la marche qu’on saute, toujours la même
les mains qui s’ouvrent au Notre Père
les mots qui s’enchaînent automatiquement pendant le “je confesse à Dieu”
le double tour de clé, un genou au sol, dans la serrure du bas de la porte de la sacristie,
l’inclination en passant devant le saint sacrement
le pas en arrière, à la communion, parce qu’il a mis son missel sous son bras, signe qu’il va devoir partir juste après pour aller au tribunal, son sac l’attendant déjà sur la gauche
ce coup d’œil sur le pique cierge de Marie Madeleine Postel pour vérifier s’il y a un cierge à rallumer
la petite vérification de l’heure, juste avant l’offertoire
le regard pour vérifier la volute de fer forgé sous laquelle se glisser au moment d’aller chercher le ciboire
les mots qui suivent le Notre Père
les mains en corole qui ouvrent la voûte, juste avant la préface
la main qui se serre sur le cœur, parce que je ne suis pas digne de le Recevoir
le combo ouvrir-la-porteduplacard-prendre-une-grande-hostie-dans-la-boîte-mettre-du-vin-dans-le-calice-coup-d’œil-à-l’ordo-interrupteurs-lumière-eau-dans-la-burette-choix-du-lectionnaire-et-missel-sur-le-plateau-cierge-aube-chasuble-tout-déposer-sur-la-crédence-s’asseoir-prier
le “Bonne journée à tous”,
la custode qu’on remet à la religieuse
l’air “normal” du sanctus qui part tout seul
le genou gauche qui ploie après l’élévation
le ton de la voix pour dire “heureux…”
l’inquiétude quand la folle arrive

parfois la tête, hébétée, y est moins
et le cœur a la délicatesse de se lover dans la simple fidélité des corps.

Je méprise ma routine si souvent, et parfois, c’est justement elle qui me tient.