Aller à la recherche

1co15,55

image

Cher Dieu,

Tu permets que je te tutoie, vu qu’on se fréquente depuis pas mal de temps, et que tu es, comme qui dirait, un intime? Même plus intime à moi-même que moi-même dit-on (jolie phrase dont on n’est jamais sûr de bien savoir ce qu’elle veut dire, mais qu’on dit quand même, parce qu’elle est sûrement vraie). Bon, en fait, tu es plus sérieux sur le côté intime que je ne le suis, mais bon, puisque tu es toujours là, même quand je suis ailleurs, ou absent, ou fermé, ou dérangé, ou occupé, ou tant d’autres choses, je reste convaincu de cette intimité. C’est presque déjà un acte de foi, hein? Donc je te dis tu. Note bien que je dis “vous” à des gens intimes aussi. Mais pour toi, je préfère ‘tu’, ça me permet de rester à ‘tu et à toi’, ce qui est pas si mal. “pouf pouf”.  

Cher Dieu,

Je t’aime bien, tu sais, et je trouve que tous ces petits messages que tu m’as adressés depuis quelques années étaient vraiment sympas. Ils ont un petit côté “sms du nouvel an”, envoyé le 1er jour du temps, et qu’on reçoit bien plus tard, au gré de la connexion au réseau. Bien des fois, je suis pas sûr de voir le rapport, et puis très souvent, ça tombe juste, comme il faut, pile poil, nickel chrome. Pour être franc, je dois en recevoir certains avant la date prévue, vu que je ne les comprends que bien plus tard. Tout le temps Parfois, j’en reçois en numéro caché, et j’ai encore plus de mal. Mais au bout d’un moment, je finis par comprendre et hop, le coup de grâce. Sans parler des messages que je zappe, récepteur sur vibreur, mais vie trépidante. Et puis, en plus des sms impromptus, il y a aussi les longs messages, et les silences parlants, mais parfois, je fais pas gaffe, et là aussi je les rate. Pardon. Pouf pouf.

Cher Dieu,

J’aime bien ta Bible, je la trouve sympa et bien écrite, parfois un peu obscure ou compliquée à comprendre mais ça va. Le jour où j’ai réalisé que tu savais manier les genres littéraires, via les gens qui ont mis toute ton histoire sur papier, j’avoue que ça a été plus facile. J’ai encore souvent un peu de mal, mais ça va. Un des trucs que je trouve balaise, ce sont ces petites questions franchement rhétoriques qui ponctuent ce beau texte, genre “tu peux choisir la bénédiction ou la malédiction”, ou encore le coup du Bon Samaritain. A tous les coups on est d’accord avec toi, et c’est vachement (je suis normand) bien trouvé.

Il y en a juste une qui me défrise les poils des oreilles ces derniers jours, et même un peu trop souvent, c’est celle que tu as soufflée à Paul quand il nous cause via les corinthiens. “O mort, où est ta victoire?”. Ben, euh, comment te dire sans te froisser, ces jours-ci, j’ai du mal à retrouver l’aspect rhétorique. J’ai envie super fort de répondre: “un peu trop partout, surtout là où il ne faudrait pas”. J’avoue en avoir un peu marre, et j’aimerais bien que tu me fasses recevoir le message suivant, celui où je reprends pied, celui où je vois la force et la promesse tenue dans la résurrection de ton Fils, celui où tu me mènes sur un chemin vers toi et qui me fera dire “c’était un sacré ravin, j’y ai beaucoup perdu, mais tu m’as bien récupéré sur ce coup là, et je me sens en confiance pour le prochain”. Là, je me sens un peu Icare qui croyait qu’avec quelques plumes, ça allait le faire. Et Paf.

A ce moment là, comme je ne m’ennuyais pas, on a décidé, dans la paroisse, de proposer des offices supplémentaires dans les églises, et c’est bibi qui s’est coltiné la constitution d’un hymnaire. Quelques heures devant le PC, (facebook globalement éteint pendant le carême) à mettre en forme des hymnes en tous genres, pour pouvoir prier. Et dans la période “temps pascal”, (Pascal qui était super fort sur les questions rhétoriques, ça aurait du me mettre la puce à l’oreille, c’est fou, on n’est pas attentifs parfois), dans la période temps pascal, le temps où tu gagnes, je suis tombé sur ça:

Fini le temps du Golgotha,
fini le cri du Fils de l'homme,
     finie la croix,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité ?

Fini le temps du Serviteur,
fini le soir du Fils de l'homme,
     finie la peur,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité?

Premier réveil au Dieu de vie,
premier matin du Fils de l'homme,
     premier réveil
     aussi pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Encore le temps des Golgotha,
encore la soif au cœur de l'homme,
     immense croix
     du Fils de l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Viendra le temps de nos soleils,
viendra ton Jour, ô Fils de l'homme,
     en toi réveil
     de tout cet homme
     que nous sommes.
Ton souffle est notre Pâque, Jésus Ressuscité.

R/ Lumière aux nuits de mort,
feu de Pâque aujourd'hui,
allume un chant d'espoir,
Dieu de Pâque dans nos vies.

(Claude Bernard)

Ok, message reçu. “sinon pour l’homme que je suis”. Ta victoire, va falloir que j’apprenne à la recevoir, dans mon histoire.

merci.

je te claque une bise. Embrasse Jésus, sa mère, le Saint Esprit et les bienheureux de ma part,

Bisous,

David.

Commentaires

1. Le mercredi 16 mars 2011, 13:34 par do

ça me fait penser à Elie Wiesel, dans les camps, où avec ses compagnons, ils se disaient "il peut bien venir, le Messie. mais de toutes façons, c'est trop tard, maintenant."

Pour moi, la foi, c'est là qu'elle a vraiment commencé. Avec Auschwitz.
Quand on peut se dire que plus rien ne sera jamais comme avant.
Quand on se met à ne plus se contenter d'attendre des petites miettes sur la terre, qui, de toutes façons, même si elles rendaient parfait l'avenir, n'effaceraient pas les souffrances de tous ces gens dans le passé.
Quand on se met à devenir exigeant, à se fâcher vraiment contre ce Dieu qui laisse torturer des enfants, et qu'on cherche au fond de soi "qu'est-ce qui pourrait suffire à compenser tout ça?" et qu'on ne trouve pas.

Alors là, on rentre dans l'Espérance, dans la Foi, et quelque part, dans la Charité: pas celle avec laquelle on dépanne un peu nos contemporains les plus proches, non. mais Celle qui vient de Dieu, en Jésus, et qui Sauve. qui sauve Vraiment. et ça n'a plus rien à voir. notre prière-liste-de-course se transforme en une sorte de "aie-pitié-de-nous".
ce qui ne signifie pas "regarde les graves souffrances que nous sommes obligés de supporter à cause des méchants et enlève les nous", mais "toi qui seul peut comprendre, rejoins nous vraiment au fond de notre être, là où nous savons que nous pouvons te donner notre confiance, justement parce que c'est toi".

bon, ok, on sait toujours pas bien comment ça sera.
mais au moins, on sait comment ça ne sera pas:
ça ne sera pas comme avant.

2. Le mercredi 16 mars 2011, 14:27 par Corine

Tu me fais penser à Oscar.
J'aime bien tes lettres. Message reçu aussi.

3. Le mercredi 16 mars 2011, 15:46 par Corine

oscar-attitude:vu ;-)

4. Le mercredi 16 mars 2011, 19:04 par Tigreek

Je ne dois pas avoir les références pour comprendre l'allusion à OScar, mais ça va devenir une habitude, les clins d'oeil par l'URL, c'est ça ? :)
.
C'est vrai qu'elle est sympa cette lettre. Merci de nous la partager avant de l'envoyer ! Nul doute que le destinataire devrait être heureux...

5. Le mercredi 16 mars 2011, 19:51 par Claire 78

"Ô mort du Premier-Né ".... Je crois que je suis rétive à toute métaphore, poésie. Une version sous-titrée pour analphabètes ? Pomme d'Api Soleil, je comprends !!! ;-)

6. Le jeudi 17 mars 2011, 10:23 par David

merci do de la mise en perspective. De mon côté, je suis toujours surpris, alors qu'intellectuellement je suis persuadé de tout cela, de réagir aussi violemment quand le cas devient proche et concret. Violence du Mal.
.
@Corine: oui, il m'a marqué. Les lettres à Dieu rassemblées par Guitton.
.
@Tigreek: Oscar et la dame rose, et ses lettres fraîches à Dieu.
.
@Claire: je n'avais pas tiqué sur ce nom du Christ, peut être parce que je n'ai pas d'enfants.
§1/ la victoire du Christ est en cours, pourquoi est-ce que je n'en vis pas? elle est où ta victoire dans ma vie quand j'ai peur?
§2/Avec la mort du Christ venait la fin d'un temps marqué par la peur et la mort. Avec le matin de la résurrection, les temps ont changé mais j'ai tjs peur... Même question.
§3/mais nous refaisons l'exp de la résurrection, certains jours, souvent comme une première fois, alors que c'est sensé être acquis pour les hommes. Ce passage de la mort du "premier" pour "tous" a du mal à entrer en moi!
§4/et on reste accroché parfois à la croix... enfermé dans le vendredi saint.
§5/il nous faut toute une histoire pour accueillir cette résurrection, et chaque fois que nous le vivons, nous faisons avancer la Bonne Nouvelle de la résurrection dans toute l'humanité, résurrection commencée en Christ.

Pâque, passage dans NOS vies, au gré de nos désespoirs sans mémoire et sans expérience.
.
L'avantage, quand j'essaie de mettre d'autres mots sur ces §, c'est que c'est pas beaucoup plus clair, au contraire.

7. Le vendredi 18 mars 2011, 18:46 par do

oui,
mais quand on passe par là, et qu'on devient moins violent face à la souffrance, à la mort, on se demande quand même avec épouvante
si on est vraiment en train de devenir plus spirituel, de se placer dans l'Espérance
... ou si on n'a pas déjà commencé à se blinder et à rationaliser le mal.

Donc dans tous les cas, ça reste une plaie béante.
On ne peut pas s'habituer.
Et c'est très bien.

8. Le dimanche 20 mars 2011, 09:04 par Claire 78

Merci David ! Je ne trouve pas vos développements obscurs...C'est vrai que j'ai été prise par surprise. Très beau texte sur le mystère de la Croix., mais dans lequel j'ai eu du mal à entrer. Je reconnais que dans ma prière, je m'adresse rarement à Dieu en tant que Premier-Né...
Au-delà du style, une très grande force et profondeur s'en dégage.

9. Le dimanche 20 mars 2011, 18:48 par Anne-Priscille

Thanks !

10. Le mardi 22 mars 2011, 21:45 par Marc

ce texte m'a fait beaucoup réfléchir....un grand merci !
pour moi, le mal n'est pas vraiment un problème. Ce qui l'est, c'est le bien.
L'idée que ceux qui sont dans le bien(être) terrestre ont tout gagné sur terre mais tout perdu au-delà me convient. L'idée que ceux qui ont tout perdu (drames...) sur terre, ont tout gagné au-delà me va aussi.
Mais l'idée qu'on puisse tout gagner sur terre (bien être) et qu'on puisse tout gagner au-delà me révolte. Pour moi, c'est la seule vraie injustice. Je ne hais pas le mal des malheureux, leur souffrance, je hais ceux qui vont bien et qui sont quand même sauvés. Là est l'injustice. Ce qui me révolte c'est qu'on puisse aller au paradis sans souffrir, en menant sa petite vie de couples heureux avec leurs enfants et de bonheur candide et parfois assez luisant. Gagner un paradis sans souffrir. Cette réalité-là est le vrai scandale du mal. Ca me fait mal, ça. Et c'est là où je comprend pas Dieu. Je sais, on va me dire que je me retrouve dans cette Parabole des ouvriers de la dernières heures. Mais cette Parabole est difficile...vraiment. Parce que les ouvriers de la première heure...ce sont les milliers d'innocents, pauvres, anéantis par un séisme autant que par les guerres. Eux ont le droit à un immense paradis. Ce qui est anéantissant à considérer, c'est l'immense bonté et justice du Christ qui donne le même paradis à tous. Ca Seigneur, tu m'excuseras, mais ça me choque profondément

11. Le jeudi 27 septembre 2012, 18:23 par Eliette

Parfois, je kiffe tomber au pif sur certains de tes vieux billets...

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet

Page top