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Impropères

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Hier soir, c’était vendredi saint. Nous avions fait des choix de temps étiré et de musiques pour faire vibrer le silence. Toucher de notre prière l’Ineffable. Celui qui est le Verbe, qui s’est tu, et que les mots peinent à dire…

Après l’homélie, le stabat mater de Pergolèse, entre chaque intention de la grande intercession, quelques phrases à l’orgue des gnossiennes et des gymnopédies de Satie, pendant la procession de vénération de la croix, une hymne à cette croix, hymne simple et belle. Elle fut trop courte. On chanta encore. Trop court toujours. Et pour la première fois, vite et violemment, pendant que les chrétiens s’avançaient, j’ai lu les impropères, balancés comme ça, à sec, sans musique. Au rythme des vers, sans même m’arrêter pour les répons. Les mots cinglent, les phrases se pressent, le souffle se fait court.

(Chœur)

                                    O mon peuple, que t´ai-je fait?
                                En quoi t´ai-je contristé? Réponds-moi.

Répons 1.

         O Dieu saint,
         O Dieu fort,
       O Dieu immortel,
      prends pitié de nous.

                                  I (Chœur) Peuple égaré par l´amertume,
                                         peuple au cœur fermé,
                                            souviens-toi!
                                          Le Maître t´a libéré.
                                    Tant d´amour serait-il sans réponse,
                                     tant d´amour d´un Dieu crucifié?

                         (Soliste)

                         1. Moi, depuis l´aurore des mondes,
                         j´ai préparé ton aujourd´hui;
                         toi, tu rejettes la vraie Vie
                         qui peut donner la joie sans ombre,
                         ô mon peuple, réponds-moi!

                         2. Moi, j´ai brisé tes liens d´esclave,
                         j´ai fait sombrer tes ennemis;
                         toi, tu me livres à l´ennemi,
                         tu me prépares une autre Pâque,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                          (Tous) O Dieu saint... !

                         3. Moi, j´ai pris part à ton exode,
                         par la nuée je t´ai conduit;
                         toi, tu m´enfermes dans ta nuit,
                         tu ne sais plus où va ma gloire,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         4. Moi, j´ai envoyé mes prophètes,
                         ils ont crié dans ton exil;
                         toi, tu ne veux pas revenir,
                         tu deviens sourd quand je t´appelle,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         5. Moi, j´ai voulu, vivante Sève,
                         jeter l´espoir de fruits nouveaux;
                         toi, tu te coupes de mes eaux
                         mais pour aller vers quelle sève?
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                  II (Chœur) Vigne aux raisins d´amertume,
                                      vigne aux sarments desséchés,
                                            souviens-toi!
                                        La Grappe fut vendangée;
                                     ce Fruit mûr serait-il sans partage,
                                      ce Fruit mûr que Dieu a pressé?

                         (Soliste)

                         6. Moi, j´ai porté le poids des chaînes,
                         j´ai courbé le dos sous les fouets;
                         toi, tu me blesses en l´opprimé,
                         l´innocent tombé sous la haine,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         7. Moi, j´ai porté sceptre et couronne
                         et manteau royal empourpré;
                         toi, tu rougis de confesser
                         le Fils de Dieu parmi les hommes,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         8. Moi, j´ai marché vers le calvaire
                         où mes deux bras furent cloués;
                         toi, tu refuses la montée
                         quand meurt en croix l´un de mes frères,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         9. Moi, je revis depuis l´Aurore
                         où le Vivant m´a réveillé;
                         toi, le témoin de ma clarté,
                         es-tu vivant parmi les hommes?
                         ô mon frère, réponds-moi.

                                     (Chœur) Frère sevré d´amertume,
                                        frère au cœur desséché,
                                            souviens-toi!
                                          Ton frère t'a relevé,
                                    Jésus-Christ, le Verbe et la Réponse,
                                       Jésus-Christ, l´Amour révélé.

et à la fin tous reprenaient, répondaient en frères, en scansion murmurée, sans papier, sans le prévoir… “O Dieu saint, O Dieu fort, O Dieu immortel, prends pitié de nous.” et j’ai fait une overdose de mots puissants, je me suis tout pris dans la tronche. Bon.

Commentaires

1. Le samedi 7 avril 2012, 08:58 par LaLangelliere

Je lis sur ma petite feuille du déroulement de l'Office de La Passion :
Première Partie : Liturgie de la Parole
Deuxième Partie : Dévoilement et adoration de la Croix
Impropères :
Bien plus que des "reproches" (ce que signifie le mot impropères), ce sont une invitation à revenir à Dieu par le rappel des bienfaits passés.
Et là chant en trois parties :
- Le petit choeur : "Mon peuple, que t'ai-je fait ?..."
- Tous : "O Dieu saint...."
- Soliste : "Mon peuple que t'ai je fait..." 7 couplets
Cela se chante pendant que l'assemblée va embrasser Jésus sur la Croix exposé devant l'autel.
L'officiant y va en premier. Suivi des autres prêtres. Puis des enfants de choeur. Il ôte d'abord ses chaussures.... (je vérifie ce point tout de suite)
Merci pour le partage de ces fortes émotions.

2. Le samedi 7 avril 2012, 09:21 par David

@LaLangellière: je pense qu'au vu du papier de 1952 qui parle des chaussures à enlever, je suis un improbable païen, un hérétique, un casse liturgie. J'ai mis de l'orgue, en choisissant les morceaux, j'ai gardé mes chaussures à scratch, et les autres prêtres avaient gardé leurs étoles. Pire. C'est moi qui ai asséné les impropères... dont je n'ai pas senti tant le reproche que l'invitation à toujours entrer plus dans le temps du salut. Mais ça tapait grave. Il m'a semblé que la célébration chez nous avait sa cohérence liturgique, dépouillée et tout, et j'ai toujours du mal à aller chercher dans les documents antérieurs les gestes qui manqueraient. Si je reçois plus de 400 lettres des paroissiens mécontents, je vous tiens au courant.
Saint Samedi saint à vous, et belle vigile ce soir.
je suis comme vous, j'ai été travaillé par les mots d'hier.

3. Le samedi 7 avril 2012, 09:50 par yayon

hehe

Je sais pas si ça te rassure mais ici aussi dans la liturgie on avait les les impropères et même si je ne savais pas trop ce que cela signifiait (le mot hein) j'ai trouvé que c'était interressant de rappeler notre "responsabilité" face à la passion de chaque jour ^^. C'est un peu violent (en même temps pour une messe de la passion ça reste "normal" tout est violence et aussi espérance dans cette messe) comme texte, tu te sentirais presque agressé rempli de reproche mais en même temps c'est un résumé assez juste de tout ce qui s'est passé dans les écritures jusqu'à la passion du Christ. Nous Chrétiens d'aujourd'hui nous partons avec un gros et beau avantage nous savons que Jésus et ressuscité, j'imagine (du moins j'essaye) la détresse et les larmes de ses disciples, de sa mère, rongés par la douleur et sans doute la culpabilité et pourtant une partie à l'intérieur d'eux (comme chacun de nous) continuait à espérer, se relever et avancer. Je trouve leurs témoignages en ce jour plus forts et plus beaux encore.

Tu sais la vénération de la croix pour moi a vraiment vraiment été très forte une simple génuflexion, un baiser sur cette croix et tout a été dit, ma vie entière et ma reconnaissance cette tendresse pour ce Dieu qui a donné sa vie.

J'ai toujours eu du "mal" avec la passion, le vendredi saint, sans doute parce qu'il m'interpelle plus que je ne le voudrais parfois, parce que cette terrible injustice me révolte mais en même temps qu'aurais je fais moi à leurs place??? ôO

Je me fais toute petite et je prie.

Merci en tout cas d'avoir relevé le défi de te laisser travailler et toucher par "qqch" d'inconnu, merci de grandir avec nous ^^

saint samedi saint à toi et surtout belle et réjouissante vigile pascale à toi et toute ta paroisse ^^

4. Le samedi 7 avril 2012, 10:02 par LaLangelliere

L'Office de La Passion est toujours difficile pour moi (je suis choriste). Il était très dépouillé. Très beau. Les enfants de Profession de Foi de Juin ont reçu leurs croix. Certains tout petits couraient en pyjamas, maladroits sur leurs petites jambes.
Une paroisse en famille, quoi...
Mais dans son homélie, le père a dit qqch de très beau "La première profession de foi, c'est la pancarte INRI en haut de La Croix". Cela m'a touchée. Je n'y avais jamais pensé.
Nous avons six baptêmes d'adultes en Vigile Pascale.
Contente d'avoir pu partager avec vous. Et de ce fait d'oser parler un peu plus de ma foi et de ma pratique sur Twitter.
"Il y a un temps pour tout..."
En union de prières pour cette Fête à nulle autre pareille.
Liliane

5. Le samedi 7 avril 2012, 11:13 par Nitt

Nous étions en famille, à trois générations à la fois, à Sainte Anne d'Auray où la procession de la Croix fut portée par Buxtehude et ses arias aux membres du Corps du Christ. Un chant d'amour pour chaque plaie.
C'était magnifique.

6. Le lundi 16 avril 2012, 11:20 par lilo

C'est le silence qui m'a le plus touchée.... Très belle célébration. Merci David.

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