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coruscation*

Escalier V. Quelques volées de marche en colimaçon, vestige des anciens bâtiments encarapaçonnés dans le beau VIe arrondissement. Sous des murs de brique rouge et blanche, des arcades dessinent une cour pavée et arborée. Au 2e étage, une salle biscornue, un pilier en son milieu, des murs sans équerre, un bureau sur une estrade, quelques tables. La-salle-idoine.

Dans ma trousse, deux crayons, noirs. Un fin, pour suivre le fil, un plus épais pour relever les quelques mots qui jailliront du tournicotis d’une pensée en allégorie. Habitués des plans au scalpel, à l’architecture calibrée, il fallait passer de l’autre bord, celui de la lectio, des mots qui se répondent, qui s’entrechoquent, interagissent, sans trop de liaison logique raisonnable mais dessinant entre eux une théologie. Dans le fil des mots, un terme s’époussetait, gonflait, tournoyait pour se dissoudre dans un prochain, en consonances faisant avancer le propos de justice en justesse, puis en ajustement vers une jubilation. Les sourcils parfois des auditeurs s’accentcirconflexisaient. 

A vrai dire, c’était peu évident à prendre en notes. Agaçant aussi quand les liaisons semblaient fort arbitraires, loin de logiques qu’on dit cartésiennes, mais le “dit” de François Cassingena Trévedy se tenait, dévoilé en mots choisis, fruit d’une méditation fine, mais brossée à la spatule. C’était le cours “Art et Liturgie”. 

IMG_4220web©DLerouge

C’est ce que que je retrouve dans son dernier livre, poétique de la théologie, où il esquisse les linéaments de sa manière de penser : cette adresse pour condenser le mystère contemplé en quelques mots choisis. Aucun terme ne pourrait être remplacé par un synonyme appauvrissant, et pour en donner toute la mesure, il n’est pas rare que Cassingena aille fouiller dans les étymologies, et dans les richesses des traductions et leurs dérivés pour laisser s’exprimer toute la profondeur du mystère autour duquel il tournoie. Parfois, on arrive assez loin de la définition du Larousse des collèges [1] ; souvent, il faut explorer toutes les possibilités du mot pour goûter le trésor ainsi dévoilé. 

La forme importe peu, ou moins, le silence et la condensation du mystère tiennent toute la place. La théologie n’explique plus, elle est “parler Dieu”. Ecrire Dieu serai-je même tenté de préciser, avec la sobriété d’un haïku, tout teinté de siècles de théologie [2], notamment patristique. Il faut se laisser jouer par le propos de ce livre, pour mieux comprendre la démarche, et se laisser évangéliser par elle. Elle souffre forcément des défauts des systèmes qu’elle dénonce, ouvrant un autre chemin qu’elle promet meilleur, mais peu importe, un livre qui appelle au silence. ce que je n’ai su faire ici encore. 

Pour l’instant, je suis plongé en ses lignes, qui ne sont des vers, mais tournent auprès de Celui qui les inspire, peu à peu. Parler et vivre de Son Mystère sans le nommer, voilà qui, en maints projets, me plaît. Il y a tant d’arts de laisser Dieu dire.

Notes :

*Brillant, éclatant

[1] il n’est d’ailleurs pas rare qu’il invente un terme qui manque au vocabulaire (cf. le titre de ce billet).

[2] A titre personnel, je parlerais bien de sa parenté philosophique avec Lévinas, tant l’infini contemplé et recherché vient mettre en échec toute prétention à l’appréhension de la totalité qui est l’apanage des penseurs par système, dogmaticiens, et autres apologues. (quant au parallèle avec la philosophie de la donation chez Marion, je laisserai à d'autres le soin de le faire) 

Commentaires

1. Le mercredi 2 mars 2011, 17:54 par David

D'ailleurs, un grand merci à Marie-Pierre qui m'a offert ce livre pour mon anniversaire

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