Aller à la recherche

initiation mystagogique

Comme toutes les institutions, et les universités, l’Eglise génère son propre vocabulaire et ses idiomatismes dont certains s’octroient le luxe de devenir à la mode. Par exemple, on ne dit plus “service, charité, solidarité, aide” mais diaconie. L’excellence en étymologies grecques est alors souvent fort utile. On m’a d’ailleurs demandé de faire une petite “catéchèse mystagogique” à la fin de notre dernier camp lycéens; bref, de causer de ce qu’on venait de vivre ;). L’idée peut être excellente, mais l'invasion systématique des parcours de catéchèse par cette mode a quelque chose d’agaçant. Voici donc une liste non exhaustive de jolis mots qu’on retrouve partout, et dont on ne sait pas toujours bien ce qu’ils veulent dire.

catéchismèse, analgésie, anamnétique, apophase, eschatologie, amniotique, catéchuménal, herméneutique, sacramentel, canonique, vétérotestamentaire, prophylaxie, patristique, cathartique, finitude, sapiential, mémorial, épiclétique, néophytat, christocentré, théologal, cardinal, vénal, monachisme, sacramental, peccamineux, expiatoire, trinité économique, cathétérisme, apologétique, diaconie, sotériologique, acédie, inter-dit, ecclésiologique, éversion, glossolalie, érémitisme, kénose, synoptique, ecclésialité, inculturation, agapè, hypostase, paraclétique, sponsal… [et je rajoute au fur et à mesure: pastoral, deutérocanonique, protévangile]

ah oui, dans cette liste (élaborée avec l’aide des réseaux sociaux), quatre mots au moins n’y ont rien à faire.

Commentaires

1. Le lundi 23 avril 2012, 12:31 par Nitt

Mon préféré dans le registre "jamais entendu, je comprends ce que ça veut dire et franchement parfois on se demande" : néophytat. (Hé, même mon correcteur d'orthographe se pose des questions !)
Mon préféré dans le registre "jamais entendu, qu'est-ce que c'est que ce machin ?" : kénose.
Mon préféré dans le registre "c'est la crise" : Trinité économique.

2. Le lundi 23 avril 2012, 13:45 par Pneumatis

"ah oui, dans cette liste (élaborée avec l’aide des réseaux sociaux), quatre mots au moins n’y ont rien à faire. "

Ah je me disais aussi... Je me demandais en lisant la liste ce que venait faire des mots comme analgésie, amniotique ou prophylaxie, au début. Te croyant de bonne foi, j'ai commencé à me dire qu'il y avait des thématiques sans doute très intéressantes à explorer pour moi, dans l'ordre peut-être de la théologie symbolique ou de la théologie du corps... Et puis la fin m'a fait flop.

C'est vrai quoi, si ça se trouve, il pourrait y avoir une réflexion théologique intéressante, en matière sotériologique, à considérer dans la kénose divine, et la dimension sponsale de l'union humano-divine qui la caractérise, une fonction analgésique pour l'intelligence humaine (liée par le péché à une conscience inéxorablement apophatique de Dieu), l'ouvrant ainsi à la possibilité du mystère de l'union hypostatique. Mais j'y vois plusieurs critiques possibles, notamment qu'on serait tenté de substitué cette analgésie dans la généalogie de la foi au rôle précisément épiclétique de l'Eglise dans sa réalité sacramentelle, d'une part ; mais aussi à ne plus considérer dans la fonction paraclétique qu'un caractère prophylactique aux dépends de sa fonction eschatologique. Je ne sais pas... il faudrait voir ce qu'en dit le catéchisme ;)

3. Le lundi 23 avril 2012, 16:50 par Rémi

Je rajouterais bien un mot magnifique, qui me fait toujours penser à Michelin : c'est « pneumatologie ».
Ça fait-y pas chic de faire des cours sur le déficit pneumatologique de l'ecclésiologie catholique christomoniste (ou, variante : christonomiste) ? En plus, c'est, de fait, le genre de cours que je donne à la Faculté de théologie… :-)

4. Le lundi 23 avril 2012, 17:19 par David

@Nitt: on a des préférés en commun. mais je crois que je les avais déjà tous entendus. Eversion mise à part.

@pneumatis: comm super classe. je suis fan! Bravo! et je crois que tu as dégotté les mots cachés, aussi. avoue que éversion, ou analgésie, ça sonnerait presque catho!

@rémi: rha oui, j'avais oublié la pneumatologie (mais tu peux consulter un rhumatologue, si tu as juste le nez bouché, et pas la maladie des poumons, là)

5. Le lundi 23 avril 2012, 21:19 par Incarnare

J'aime aussi la pneumatologie.. Mais juste parce que Pneumatis a cassé du sucre sur la théologie du corps ;)

6. Le lundi 23 avril 2012, 21:52 par Bzavier

Y a "éversion" qui s'est caché plus de 35 secondes, le retors. Ce recours au vocabulaire de la santé comme sources de piège est un peu révélateur de ce qu'évoquent ces nouveaux mots, par lesquels nous voulons partager notre… kérygme.

7. Le lundi 23 avril 2012, 22:24 par David

@incarnare: @Incarnare: il doit y avoir un mot savant pour ce genre de petites attaques basses, non?

@Bzavier: tiens, la mode du mot kérygme est un peu passée. Je suis allé piocher dans le vocabulaire de la chirurgie, qui semble suffisamment barbare pour passer inaperçu. L'éversion, c'est le retournement le plus difficile, aussi.

8. Le lundi 23 avril 2012, 22:45 par Pneumatis

L'éversion, c'est le genre de truc qui coute cher à la sécu, surtout. Je vous promets que vous n'avez pas envie de vous payer tous les 6 mois des chaussures au prix de celles de mon fils, pour vous tenir les pieds à peu prêt droits ! Ceci étant dit, je n'avais même pas tilté sur la présence du terme dans la liste.

Moi j'aime bien l'utilisation du vocabulaire des sciences du corps pour parler de l'esprit, parce que les analogies sont toujours très parlantes, très riches. Tiens par exemple, je me rappelle un jour à la fac avoir emmerdé mon prof de philo dans une dissertation sur la spécificité du langage humain en décrivant la fonction symbolique dans le passage du langage à l'intelligence comme une forme d'intussuception (je dois la métaphore physiologique à Marcel Jousse et ses disciples). Ce processus physiologique d'intussusception est d'autant plus signifiant, métaphoriquement parlant, qu'une des réalisation sacramentelle de la pénétration de l'Esprit Saint en nous est justement l'onction de l'huile sainte, qui se traduit biologiquement par un processus d'intussusception : incorporation du corps gras à travers l'épiderme, dans ce cas précis.

Non décidément, je trouve ces emprunts de vocabulaire super intéressants : que ce soit pour une théologie du corps, ou une physiologie de l'esprit.

9. Le mardi 24 avril 2012, 07:31 par Matthieu

Mon Père, merci pour votre billet. On dirait qu'il est bon dans chaque organisation d'avoir toujours un temps d'avance dans le jargon et le néologisme pour rester incompris du "profane" ! Et encore, vous n'oeuvrez pas dans une multinationale américaine...

10. Le mardi 24 avril 2012, 07:48 par Lazuli66

Ta dernière phrase me rassure. Je commençais à me demander si l'Eglise était si malade pour emprunter autant de termes au vocabulaire médical ! :)

11. Le mardi 24 avril 2012, 08:09 par David

@Matthieu: je crois plutôt qu'elle change son vocabulaire non pas pour paraître hermétique mais pour préciser le sens des mots qu'elle utilise, surtout quand ils sont passés dans le sens courant. C'est flagrant avec le mot "diaconie" pour le "service" dans l'Eglise, reliée au Christ. Sauf qu'à un moment, ça fait Jargon (par contre, dans l'entreprise, je comprends rien, notamment à votre billet)

@Lazuli66 : tu remarqueras que je n'ai pas accolé palliatif et pallium. ;)

@Pneumatis: les universitaires me font peur. si. je te promets. (je repense à mes cours de philo, ou à "une poétique du rituel" de JY Hameline.

12. Le mardi 24 avril 2012, 10:15 par Jean-Baptiste Bourgoin

Bonjour,

Cette petite est très amusante, je souhaite tout de même apporter quelques précisions. Il semble qu'il y ait une petite confusion, que le commentaire n°9 confirme, entre le "jargon du moment" et le vocabulaire théologique "classique", "traditionnel".

Ainsi remplacer service, charité et solidarité par diaconie relève bien d'une pratique récente. Je la trouve assez intéressante, mais assez peu utile, et risque surtout de confondre un ministère (le diaconat) avec des pratiques qui touchent tous les catholiques.

Mais des concepts comme "économie trinitaire", "kénose" ou "eschatologie" sont tout à fait "classiques".

Il est absolument certains qu'en nos temps très "conceptualisant", l'usage de ces termes est très abusif. Il suffit de lire les ouvrages publiés par la CEF qui sont un modèle de "boursouflure langagière" (en comparaison, les documents romains ont la limpidité d'un Pascal) :D

Il ne vous reste plus qu'à écrire un "dictionnaire du jargon catholique à l'usage des camps lycéens" !

13. Le mardi 24 avril 2012, 14:22 par Claire

Je prends un bon analgésique et je reviens ensuite lire votre billet ;-)

14. Le mardi 24 avril 2012, 15:50 par DO92

Que faire quand on est submergé de mots qu'on ne comprend pas ? Prendre des cours ? Je veux bien consulter un dictionnaire, apprendre. Oui, mais quand on s'adresse à moi, j'essaie d'abord d'utiliser mes mots.

Chaque fois qu'un mot ne "sonne" pas bien à mes oreilles, j'entends dans ma tête comme un son de cloche ou comme un bip dans les reportages à la télé (pour les pubs ou mots grossiers). Finalement sur cet article et ses commentaires, c'était pour moi un peu comme pour le retour des cloches de Rome : tintinnabulement permanent. Même si dans la chanson pour le "Petit garçon", les clochettes tintinnabulent à Noël.

Je vais réfléchir à avoir en permanence une clochette sur moi et la faire sonner autant que de besoin pour dire que je n'ai pas compris... Mais ? Oserai-je le faire ?

15. Le mardi 24 avril 2012, 17:46 par David

allez, je vous aide. (je viens de le mettre en infobulle pour plus de lisibilité. 

KT, antidouleur, souviens toi, tais-toi tu vas dire des conneries, décembre 2012, liquide à bébé, 2 ans pour devenir catho, je te promets que ça veut dire quelque chose, des rites avec du Jésus dedans, c'est dans le bon bouquin, ça parle de Moïse et de ses potes, c'est tout propre, causeries spi par la 2e génération de cathos, ça soulage, c'est chiant les limites hein, les bouquins sous lsd de la bible, souviens toi bis, shamananavienssaintespritmaranatha, ça y est c'est fait t'es catho, Jesus inside même un peu trop parfois, la base avec laquelle faut pas déconner, les vertus qu'elles sont bien à avoir, c'est petit ça, chaussée aux moines, comme la messe mais moins évident, là c'est pas bien, tu vas payer petit, Dieu fait des trucs pour moi, planter des aiguilles dans les bras, Montjoie Saint Denis, rassemblement en 2013, ça va te sauver les fesses, de tfaçon j'en ai rien à foutre, causons, en lien avec l'Eglise avec un grand e, tiens toi bien, parler sous l'effet du vin doux, balade spi dans le désert, chute libre, copiage évangélique, bien dans le cadre à l'Eglise, Toi-croire-en-Dieu?, Pure Love, personne mais en plus intello, shamananaavienssaintesprit, épouse-moi…

16. Le mardi 24 avril 2012, 19:23 par DO92

:-))) Merci pour la traduction en français courant.
J'aurais aimé avoir des cours de philo comme ça.

17. Le mercredi 25 avril 2012, 11:43 par Pneumatis

Les infobulles sont vraiment excellentes ! Merci.

18. Le jeudi 26 avril 2012, 09:39 par David

et je suis super fier de ma définition de la kénose. ;)

19. Le mardi 8 mai 2012, 23:40 par Marie-Hélène

Bonjour David,

J'aime bien votre définition de la kénose, celle de la sotériologie, quoique plus basique , n'est pas mal non plus.
Je note que l'épistémologie n'a pas eu l'honneur de votre billet et que la trinité immanente chère à Messieurs Karl(s) Barth et Rahner est restée faire antichambre.
euh..... le traité fondamental de la foi en infobulle.... ça se tente ?

20. Le mardi 8 mai 2012, 23:55 par David

le tff en infobulles? pourquoi pas sein und zeit, qu'on rigole! ;)
et bravo pour les nouveaux mots, je les aime bien. Même pas peur. pour la trinité immanente, j'ai pas osé. un "C'est pas tes affaires, pfff, si on ne peut plus être trinité en soi" vous irait?
(ps, je suis pas du tout bibliste, mais j'aime bien mon synoptique aussi) sinon, vous, combien de temps sur les bancs de la catho?

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet

Page top