Aller à la recherche

le moderne est-il pérenne?

l'Egça ressemble à un cube. C’est gris, c’est triste, éclairé au néon, les mousses l’attaquent, les vitraux sont trop sombres, et des coulures d’humidité la strient, les abats-jours des sixties ont mal vieilli… C’est une église de la reconstruction. C’est triste, c’est laid. C’est laid comme les maisons en béton sonore, c’est triste comme un automne normand. Si ça devait mériter un coup d’œil, il serait torve et dépité. Mais non. A ignorer.

L’après-guerre en France pâtit d’une double réputation. Glorieuse reconstruction, à l’évolution socio économique accélérée, au PIB en ascension vertigineuse, à l’exode rural massif, c’est en même temps l’ère du triste et gris béton, des transformations socio religieuses, des recherches liturgiques massivement supposées affreuses… la tradition en demie mesure, tristes villes sur de tristes décombres. On a reconstruit vite, parce qu’il le fallait, parce qu’on avait faim et froid, parce qu’on avait des besoins élémentaires, mais en dépit du bon sens, du bon goût. C’est triste et laid, le fruit de ces années. On s’esbaudit des volutes gothiques, on peut même, pour certains aimer le “néo-” du XIXe s, mais l’après guerre, y a vraiment rien à sauver. Tristes églises, tristes cubes, triste Eglise. Sans parler des dalles de verre enchâssées dans leurs cercueils de béton.

Qui oserait emmener ses amis visiter les églises de la reconstruction dans la manche? Ces affreux cubes de béton, sonores, blanchis au néon… Personne. A moins d’apprendre à regarder Clignement d'œil. On a peine à croire à un projet, à des commandes, à de l’art sous ces visages blafards des vitraux, ces mosaïques datées…

Et pourtant, dans l’euphorie de la reconstruction, l’Eglise s’est mise en dialogue avec nombre d’artistes, qui ont travaillé sur le volume, la lumière, l’inscription dans la vie de la communauté, de la cité, l’expérience d’être sauvé. Ensemble, ils ont cogité, produit, jusqu’à des projets pas toujours simples, pas toujours aboutis; pas toujours faciles à vivre, mais qui valent vraiment le détour. Murs traversés de lumière, Tentures de la Moisson dans un baptistère sous un clocher en élévation, réflexion sur la croix, la communauté rassemblée et orientée, l’espace liturgique, l’histoire et ses cicatrices, la grandeur et l’inénarrable du mystère.

CCI28112011_00000

Rien à voir avec les chefs d’œuvre romans ou gothiques, pures recherches, grands artisans à la gloire du Grand Artisan… Mais il ne faut peut être pas jeter trop vite le béton avec l’eau du bain

Blogdavidlerouge-7

Blogdavidlerouge-2-2Blogdavidlerouge-4-2Blogdavidlerouge-3-2BlogdavidlerougeBlogdavidlerouge-6

getatt

si tout vous échappe, vous devriez acheter, ou vous faire offrir le merveilleux catalogue de l’expo sur la reconstruction des archives de la Manche, vous y découvririez ce que vous avez toujours vu sans jamais deviner l’intérêt. Je vous promets que ça vaut le coup, même, et surtout d’aller dans cette fameuse église de Graignes, la première photo, dont le mur Ouest s’illumine en croix et étoiles à chaque crépuscule.

PS1: on trouve déjà des articles permettant de deviner l’intérêt de cet ouvrage là: http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=11&id_article=marie-905  et là : http://objet.art.manche.fr/xml/caoa.asp?xml=accueil32&xsl=accueil 

PS2: des artistes continuent ce dialogue entre beauté et Vérité, entre art et foi, entre tradition et modernité. Comme Fabien qui vient de rénover l’autel St Laud de Notre Dame de Saint Lô, et qui élabore ces jours ci un projet qui devrait être intéressant du côté du carmel de St Sever.

Blogdavidlerouge-8

Commentaires

1. Le lundi 28 novembre 2011, 17:23 par David

un grand merci à Fabien Meisnerowki sans qui je n'aurais jamais lu ce catalogue, ni visité l'expo où j'ai pris ces quelques photos.

2. Le lundi 28 novembre 2011, 17:40 par Claire

J'aime bien l'élan qu'on y trouve !! Cela change de La Lucerne... ;-)

3. Le lundi 28 novembre 2011, 18:01 par Anne-Claire

Merci...

4. Le lundi 28 novembre 2011, 18:23 par Nitt

Il y a une église comme ça à Lorient, la paroisse Saint Louis où un ami a été quelques temps en stage. Plus il vivait dans cette église froide, grise, sombre, pleine de coulées d'humidité, plus il l'aimait. Et pourtant, c'était pas son style architectural préféré, au départ. Loin de là.

Ces dernières décennies, on est capable de faire de très belles églises. Ma paroisse de Paris a été rénovée un peu avant les années 2000, et on est passés d'une église étrange séparée en deux par l'autel à un espace couleur de ciel, accueillant, où on se sentait chez soi, qu'on soit de la paroisse ou de passage.
Pour les 10 ans de la rénovation de l'église, un guide avait été imprimé par la paroisse, pour en découvrir toutes les richesses.

5. Le mardi 29 novembre 2011, 09:53 par cybersister

Superbes photos... comme toujours. Merci

6. Le mardi 29 novembre 2011, 17:28 par lilo

Ayant habité plusieurs villes style "reconstruction", j'ai cherché dans ces églises que je trouvais si moches l'intention des artistes, et j'ai appris à les aimer aussi. Là où les chefs d'oeuvre gothiques nous délivrent tout de suite leur beauté, les églises modernes nous demandent un effort supplémentaire. Comme dans certaines rencontres, on commence par voir les défauts, avant de trouver ce petit quelque-chose qui nous fait grandir....

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet

Page top