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la croix de bas en haut

Voilà. Il y a les homélies qu’on maîtrise, et celles qu’on consent à donner, à laisser filer entre les lèvres. Peut-être moins une homélie qu’une méditation. Peu importe, il faut la laisser se dire, même quand on n'est pas sûr.

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Ecouter la Passion est, et reste, une épreuve. C’est un récit long, et qui nous atteint d’une façon qu’on ne sait pas bien anticiper, même s’il nous est familier. Ce n’est pas tant de la surprise, de l’émotion, de la pitié, ni même de la compassion. C’est une autre profondeur qui se révèle.

Peut-être avant tout parce que justement nous y sommes confrontés à la mort d’un proche, d’un très familier, du plus familier. C’est une mort avec aussi peu de sens que les autres morts, la mort comme la brusque irruption/éruption de l’absence de sens dans notre quotidien.

Il n’est plus temps alors d’élever les yeux, ou la voix vers Dieu, c’est trop tard. La mort d’un proche, d’un aimé me fait buter trop souvent sur la stèle, elle m’attire à terre, m’atterre, m’enterre aussi. J’y suis pesant, englué, lourd. J’ai mal de ne pas comprendre, j’ai mal tout court.

Qu’il ait parlé hier, que je connaisse le demain n’y change pas tant que ça. Que les mots de l'Evangile témoignent de l'attitude du Christ ne simplifient pas non plus. Le mal, la souffrance, la mort, viennent me tordre de l’intérieur.

C’est une Mise en abyme aux deux sens du mot à l’oral. Plongée dans l’abîme, le trou : nous avons suivi Jésus. Nous sommes allés jusqu’au tombeau. Et cela n’est pas facile. Rien pour enjoliver ce récit, rien pour le rendre pire non plus. Ce qui trouble, c’est que c’est « vrai ». Je suis moi aussi dans l’abîme, avec lui.

un peu comme dans la figure de style, comme deux miroirs qui répercutent la même image à l’infini, l’une insérée dans l’autre. Parce que je suis un peu renvoyé à mes propres morts, je suis mis en abyme, d’un certain côté

MAIS Mon souci est exactement là aussi, je ne suis pas sûr d’être à l’image du Christ, de sa vie donnée. L’aurais je suivi, ne l’aurais je pas renié, l’aurais je hué aussi, comme la foule versatile et déçue ? Parce que profondément, dans ma foi, J’ai peur d’être celui qui abîme.

Je suis la foule qui crie. Qui crie de ne pas avoir été exaucé, qui crie de l’avoir oublié à avoir prétendu me l’approprier. C’est mon péché. C’est mon péché qu’il portait. Et me voilà plus bas que terre. Avec les mêmes raisons que Pierre pour pleurer. Comme quand je veux changer de vie au milieu d’un deuil, et que je ne le fais pas tant que ça.

Cependant les écritures ne parlent pas de sol, de terre, de caveau. Mais, dès la première lecture, d’un serviteur élevé, exalté. Détruit, honni, défiguré… mais pas atterré. Au contraire, ELEVE. Comme si le mouvement de don, d’humiliation, était le summum de l’élévation, et la mort le don ultime : du sang, de vie, de l’eau, pour être lavé. Il donne sa vie, il consent à la mort, il y relève et révèle l'homme: Humanité sauvée, fructueuse.

Ne restons pas les yeux dans la tombe, épuisés, déshumanisés par la mort. Suivons le fleuve de la vie donnée, de l’humanité révélée. Urs Von Balthasar parle de gloire de la croix. Gloire, déjà. Elévation dans le don. Parce dans la mort du Christ, l’Autre est déjà présent.

Alors, Comment est ce que je donne ma vie ? moi aussi, comment je deviens, homme à la manière du Christ, enfant de Dieu. Offrande de soi, aspiration, inspiration, souffle. Quitte à s’essouffler de mon souffle, autant que ça soit pour un autre

S’offrir, ouvrir, sourire, choisir, s’ouvrir. A l’autre, parce qu’il est le Christ, aussi.

Il transforme nos morts en aspirations, en souffles de résurrection.

Vous venez l’adorer ? venez le remercier, l’embrasser, le laisser vous emmener plus loin. Il fait de vous des vivants, par sa mort, il vous rend humains, jusqu’au profond, là. Ni par puissance, ni par force, mais par grâce.

Commentaires

1. Le vendredi 6 avril 2012, 18:18 par Zabou

Parce que je ne saurais dire autre chose, que je le pense vraiment et que cela correspond tant à ces jours de Triduum : Amen !

2. Le vendredi 6 avril 2012, 21:31 par Corine

J'aime ce que tu as écrit. Tes mots, là, sont puissants. Tellement.

3. Le vendredi 6 avril 2012, 23:25 par Firenze

Merci!
Le dernier paragraphe me chamboule.

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