Aller à la recherche

the sound of silence

Il faudrait pouvoir penser à tout. Mais pendant ces semaines en Espagne, on finit par perdre son latin, son allemand, son anglais et éventuellement sa tête. A force de courir à droite et à gauche, on vide et remplit son sac à dos sans arrêt, pour parfois le re-remplir fort mal.

Je me collerais bien des circonstances atténuantes. La piscine avait été accueillante et la paella fournie. Rien à voir avec la tambouille décongelée qu’on sert à l’aumônerie. Et dans cette maison de campagne de la famille d’accueil, on avait gentiment bu. Le vin espagnol, c’est vraiment pas ça. Mais en plein cagnard, ça reste du vin. Attention, pour une “maison de campagne”, c’était vraiment une maison de campagne, au milieu des champs dont s’occupait cette famille toute simple. Ils partageaient avec mon grand père le goût de sortir leur propre couteau de la poche avant de manger. Sinon, j’avais un peu l’impression qu’ils faisaient pousser des cailloux dans un désert, car l’irrigation souterraine restera définitivement un mystère pour un cherbourgeois comme moi. Repas sympa arrosé dans une campagne sèche et désolée. Le choc avait eu raison de ma concentration.

En rentrant du déjeuner familial si sympathique et avant de filer au rassemblement diocésain de la première semaine espagnole, sous les moulins de Don Quichotte, je me suis hâté plus que de raison, et c’est en vérifiant mon sac, une fois dans le car que j’ai réalisé mon erreur. L’aube que j’emportais partout était restée sur le lit, blanc… J’ai eu beau passer des coups de fil, quémander de-ci de-là, jusque dans la sacristie provisoire, impossible de pallier le problème. Point d’aube de rechange, de fournisseur aléatoire de froufrou liturgique, dentelles ou bures. A vrai dire, ce n’était pas si grave : Pour une fois, je vivrai la messe avec les jeunes que j’accompagnais, en pantacourt. Assis avec eux pour célébrer, priant avec et pour eux.

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Simplement, à la question : c’était bien ? ma réponse se devait d’être négative. La messe avait été belle, la prière intense mais je n’étais pas à ma place, ni pour moi, ni pour eux. Assumer sa mission, sa place, et concélébrer voilà qui eut été souhaitable. Je n’ai jamais tant aimé les premières places, mais je crois que celle qui m’était réservée aurait fait à tous plus de bien.

Il n’empêche que j’ai été fort attentif, dans les rendez-vous suivants à ne pas oublier les vêtements liturgiques si bêtement. Messe d’ouverture, messes des catéchèses, messe finale, les eucharisties ponctuaient nos journées. Nous étions souvent nombreux, parfois très nombreux à nous tenir côte à côte, tout de blanc vêtus et à dire d’une même voix, à défaut d’une même langue ces paroles de l’eucharistie, forts d’une ordination partagée, d’une mission reçue, portant dans notre prière les chrétiens avec lesquels nous étions venus. 10 000 peut-être même le dernier jour à Cuatro Vientos. Certes, nous avons un peu échangé, mais surtout, j’ai été frappé par la radicalité du silence, mat, et sa force, et sa communion alors que nous concélébrions. Pour une telle foule, il était assourdissant. Quand on connaît le potentiel bavard d’une sacristie, c’était époustouflant.

Cet été, j’ai eu l’occasion de présider la messe en indonésien, rencontrant les prêtres et partageant sur leur quotidien, de concélébrer en espagnol, allemand, anglais, et même polonais… Il y a toujours quelque chose, même quand les mots manquent, qui nous unit. Un beau bout de fraternité. Celui qui nous fait être fier d’être Une Eglise, celle du Christ.

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Commentaires

1. Le lundi 12 septembre 2011, 23:39 par sr élizabeth

où est la place du pasteur ? devant, aux côtés, derrière.....autant de positionnements comme d'hommes-pasteurs et comme de situations.....?

2. Le mardi 13 septembre 2011, 08:09 par David

souvent au milieu, parfois devant, quelquefois juste à l'arrière, ou un pas de côté. Tu sais bien Elisabeth que je ne généralise pas. Je me suis jsute senti pas complètement à ma place. Et les retours des jeunes étaient de deux couleurs.
- ben t'étais où, on t'a pas vu avec les prêtres (j'étais un peu derrière eux)
- c'était bien, hein de ne pas devoir aller là bas? (ben bof, cf question n°1)
quand on est en train de concélébrer, les jeunes se savent "auprès de l'autel" par nous et avec nous. (surtout quand ils sont assis à plus de 50 mètres (voire 400 mètres, plus tard)

3. Le mardi 13 septembre 2011, 10:37 par amblonyx

En temps que "jeune" je confirme ce que vous venez de dire et combien nous somme heureux de voir nos prêtres aller de l'avant, au plus prêt de l'autel, pour y chercher le Christ et ensuite revenir plus présent car habité par Lui.

Merci à vous, merci à tout nos prêtres de faire ces aller-retour entre le Christ et nous pour toujours mieux nous partager son amour ! Merci !

4. Le mardi 13 septembre 2011, 10:59 par Corine

J'aime bien comment tu écris ce " beau bout de fraternité" :-)

5. Le mardi 13 septembre 2011, 13:38 par Edel

A Cuatro Vientos, il y a eu un petit bug dans les accréditations pour concélébrer. L'un des deux prêtres qui accompagnaient le groupe dans lequel j'étais n'a pas pu aller concélébrer...
Et en fait, c'était 'achement bien d'avoir un Padre là-bas, et un autre avec nous : bien sûr, on aurait bien aimé qu'il concélébrât, mais enfin puisqu'il ne pouvait pas... on a eu le beurre et l'argent du beurre !

PS : J'adore la question anti-robots, ça change des caractères indéchiffrables.

6. Le samedi 17 septembre 2011, 02:00 par C.S. Indhal

Un autre silence assourdissant : celui de tout le monde pendant l'adoration. Un silence à plus d'1 million 500 mille, faut le faire ! Et après l'orage, par contraste, ça avait vraiment quelque chose d'extraordinaire.

7. Le dimanche 18 septembre 2011, 17:50 par Elena

Ce jour-là, je suis témoin de tes appels pour la recherche d'une aube pour la célébration, mais cela n'a pas été possible. Tu sais parfois les choses arrivent pour une raison que nous n'arrivons pas à reconnaitre sur le moment. Je te dirai que ce jour-là puisque tu étais parmi nous tu as pu apprécié la célébration d'un autre angle et grâce à cela nous avons eu la chance de lire tes impressions sur le SILENCE. Je crois que tous nous avons été impressioné par ce SILENCE qui nous permet d'être unis dans la prière, plus de problème de langue et de traduction; nous parlons le même langage et c'est si facile et parfaitement merveilleux.

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