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Raymond

2 952 baptêmes d’adultes en France le week-end de Pâques. (selon l’OiPC)
Vingt et un baptêmes dans la Manche. C’est France Inter qui l’a dit.
Deux dans ma paroisse durant la nuit de Samedi. 

Ces baptêmes sont la gloire de l’argumentaire catholique, passque voyez vous, on se convertit encore, c’est bien la preuve que c’est pas des carabistouilles toussa. Passque les gens qui se mettent à croire quand ils sont grands, eux ils se sont pas fait bourrer le mou par leur ascendance. Jésus, il l’ont vraiment entendu. Passque Jésus, c’est pas le père noël des catholiques qui restent enfermés dans le carcan d’une religion moribonde. Jésus, tu vois, y a des gens qui le choisissent et qui y croivent pour de vrai. Pas comme les vieux qu’ont juste peur de mourir. Pour de vrai. 

Cependant, il faudrait sûrement affiner les chiffres, comme pour les baptêmes d’enfants en âge scolaire. Si certains le font au nom d’une expérience brutale et inouïe de Dieu, d’autres parce que l’opportunité se présente enfin, lors d’un mariage, un baptême de bébé… opportunité d’un baptême qui n’avait pas pu avoir lieu avant, tout simplement.

Beau Nombre donc, mais autant de parcours et de réalités…

Quoiqu’il en soit, les nouveaux baptisés sont parfois une rude question au creux de nos assemblées. Brûle-pourpoint de nos habitudes, lassitudes, fidélitudes et compromissitudes. Ils en veulent plus, ils le veulent mieux, et même si ça gémit dans nos vieilles outres, on aime ce vin nouveau. Faites-moi sauter cet uniforme, Brûlons.

Bon, c’est vrai que c’est cool, les nouveaux baptisés, et tout, et tout, mais forcément, quand l’Evangile débarque dans une vie qui s’est construite sans lui, ça remue pas mal de l’intérieur, ça défrise les entrailles, ça carbonise au contact du Divin. Et le feu d’artifice, ça séduit. Surtout le “mat” de nos tiédeurs.

L’inscription dans le temps et les communautés se révèle parfois plus compliquée [1]. S’il est beau de (re-)commencer, il nous faut souvent simplement continuer. St Jean de la Croix avait d’ailleurs des mots durs pour les “commençants” qui étaient en danger dans l’euphorie des premiers moments. le Pouic pouic spirituel peut paraître parfois grisant, et la griserie n’est pas l’apanage du quotidien. Entre “nuit de la foi” et apprentissage de la fidélité, le chrétien passe peu à peu d’une foi de sensibilité à une foi de fidélité. Le feu ardent allume les braises, qui consumeront peu à peu, sans artifice.

Blogdavidlerouge-2-10

Mais au moment où je découvre chez mes parents cette photo datant du début du siècle (en gros) du baptême de mon grand-père, avant la guerre, j’ai envie de me réjouir aussi pas mal pour les chrétiens de longue haleine. C’est con, j’ai l’impression que ça court dans mes veines depuis pas mal longtemps, bien avant que je le choisisse, le vive, le déploie à ma manière, cette histoire de foi. ça me travaille en amont, ça m’a construit et structuré, déployé. La foi de mes parents et grands parents n’est pas la mienne, et je ne pourrais la choisir comme telle, nous sommes différents, mais elle est là, présente en avant de moi.

Un machin qui croît depuis si longtemps, même avant moi, ne pétille pas si souvent, mais on peut gager que le whisky ou le pif de bonne bouteille aura su progresser, vieillir et “goûter”.

Tout cela n’atténue pas la Nouvelle brillante mais lui donne des aspirations d'éternité... 

Notes :

[1]  La fausse note officielle au tableau, c’est le service après vente. Le catéchuménat bosse bien, l’année qui suit aussi, mais après un accompagnement aussi précis, le positionnement et la place dans la communauté n’est pas toujours aussi simple. Voire pire.

Commentaires

1. Le mercredi 11 mai 2011, 11:30 par Clémence

Belle éclosion du billet en germe lors d'une discussion sur le Parvis de Notre-Dame :)
Merci de rappeler la beauté de la durée, la fidélité, lorsque l'éclat de la fête ne brille plus autant. La patine est aussi gage de solidité!

2. Le mercredi 11 mai 2011, 11:30 par Vieil imbécile

Ben non, pas si énervé que ça... j'ai eu peur en lisant votre twit :) !
Et une conclusion magistrale "Tout cela n’atténue pas la Nouvelle brillante mais lui donne des aspirations d'éternité..." Bravo ! et merci...
Euh... le machin qui "croît" : le circonflexe est volontaire ? à la réflexion les deux seraient possibles...

3. Le mercredi 11 mai 2011, 12:40 par David

l'accent circonflexe était très volontaire! mais je me rends compte que ce § est fort bordélique (comme souvent). En fait, la première mouture, avec moult citations de Jean de la Croix tapait un peu fort. La 2e version, allégée avec une conclusion optimiste cogne moins. ça va.

@clémence: j'ai hésité à rajouter une prière pour les auteurs d'attentats, comme nous le proposait ton auditeur, et puis non, finalement.

4. Le mercredi 11 mai 2011, 13:01 par do

allez, encore un petit effort et vous allez même finir par trouver que les prêtres en col romain ou en soutane ont eux aussi une place dans l'Eglise!

5. Le mercredi 11 mai 2011, 13:02 par do

(je plaisante, hein!)

6. Le mercredi 11 mai 2011, 14:27 par Tigreek

J'aime beaucoup aussi l'accent circonflexe ;)
.
Quant à la problématique de demander le baptême ou le recevoir petit... Ca ne donne juste pas la même optique, dans une vie. Et on a besoin du point de vue de tout le monde, pour construire l'Eglise. Des grands, des petits, des brûlants et des tièdes, des enfants joyeux et des aînés ronchons (ou l'inverse !), des tradis et des progressistes...

7. Le mercredi 11 mai 2011, 16:40 par Nitt

Souvenir d'une catéchumène dans ma paroisse de quand j'étais à Paris, avec le curé qui demande à tout le monde de bien l'accueillir et de l'aider à rester fidèle, avant de lui rappeler à elle que c'était un départ, et que la route serait longue... Beauté de l'engagement et du soin attentif à celle qui vient de renaître.

Souvenir très récent de Pâques ici en Chine où une des (nombreux) catéchumènes, toute fraîche baptisée, file au fond de la nef pour aller causer avec ses vieilles copines qui lui répondent comme si on était au marché, qui enlève le petit habit blanc qui lui couvrait les épaules et sort de l'église. Intrigue de l'expatriée devant une piété dont elle ne comprend pas tout.

8. Le mercredi 11 mai 2011, 17:21 par Marie-Anne

J'aime beaucoup cet article... parce que j'ai cette vive impression que la foi coule en moi, comme une rivière qui a pris source il y a des générations... mais un moment, il y a des rochers, des cascades, des affluents, et il faut y tracer son propre chemin...

9. Le mercredi 11 mai 2011, 23:26 par David

mail de ma mère, encore: dans l'arbre Lerouge, doit y avoir un raymond qui a sa statue à Conakry, vu qu'il fut évêque là bas, y créant même le cftc pour emmerder la cgt, et qui était spiritain. A priori ledit monseigneur n'avait pas de descendants directs. ;)

et comme c'est pas si con, cette histoire de lignée dans la foi, la robe de baptême familiale est celle de ma grand mère, utilisée la première fois en 1924. on approche du siècle, là.

10. Le mercredi 11 mai 2011, 23:28 par David

@do: je suis open. Mais sachez le, je n'accepterai de vous rencontrer que si vous portez votre col romain, non mais.

@tous: douce ou rugueuse diversité, selon...

11. Le jeudi 12 mai 2011, 08:51 par Marie Courtoy

Baptisée à la naissance (1969), pratiquante en famille et catéchisée "comme tout le monde". Confirmée comme tout le monde aussi sans grande implication personnelle...mais un jour, petit à petit, l'Esprit à soufflé en moi et S'est imposé. Comme une conversion en fait, ou une simple prise de conscience, une réelle implication personnelle, une démarche de foi qu'on est seul à savoir. Une bifurcation dans la famille "avant t'étais pas comme ça" "t’exagère là, non"
Profondément heureuse d'avoir trouvé un conjoint qui partage ma foi, mes espérances et mes joies avec et dans l'Eglise...
Alors ravie d'avoir baptisé mes enfants dès la naissance comme Le cadeau attendu et voulu prioritairement. Mais un peu galère la catéchèse pour les autres sacrements...Je suis ravie qu'ils aient pu tous recevoir le sacrement de confirmation, même si peut être on est passé aussi un peu au dessus de l'engagement personnel de chacun. Maintenant ils ont la force de ce sacrement, comme nous, le "carcan" d'une famille pratiquante mais ça aide aussi...
Je pense qu'ado je n'aurai pas osé demandé le baptême et osé faire cette démarche de Foi ou rendre public une démarche de baptême. Bravo à ceux qui osent, mais combien de ceux dont les parents ont dit "ils choisiront plus tard" n'ont toujours pas osé faire Le pas décisif ?

12. Le jeudi 12 mai 2011, 09:18 par David

Re mail maternel et tançant... voilà les autres branches:
  du côté d' Angèle, un prêtre: Désiré (j'en avais parlé à sa mort dans un billet) et une soeur: sr Christine et du côté Marie un frère de l'arrière grand-mère a eu trois enfants Lelièvre entrés en religion... : Louis et Emile et une religieuse bénédictine...
voilà voilà, en attendant plus. Quand même, c'est pas en descendance directe, hein.

13. Le jeudi 12 mai 2011, 09:30 par David
@marie courtoy: par ce billet, je lutte aussi contre ma propre tendance à croire que mon histoire a commencé par mes choix, sur une terre vierge de foi. En fait non, on est traversé avant même d'avancer. ;)
14. Le jeudi 12 mai 2011, 10:00 par Vio

Ouahou, encore une fois bravo et merci .
j'aime beaucoup ce billet, j'aime surtout votre dernier commentaire, on est traversé avant même d'avancer . Nous qui avons fait le choix, oui oui le vrai choix avec questionnement et tout et tout de faire baptiser très tôt nos quatre enfants, ça me plait .Nous leur offrons ce cadeau de se laisser traverser, et nous ça nous pousse à avancer .

15. Le jeudi 12 mai 2011, 16:20 par Tigreek

@David : en fait, tu veux nous montrer que ton sacerdoce ne tient pas à une de tes décisions, mais est poussé par ta famille ? ;)

16. Le jeudi 12 mai 2011, 17:19 par Claire 78

J'aime aussi beaucoup votre dernier commentaire ;-)
Nos enfants ont été baptisés bébé, mais pour la confirmation, nous souhaitons que la demande vienne d'eux. Il y a tellement de choix que nous avons à poser pour eux, ce qui est parfois pesant , que pour cette part intime de leur être, dans la mesure où ils en sont capables, pour moi il est important qu'ils prennent eux mêmes cette décision d'être témoins.

17. Le jeudi 12 mai 2011, 17:21 par David

@Tigreek Hell No Grand Dieu NON. parce que si la cousinité lointaine recèle des prêtres, on n'est pas vraiment une famille de cathos (ma soeur, mes parents et mes grand mères mis à part. Chrétiens à roulette au mieux (poussette, voiture de mariés, corbillard), et encore à peine. Le curé n'y est pas une valeur montante. 

@Vio: mais quelle aventure que de permettre cette rencontre, hein? j'en connais plus d'un qui y perd son latin! ;)

@Claire 78: je vous comprend et accompagne pas mal d'ados en ce sens... et en même temps, on voudrait tellement que tant d'ados cessent de passer à côté de cette chance. J'ai vécu ma confirmation sans m'en rendre compte, à 10 ans, elle continue de fonctionner quand même, hein!

18. Le jeudi 12 mai 2011, 23:49 par Marie Courtoy

Merci David,et pourtant c'est en toute liberté que nous avons fait ces choix!!! En fait on répond aussi à un appel... Merci pour tous les billets que j'apprécie énormément et dont nous parlons en famille, cela nous donne l'impression d'avoir une famille catho "t'as vu le billet de David, trop bon" "et la blague d'Edmond? non, raconte..." les non-initiés ne comprennent pas...et les initiables on leur passe le lien ( à propos, merci à François le belge!)

@ Claire 78 et Vio, je partage mon expérience, rien de plus...
Au début de notre mariage, notre curé nous a demandé d'aider à la catéchèse de confirmation de la paroisse, j'ai failli y perdre la Foi et je me suis dit de ne pas y envoyer mes enfants, mais de les catéchiser nous-même au maximum...
Quand Mgr Léonard est devenu évêque de Namur, je l'ai entendu parler de la confirmation qu'on pouvait faire assez tôt, mais que l'on proposait maintenant vers 12 ou 14 ans. Ce qui était difficile pour certains adolescents de s'engager à cet âge.
Quasi pas de problèmes pour les baptêmes des enfants, pas non plus pour les premières communions mais par contre pour leur confirmation !!!
A chaque prêtre je demandai ce qu'il fallait savoir ou connaître pour recevoir ce sacrement, pas ou peu de réponses claires, souvent "2 ans de catéchisme" point ! Il faut dire que nous allons à la messe tous les dimanche, parfois en semaine et parfois même les enfants seuls et d'eux mêmes.Nous avons craqué, nous allés chez Mgr Léonard, lui avons expliqué notre recherche et notre demande. Ils ont eu une "conférence " magnifique sur le sacrement, le pourquoi et le comment, splendide, profond et émouvant et il les a confirmés, l'aînée avait presque 18 ans, le + jeune 9. Oui, les plus jeunes cela leur a passé au dessus et dans un sens je le regrette, mais au moins ils ont cette force de l’Esprit Saint (quoique si on demande la Force et qu'on est pas confirmé le Bon Dieu, il nous donne pas sa force??? )
Cette année notre deuxième, donne des témoignage sur le sacrement de confirmation dans des catéchèse...le Bon Dieu est rempli d'humour !

19. Le vendredi 13 mai 2011, 09:17 par Claire 78

J'ai aussi été confirmée à 10 ans, je n'en garde pas beaucoup de souvenirs : un exemplaire des "7 voiles de mon bateau" et l'institutrice qui s'asseyait sur une demi chaise afin de laisser place à son ange gardien ;-)
Ce que je trouve plus délicat pour mon aîné de 18 ans déficient intellectuel c'est de respecter sa liberté. Cela fait un certain temps qu'il refuse de communier mais vient bon gré mal gré à la messe. Ce refus a un sens pour lui et nous devons le respecter. Lui "imposer" d'être confirmé ne me paraît pas juste : j'ai du mal à imaginer qu'il faille être "en règle" pour que la grâce agisse... Cela ne nous empêche pas bien sûr de lui proposer...
Merci de tous ces témoignages !!

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