on en ressortait pas blanchi. D’ailleurs, la distinction de Varillon ne nous irait pas si mal aujourd'hui. Plutôt que de parler de péchés mortels et véniels, il distinguait les péchés de fragilité : je ne comprends pas ce qui m’est arrivé, les péchés comme accidentels, et les péchés maintenus, à la complicité latente, à l’ambiguïté difficile à assumer. Mais tout ceci ne nous grandit pas. Regardons TF1, l’île de la Tentation et qu’on en parle plus.

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Pourquoi alors une telle insistance dans la Bible, dans la vie des saints, dans la parole des prêtres, dans l’architecture de nos églises sur cette pénitence ? Pour prêter le flanc à la critique d’un christianisme culpabilisant, insensible au bonheur et chemin d’aridité ? Ou Peut-être au contraire parce que cette dimension du pardon est essentielle, parce qu’elle n’est pas autoanalyse entre le soi du quotidien et le poids de son passé, parce qu’elle se veut rencontre avec un Autre, sur un chemin de crête ou pour reprendre les mots de Madeleine Delbrêl : « l’un est l’abîme mesurable des rejets de Dieu et l’autre l’abîme insondable des mystères de Dieu. »

Il y a donc un pardon de Dieu, incommensurable qui nous précède et nous relève, c’est le pardon de notre baptême, le pardon offert par un Dieu juste et vrai qui ne peut nous laisser croupir dans nos ruptures d’alliances déshumanisantes. Le temps en Dieu n’est pas affaire de culpabilité à assumer, ou de gestion à la petite semaine de nos vies… Dieu voit en nous ce que nous sommes appelés à devenir, il nous a créés en ce sens et nous soutient chaque instant pour que nous le devenions. Que l’obscurité gagne nos vies et il brûle d’y apporter sa lumière ; que nous chutions sur le chemin et il descend nous relever ; que nous soyons angoissés par le poids de notre passé, ou notre incapacité à tenir devant sa grandeur, ou à vivre la fidélité aux sacrements reçus, et il veut sans cesse nous recréer à son image.

Simplement, cette expérience d’être plongé dans la primauté et l’excellence du pardon au-delà de tous nos manques d’amour est une expérience difficile à faire dans la solitude (relative) de la prière. Tentés de rester entre soi et soi, nous risquons d’oublier l’initiative d’amour de Dieu. C’est alors la force de la célébration communautaire qui manifeste bien la démarche où Dieu invite et appelle. Célébrant ensemble, nous ne pouvons célébrer le péché, mais nécessairement le pardon et la résurrection. Mieux encore, nous célébrons le Christ, Dieu, à l’œuvre dans nos vies et y manifestant sa gloire. Il ne s’agit plus alors d’une introspection maladive de nos égarements mais une action de grâce pour la force de Dieu qui se déploie dans notre faiblesse. La force de la résurrection vient à bout de nos perspectives de mort.

Si tout à coup, nous célébrons Dieu qui nous recrée, si nous sommes réintégrés dans le corps du Christ qu’est l’Eglise, si nous laissons jaillir en nous la force de la résurrection, alors le pardon devient autre chose qu’un lavage réglementaire, une semaine du blanc, une remise à zéro, il devient action de grâce et vie à tenir. De la même manière que nous sommes baptisés pour vivre en baptisés, mariés pour vivre ce sacrement, nous sommes alors pardonnés pour vivre en pardonnés, en « sauvés par Dieu », en fruits de sa Charité. Nous devenons alors signes de Dieu rayonnant dans nos vies, éloges de la puissance de Dieu, actes de foi, puissance de transformation de notre monde. Me laisser pardonner, c’est ouvrir à Dieu une brèche dans le monde pour qu’il devienne un peu plus Son royaume.

Commentaires

1. Le samedi 5 février 2011, 14:35 par David

je publie un peu plus vite que prévu cet article commandé par la presse paroissiale... Sauf que dans l'enthousiasme, j'ai atteint les 5000 signes (c'était pas si long, hein?) et il fallait rentrer dans le cadre des 1500 signes. Après avoir élagué (ratiboisé?) l'article, j'en sors tellement frustré (et maugréant) que je vous colle l'intégralité ici. Le dessin des indégivrables en sus, naturellement.

2. Le samedi 5 février 2011, 14:55 par Incarnare

C'est sûr, ce n'est pas une micromélie :) mais c'est très nourrissant et consistant. Merci!

3. Le samedi 5 février 2011, 20:19 par Isabelle

Merci pour ce bel article sur ce sacrement qui m'émerveille chaque fois davantage.

4. Le samedi 5 février 2011, 21:25 par David

ben moi, il me fait quand même ramer quand il faut que j'y aille! ;) ça reste pas moins chouette.

5. Le samedi 5 février 2011, 22:10 par Isabelle

J'ai pas dit que je ne ramais pas... L'émerveillement vient généralement après!
;-)

6. Le mercredi 9 février 2011, 12:09 par Nitt

Bénie soit la frustration qui nous vaut un tel billet !
Merci David !

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