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devant moi se tenait Natalia

mais l’idylle se termina globalement là. Peu de sourires en réponse aux miens, pas la moindre réponse à mes tentatives désespérées de nouer le contact. Pas plus de succès d’ailleurs avec son frère, Santo, qui émettait un vague et court mhh quand le conducteur lui avait demandé si c’était bien là le chemin.

Natalia et Santo étaient donc quelques minutes auparavant sur le siège arrière, silencieux, le visage fermé. En communication mineure, nous avons tout de même trouvé la petite route au bout du 6e pont. Au-delà, la mer. Simplement.

Descendre de voiture sous le cagnard, aviser un jeune qui disparait sous quelques planches, et une fois les sacs sur le dos, se retrouver posés dans le fond d’une barque, Natalia et Santo devant, le P. Yance, Benoît, moi puis le jeune marin qui avait disparu sous le ponton. La mer est haute, le vent souffle bien du nord, et la barcasse toute basse emporte quelques paquets de mer quand elle accroche des vagues sur son flanc. 30 minutes, sous un soleil de plomb, slalomant entre des îles apparemment bien peu habitées. 

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Rien de prévu comme ça dans mon emploi du temps. Levé avant 7h pour le petit dej, deux trois discussions avec un ancien directeur du lycée en train de fonder un petit séminaire, 20 minutes à l’arrière de la moto du gardien, son fils à l’avant entre ses bras, j’avais rendez-vous avec la directrice actuelle du lycée, femme dévouée qui avait accepté cette responsabilité. Nous devions relire le parcours du coopérant qu’elle a accueilli dans son établissement. L’échange fut bon, bref, efficace et intéressant. Si toutes les réunions pouvaient avancer aussi vite... Bon, la veille, elle m’avait collé un sacré lapin, mais on ne gère pas toujours aussi bien qu’on le désire son emploi du temps, surtout quand un de ses professeurs doit emmener son fils à l’hosto…

10h, nous convenons avec le responsable de l’organisation qu’il pourrait être bon que je retourne voir le foyer où des volontaires étaient venus quelques années auparavant. Un foyer au milieu de nulle part, sans eau courante ni électricité, sans moyens mais accueillant les enfants des îles alentours, un foyer pour enfants de primaire. Le confort, ici, c’est pas fourni avec ! Même pour les deux sœurs qui gèrent les 76 garçons et filles.

Ce que je n’avais pas saisi, c’est que Yance, le prêtre, avait envisagé de pousser un peu plus loin, visiter une petite communauté locale à une demie-heure de bateau du bout de la route. Et comme c’est le village des deux enfants, ils nous accompagnent, histoire de voir quelques heures leurs parents. Sinon, ils ne rentrent qu’aux vacances. A 9 ans.

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Ils sont donc à la proue durant ce petit périple et disparaissent à peine sommes-nous arrivés. nous avons dépassé d’autres villages sur pilotis, des mangroves, des îles en pagaille… il y en a en gros 300 dans les environs. A peine le pied sur le ponton peu raccord, un chino-malais nous aborde en souriant… et pendant trois heures il ne nous lâchera pas. Yance a lancé il y a 3 ans un crédit coopératif, permettant à des petites gens d’ouvrir un compte et de pouvoir demander des micro crédits. Alors le chinois raconte, et raconte encore toutes ses aventures. Il montre ce qu’il réalisé, les 220 bassins de mer pour les poissons d’élevage, les bassins pour les alevins, les aventures avec la police… discours ponctué de “tu n’oublieras pas de leur dire, hein”. Il paiera, certes, mais pas forcément juste dans les temps, alors il faut raconter.

On mange du poisson tout frais, et juste cuit, absolument délicieux, et accompagné d’un piment absolument violent. A la fin du repas, les deux prêtres que nous sommes bénissons un enfant bien mal en point depuis sa naissance, avec un handicap qui ne pourra que s’accentuer. ça promet de ne pas être facile pour lui, dans ce village de pêcheurs. Avant de s’installer ici il y a une petite trentaine d’années, ils étaient de ces hommes et femmes qui vivaient sur leurs bateaux, au gré du temps, des pêches… ils se sont installés mais pas franchement enrichis. Pas tous en tout cas.

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Nous finissons l’après-midi dans la famille de Natalia (invisible) et Santo (impassible). Maison au bout d’un autre ponton, simple à l’excès, toujours avec le chinois qui emplit la conversation, les hommes de la famille, ses employés qui opinent et sourient, les jeunes qui écoutent : rien que des hommes assis par terre pendant qu’on nous offre… un verre d’eau. Ici, clairement, il n’y a : rien. Aux femmes il manque des dents de devant, et certains jours, l’assiette doit sembler bien creuse. La maison, c’est un micro-crédit qui l’a permise. Elle n’existe que parce que certains ont quand même cru en eux.  Natalia et Santo, avec leur CM1, doivent dépasser le niveau d’études de quasiment tout le monde dans la maison. Mais ils ne parlent pas plus, s’effacent à force de ne pas avoir de place. Ils sont des petits. Et leur scolarité, ce sont des chrétiens de Singapour qui la paient.

Au retour, on discute avec Yance. Ils ont tellement rien que lors de la dernière grossesse d’une des femmes de la famille, grossesse qui tournait en fausse couche, ils hésitèrent sur la conduite à tenir. En un coup de fil, et quelques heures de transport, on l’emmena à l’hôpital. Et quelqu’un avança l’argent qu’il faut montrer avant les soins. Sinon, simplement, elle en serait morte. simplement.

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Du coup, c’est con mais j’ai envie de filer un coup de main, aussi. Et Yance me reprend. L’organisme de micro crédit a financé pour un des jeunes un des bassins pour faire grandir des poissons, sous la coupe du fameux chinois parleur. L’argent ne lui a pas été donné, mais prêté. Argent qu’il faudra rembourser, argent qu’on ne pourra pas dépenser ou jouer… argent qui compte. Parce que les respecter, ce n’est pas leur faire la charité. C’est apprendre à se tenir debout, même quand rien ne vous y a jamais préparé.

Pan sur le nez du petit blanc en mal de générosité.

Alors le silence de Natalia, je l’aime.

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Je sais qu’on pourrait prendre ça pour des vacances, et mes bras auraient du mal à le démentir… mais au travers de tout ça, on pressent autre chose, une construction d’un monde auquel j’aspire, et qui fait du bien… jusque dans ces non-lieux là

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Commentaires

1. Le vendredi 10 février 2012, 15:08 par Nitt

C'est un article magnifique, David.
Il me renvoie à des souvenirs de voyages. Et à des désirs d'aider, aussi.

Quelques mots, quelques photos numériques, pour une photo de tout un village prise avec ton cœur. C'est précieux.

2. Le vendredi 10 février 2012, 15:20 par Corine

Oui tu fais bien de raconter et de bien raconter parce que ça aussi, ça me fait apprendre à regarder, même de loin, même à travers tes yeux, même à travers des mots.Et Natalia et Santo me font penser à d'autres petits croisés moins loin, tout près, dans un foyer qui accueille des enfants malades. Qui me donnent envie d'aider. Souvent leur silence me parle et me porte. Aussi. Merci.

3. Le samedi 11 février 2012, 02:41 par David

et juste parce que c'est TOUJOURS plus compliqué qu'il n'y parait, alors même qu'il n'y a l'électricité sur groupe électrogène que de 18h à minuit, pendant qu'on discutait, un gars était sur un iPad. ;) et on a abordé les prix concurrentiels des poissons en $ Singapour dans pas mal de pays frontaliers.

4. Le samedi 11 février 2012, 12:43 par David

jvous jure, la vie est dure: http://g.co/maps/znk3n 

5. Le dimanche 19 février 2012, 00:36 par do

en même temps, c'est une vision à l'aune de ce qui leur manque pour être "comme nous".
et eux, s'ils venaient en France, qu'est-ce qu'ils diraient, sur leur blog IRL, le soir, au coin du feu?
est ce qu'ils n'ont pas, eux, quelque chose d'indispensable, qu'on n'a pas, et dont on n'a même pas idée que ça existe?
pas si sûre...

6. Le dimanche 19 février 2012, 01:36 par David

à n'en pas douter, do... je suis très à l'aise dans cette vie ici aussi, qui est belle. Simplement, certains jours, on est confrontés à de la pauvrté qui n'est pas relative, cette pauvreté qui vous fait mourir quand d'autres sont simplement soignés. très simplement. mais pour de l'argent. Et que voulez vous, la mort, je m'y fais pas. 

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