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sens dessus dessous

BlogDavidLerouge_040Bâtir une célébration, ce n’est pas trop compliqué. On déploie un fil depuis une démarche d’entrée jusque vers un envoi. Entre les deux, des chants, des gestes, des Paroles, comme un cheminement, un accompagnement. C’est logique, chronologique, une succession de mouvement/rupture. Et naturellement, il ne faut pas oublier les silences, parce que c’est là que chacun avance vraiment.

Pour la majorité des célébrations, le canevas est donné, il est rituel. Accueil, pardon, Parole, sacrement, bénédiction, envoi. Insérés entre les silences qui laissent se déployer le mystère dans l’intimité de chacun. Le plus passionnant, c’est d’ailleurs cette articulation surprenante entre chacun, l’assemblée qui vit ensemble, se soutient, et le Christ. Une rencontre tri partite qui me délivre du solipsisme potentiel d’une relation à Jésus-moi-et-lui-dans-ma-bouteille.

Certaines ne sont pas écrites, pas vraiment, comme les célébrations pénitentielles de Noël ou de Pâques. Célébration communautaire pour entrer ensemble dans une démarche de conversion, célébration communautaire, pour, en Eglise, désirer le pardon, et conduire vers le sacrement du pardon reçu personnellement, célébration communautaire sans absolution, où tout est à bâtir.

l’ordre logique c’est accueil-chant-oraison-texte sur la conversion-Evangile-homélie-examen de conscience-démarche-promesse du pardon à celui qui répond à l’appel à la pénitence-envoi vers le sacrement du pardon-chant.

Et c’est là qu’il faut oser, oser mettre tout à l’envers, parce que la logique de Dieu n’est pas linéaire. Le pardon ne vient pas en réponse à la faute, il précède tout, il nous appelle au regard en vérité, il nous appelle à la contrition. Alors, cette semaine, j’ai bâti cette célébration:

La croix avance en silence au milieu de l’assemblée. on la pose à côté du cierge pascal allumé.

chant: (pour poser le pardon en premier, un chant de fin)
Seigneur, j’accueille ton pardon, donne-moi la force de vivre dans l’amour

1 Je viens vers Toi, Tu me connais
Tu sais de quoi chacun est fait
C’est près de Toi Qu’on devient vrai
Heureux le cœur qui sait aimer.

2. Je viens vers Toi, Tu me connais
Je viens te dire mon regret
C’est avec Toi Qu’on peut changer
Heureux le cœur qui fait la Paix.

3 je viens vers Toi Je te connais
Tu es plus grand que mon péché
C’est bien de Toi Que vient la joie
Heureux le cœur réconcilié.

Mot d’introduction :
Temps de carême orienté vers le Christ crucifié et ressuscité,
Prenons le temps de le contempler sur la croix

Oraison
Dieu de tendresse et de pitié,
sans te lasser tu offres ton pardon
et tu invites l´homme pécheur
à s´en remettre à ta seule bonté.

Bien loin de te résigner à nos ruptures d´Alliance,
tu as noué entre l´humanité et toi,
par ton Fils, Jésus, notre Seigneur,
un lien nouveau, si fort que rien ne pourra le défaire.

maintenant que ton peuple veut connaître un temps de grâce et de réconciliation,
donne-lui dans le Christ
de reprendre souffle en se tournant vers toi,
et d´être au service de tout homme
en se livrant davantage à l´Esprit Saint.

Acclamation : Gloire au Christ parole éternelle du Dieu vivant.

Evangile selon saint Matthieu. le christ sur la croix, la profession de foi du centurion.

Homélie : Jésus sur la croix nous pardonne. Jésus sur la croix se laisse contempler, Jésus nous invite à poser notre regard sur lui. Il ouvre notre vie à l’autre… prenons le temps de regarder nos vies sous son regard ;
la découverte de la miséricorde et de l’acte d’offrande

Méditation, sur une base de chant.
Nous chantons la croix du Seigneur,
Qui se dresse sur l’univers
Comme un signe éclatant, de l’amour de notre Dieu.

1 - Venez à moi, vous tous qui succombez sous la fatigue,
C’est moi qui porterai le poids de votre peine.
Seigneur je te demande pardon pour toutes mes fatigues qui étrillent mon espérance, pour les moments où je peine à croire en toi, où je n’ai plus de projet. Seigneur je te demande pardon d’être parfois oublieux des autres au nom de mon état. Ouvre mon regard, laisse moi être pardonné par toi.

3 - Venez à moi, vous tous qui trébuchez dans les ténèbres,
Sur vous se lèvera, l’éclat de ma lumière.
Seigneur, je te demande pardon pour mes moments de désespérance, pour moi-même ou pour mes proches, quand je n’attends plus ta lumière, quand je ne porte plus la lumière aux autres, quand je les enferme dans mes ténèbres.

6 - Venez à moi, vous tous que défigure la souffrance,
Je viens pour effacer vos rides et vos larmes.
Seigneur, je te confie tous les miens, tous ceux qui souffrent, mais aussi les souffrances qui me replient parfois. Je te demande pardon pour mes impatiences, envers Toi dans la prière, envers ceux qui souffrent quand ils me sollicitent. Je te demande pardon d’oublier si souvent de te prier, de rendre grâce, d’être confiant dans ton amour.

7 - Venez à moi, vous tous qui attendez la délivrance,
C’est moi qui briserai les liens qui vous enserrent.
Seigneur, je te demande pardon pour tous les péchés dont je n’ai jamais su me dépêtrer, ceux qui reviennent tout le temps, cette colère, cette envie, cette jalousie, cette chute. Apprends moi à me confier en toi jusque dans cette faiblesse qui m’enserre.

9 - Venez à moi, vous tous qui cheminez sans but sur terre,
Je viens pour vous montrer la route vers le Père.
Seigneur je te demande pardon de ne pas répondre à ma vocation de baptisé. Offrir ma vie pour toi, être témoin de ton amour, faire découvrir ta miséricorde à mes frères, vivre dans la charité… j’ai si souvent oublié.

11 - Venez à moi, vous tous qu’étreint déjà la mort cruelle,
Ma croix vient vous donner la force de la vaincre.
Seigneur, je te demande pardon pour tout ce qui me conduit à la mort. Mon péché, mes enfermements, mes manques d’espérance, de foi, de charité, mes égoïsmes, les situations mauvaises dans lesquelles je suis enfermé, dans mon couple, ma famille, mon métier. Aide moi à croire en ta victoire.

12 - Venez à moi, vous tous qui avez soif de ma parole,
En moi vous trouverez la force inépuisable.
Seigneur, si souvent, je suis sourd à tes appels. A ta Parole. Je te demande pardon.

13 - Venez à moi, vous tous qui aspirez à la puissance,
En moi vous contemplez un Dieu qui perd la vie.
Seigneur, j’ai tant de mal à croire que tu veux me sauver et m’envoyer. Je crois plus souvent en moi qu’en toi. Convertis mon cœur à ta puissance bienveillante.

Je confesse à Dieu tout puissant.

Démarche de chacun devant la croix, s’incliner, se laisser regarder par toi. Choisir d’accueillir le pardon de Dieu. et se laisser envoyer dans sa propre vie. 

Chant : Ecoute la voix du Seigneur cplt 1-2-5

Notre Père

oraison
Ecoute Seigneur la prière de tes enfants,
Ecoute-les quand ils se reconnaissent pécheurs
Sois indulgent avec nous , accorde nous le pardon de nos fautes
et la grâce de ta paix
Que ta grâce nous aide à éviter désormais le péché
et à te servir d’un cœur sans partage.

Envoi vers le sacrement du pardon

Je vous salue marie, pleine de grâ â ceu

voilà.

Commentaires

1. Le mercredi 28 mars 2012, 10:52 par Corine

J'aime bien le mot de la fin.

2. Le mercredi 28 mars 2012, 10:54 par Laurence

Ben pourquoi tu ne continues pas ? Tu étais bien parti...
Le-eu Sè-è-gneueur est t-avee-c vouus...

3. Le mercredi 28 mars 2012, 11:16 par Isabelle

Mettre le pardon en premier. Quelle trouvaille!
A la lecture de ce billet ça devient une évidence. Le vrai sens.
Bravo et merci

4. Le mercredi 28 mars 2012, 11:54 par David

@corine: les oraisons sont inspirées très fortement de préfaces ou oraisons du Missel
@laurence: c'est un bon moyen mnémotechnique pour pas partir en live sur le Je vous salue du frère Jean baptiste qui se conclut avec un joli Alléluia. ça fait désordre
@Laurence: en fait, je crois que c'est très traditionnel

@ tous: d'ailleurs, comme la moyenne d'âge est pas super basse, les chants sont un peu des vieux rossignols, direz-vous. Ben un rossignol, même vieux, ça chante!

5. Le mercredi 28 mars 2012, 15:29 par Nitt

Intéressant, ça, de tout chambouler pour donner le vrai sens, ou le rendre plus perceptible.
Ça me rappelle des souvenirs de classe. On me pose une question, je pars sur totalement autre chose pour mieux revenir à la question. Mes étudiants captaient jamais vraiment ce qui se passait. ^^

6. Le mercredi 28 mars 2012, 23:54 par Lemessin

Bon, faut vraiment que je file l'adresse de ton blog à quelques curés de mon diocèse "enfin à ceux qui ne l'ont pas encore ;-) ! Vu la veillé pénitentielle hyper blablatisante de ce soir, j'eusse aimé qu'on te pille ton oeuvre !

7. Le jeudi 29 mars 2012, 07:42 par David

@Nitt: les "apprenants" (si j'en crois les jolis mots) n'aiment pas trop les coups indirects... 'mais c'est pourquoi que vous nous disez ça, madame?'

@lemessin: sur le moment, ça reste un peu ardu et sec. Y a une ambiance toujours un peu rude.

8. Le jeudi 29 mars 2012, 12:08 par Vieil imbécile

"toutes mes fatigues qui étrillent mon espérance" ; "oublieux des autres au nom de mon état" ; "quand je n’attends plus ta lumière" ; "quand je les enferme dans mes ténèbres" ; "me confier en toi jusque dans cette faiblesse qui m’enserre" ; "je crois plus souvent en moi qu’en toi".
On reconnaît bien là votre patte. Pas tendre pour notre mauvaise pâte. Mais miséricordieux. Sentiment que vous nous avez percé à jour. Vous provoquez un dévoilement intérieur qui nous prépare au Dévoilement final.
Merci, sans rancune :)

9. Le jeudi 29 mars 2012, 12:11 par David

@vieil imbécile: (mince, ça se voit que je l'ai pas piqué sur le net) Le redoutable dans ce genre de lecture, c'est qu'on se découvre systématiquement pécheur. pas des grands péchés mais des "pas assez". Assez pécheur pour recevoir le pardon, tout de même! :) (et merci du commentaire)

10. Le jeudi 29 mars 2012, 14:46 par AnneF

"Assez pécheur pour recevoir le pardon, tout de même!", on l'est toujours assez, il suffit de le reconnaitre.
C'est tellement facile de se dire qu'on n'a pas faire grand mal, et que c'est pas bien grave...
Mais là, on ne peut pas dire qu'on n'a pas de pistes pour notre examen de conscience !!

11. Le jeudi 29 mars 2012, 18:47 par David

AnneF: de l'art et la manière de discerner l'infidélité à Dieu en toutes (petites) choses. Sinon, y a la version mutualisation. On dénonce les péchés de son voisin qui en fait autant. Ce serait plus facile à dire. Mais moins évangélique.

12. Le samedi 31 mars 2012, 17:49 par Nitt

Ben je disais ça parce que pour donner le "vrai sens" d'un mot, je faisais une explication qui avait l'air d'être à l'envers. Quelque part dans ma tête, ça a fait tilt en te lisant. Même type de procédé tu vois.
Les apprenants qui choisissaient de me faire confiance n'étaient jamais déçus en sortant de classe, malgré le désarroi initial.



On dit apprenant pour des raisons hautement morales et sans doute un peu pédantes dans la didactique du FLE. On ne peut pas élever quelqu'un qui a plus à nous apprendre que nous à lui ou elle (va traiter d'élève une dame de 55 ans qui a vécu des trucs dingues quand tu en as 24). Mais mes profs te diraient surtout que c'est parce qu'ils sont "acteurs de leur apprentissage".

13. Le samedi 31 mars 2012, 17:57 par David

@nitt: mes réactions sur le vocabulaire nouveau me viennent surtout de l'ecclésiolangue ou le catéchiste devient catéchète, puis frère aîné dans la foi, la relecture mystagogie, le vicaire adjoint, et tout ça sent bon la xylolalie. parce que quand les mots font peur, on vire le mot sacrifice, on enlève les aveugles, et "les non comprenants" risque de devenir une manière élégante de ne pas dire "con". mais bon, va pour l'"apprenant"... si uniquement tu rigoles un peu quand tu utilises les concepts de la grammaire. 

14. Le dimanche 1 avril 2012, 07:46 par Isabelle

Oh David, que ce commentaire me fait plaisir! A la fois à l'ancienne prof que je suis et qui n'en pouvait plus de ce jargon et à la récente catéchiste qui retrouve avec désespoir un jargon fort proche.

15. Le lundi 2 avril 2012, 12:47 par Nitt

Ah oui mais alors attention, j'utilise le mot apprenant parce qu'il a une signification bien à lui dans mes études, je dis étudiants quand j'enseigne dans un IUT, en ce moment je fais des cours à une élève de 5ème, et y a longtemps autour de moi on appelait "stagiaires" ceux qui faisaient un stage de langue française en association.
(Et la grammaire, je l'enseigne comme je l'ai apprise : à l'ancienne ! J'essaie juste de retourner la façon d'enseigner pour qu'il y ait participation active du cerveau de mes zapprenants, et pas juste ingurgitation. J'essaie hein.)

Je suis moi aussi irritée au possible par tout le vocabulaire bien pensant et politiquement correct qu'on est prié d'utiliser aujourd'hui. La linguiste que je suis ne supporte pas de voir les mots vidés de leur sens ou considérés comme terriblement péjoratifs parce qu'ils montrent une réalité. Un aveugle est un aveugle, et le mot malvoyant, c'est moche. "Personne de petite taille" me semble une tentative désespérée de ramener quelqu'un de trop court à la norme en rallongeant la description de sa personne.
Et je ne fréquente pas les salles de caté aujourd'hui, donc je ne peux que compatir activement à tout ce qu'Isabelle et toi dites ici. J'ai échappé au vocabulaire guimauvisant parce que c'est ma famille qui m'a fait mon caté quand j'étais enfant, ou alors j'étais en milieu tradi. ^^
Et je pourrais écrire encore des tartines sur le sujet, mais c'était pas celui de l'article je crois.

16. Le lundi 2 avril 2012, 13:06 par Isabelle

Nitt, pour suivre régulièrement ton blog, je sais bien que ce n'est pas ton habitude. Je réagissais seulement au jargon de "catéchète" qui a du mal à s'y retrouver et qui trouve ces changements de vocabulaire un peu ridicules... En dernière date, les objectifs (évaluables et vérifiables) deviennent des visées (non évaluables et non vérifiables)... Voilà qui ne va pas clarifier les choses... J'ai la très nette impressions qu'arrive au caté tous les changements de programme de collège d'il y a 15 ou 20 ans et que ce n'est pas une bonne chose. C'est tout.
Mais comme tu le dis fort justement, ce n'est pas l'objet du billet.

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