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de noche

Les frimas de printemps ont compressé les chaises initialement parsemées sous les arbres du jardin dans le salon coloré. Une bûche, quelques bougies, un abat jour luminescent. Et tous s’entassent dans le silence qui se fait. “Toi cour, moi jardin” vient déposer dans les petits enclos secrets et verdoyants cherbourgeois des éclats de littérature servis par des acteurs. En mai et juin, les jardins se donnent en spectacles. Mais en cotentin comme ailleurs, mai fut léger, et juin renâcle à se laisser aimer, et comme le frais ni le texte ne souffraient l’extérieur, la lecture commença, ouatinée et calfeutrée, sous les regards creux des masques ornant les murs.

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C’est inhabituel d’écouter une nouvelle, la Bonne s’écoute mais sa langue est sérieuse, appliquée, contenue. Le style ici s’envolait, et Jules Barbey d’Aurevilly prêta sa fougue à une histoire surprenante. “La vengeance d'une femme”, tiré des Diaboliques*.

Blogdavidlerouge-193Si l’attention était palpable, je dansais secrètement sur ma chaise de jardin. Le début du récit, malodorant, tapinait dans la fange des boulevards parisiens, mots choisis dans la boue, racolage de luxe, et très vite un pincement… sous le style choisi s’épaississait une histoire troublée et musquée, violente et satinée, comme un velours épais livrant peu à peu ses reflets enivrants. N’empêche, un prêtre peut-il se laisser bercer par les mots de ce récit capiteux, ou, s’il l’apprécie, le laisser voir ? Je ne sais. Mais écouter, et reconnaître la beauté, y compris dans l’entrelacs des mots de la passion amoureuse et de la mystique espagnole… là, oui, simplement.

Et de tapineuse l’inconnue se déploya et révéla épouse et amoureuse… une phrase a traversé mon écoute, au beau milieu de ce week-end de Pentecôte. Blogdavidlerouge-195

“Il me voulait noble, dévouée, héroïque, une grande femme de ces temps où l’Espagne était grande. Il aurait mieux aimé me voir faire une belle action que de valser avec moi souffle à souffle ! Si les anges pouvaient s’aimer entre eux devant le trône de Dieu, ils devraient s’aimer comme nous nous aimions… Nous étions tellement fondus l’un dans l’autre, que nous passions de longues heures ensemble et seuls, la main dans la main, les yeux dans les yeux, pouvant tout, puisque nous étions seuls, mais tellement heureux que nous ne désirions pas davantage. Quelquefois, ce bonheur immense qui nous inondait nous faisait mal à force d’être intense, et nous désirions mourir, mais l’un avec l’autre ou l’un pour l’autre, et nous comprenions alors le mot de sainte Thérèse : Je meurs de ne pouvoir mourir ! ce désir de la créature finie succombant sous un amour infini, et croyant faire plus de place à ce torrent d’amour infini par le brisement des organes et la mort. ”

ah oui, elle était amoureuse, follement, existentiellement, mais ce n’est pas cette ivresse qui en moi a résonné, mais une expression, qui pourrait être spirituelle, et dessiner une image de vie dans l’esprit

“valser avec moi souffle à souffle“

et si c’était ça, vivre de l’Esprit, toute son existence et au-delà?

“valser Souffle à souffle”

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* Œuvre du domaine public que l’on retrouvera ici: http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre1717-chapitre1416.html

Commentaires

1. Le dimanche 12 juin 2011, 09:25 par Zabou sur fb

(Juste pour info en marge de ton beau billet, l'idée de Barbey était bien de faire de l'apologie mais de "l'apologie inversée" et cherchait à faire "voir le ciel à travers un soupirail", donc à partir de la fange la plus crasse... Il projetait d'écrire des "Célestes" après ces belles "Diaboliques" mais n'a jamais vu aboutir son projet : on est en droit de se demander si ça aurait été aussi bien de toute façon ;-))

2. Le vendredi 17 juin 2011, 22:32 par Else ( Brigitte Papleux)

Tout est superbe, votre billet, l'extrait tiré de la lecture . J'aime beaucoup aussi la phrase retenue par vous. Et la photo me rappelle les soirées-lecture que j'organise à la maison ...Moments privilégiés s'il en est.

3. Le vendredi 17 juin 2011, 23:09 par David

vous n'imaginez pas à quel point votre commentaire me fait plaisir. j'ai aimé cette soirée, et la phrase que j'en ai tiré. j'ai aimé avoir à le raconter après avoir entendu une prose aussi riche. alors que vous consoniez un peu, ça me plait.

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