la marche qu’on saute, toujours la même
les mains qui s’ouvrent au Notre Père
les mots qui s’enchaînent automatiquement pendant le “je confesse à Dieu”
le double tour de clé, un genou au sol, dans la serrure du bas de la porte de la sacristie,
l’inclination en passant devant le saint sacrement
le pas en arrière, à la communion, parce qu’il a mis son missel sous son bras, signe qu’il va devoir partir juste après pour aller au tribunal, son sac l’attendant déjà sur la gauche
ce coup d’œil sur le pique cierge de Marie Madeleine Postel pour vérifier s’il y a un cierge à rallumer
la petite vérification de l’heure, juste avant l’offertoire
le regard pour vérifier la volute de fer forgé sous laquelle se glisser au moment d’aller chercher le ciboire
les mots qui suivent le Notre Père
les mains en corole qui ouvrent la voûte, juste avant la préface
la main qui se serre sur le cœur, parce que je ne suis pas digne de le Recevoir
le combo ouvrir-la-porteduplacard-prendre-une-grande-hostie-dans-la-boîte-mettre-du-vin-dans-le-calice-coup-d’œil-à-l’ordo-interrupteurs-lumière-eau-dans-la-burette-choix-du-lectionnaire-et-missel-sur-le-plateau-cierge-aube-chasuble-tout-déposer-sur-la-crédence-s’asseoir-prier
le “Bonne journée à tous”,
la custode qu’on remet à la religieuse
l’air “normal” du sanctus qui part tout seul
le genou gauche qui ploie après l’élévation
le ton de la voix pour dire “heureux…”
l’inquiétude quand la folle arrive
parfois la tête, hébétée, y est moins
et le cœur a la délicatesse de se lover dans la simple fidélité des corps.
Je méprise ma routine si souvent, et parfois, c’est justement elle qui me tient.

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11 réactions
1 De Isabelle - 28/06/2012, 12:00
Merci de nous rappeler que parfois, la routine ce n'est que l'expression de la fidélité. Et c'est au coeur de cette routine que les étincelles peuvent jaillir.
2 De Corine - 28/06/2012, 12:41
3 De Aleth - 28/06/2012, 20:23
merci
parce que j'ai tout imaginé.
parce que c'est tellement vrai.
parce que parfois, en effet, les gestes sont "automatiques", "pas pensés", parce que "trop fatigués" ou "trop préoccupés".
Et en même temps, ces gestes, comme le bonjour du matin aux gens qu'on croise tous les jours,
comme le sourire automatique à la caissière, parce qu'on a décidé de sourire aux caissières,
comme ces petits riens de portes tenues et de politesses machinales,
ils disent ce que nous sommes, puisque même sans y réfléchir, nous les faisons.
Ils disent qu'ils sont devenus "moi", et que si "moi" c'est m'incliner devant le Saint Sacrement, et bien, j'en suis heureuse
et que si parfois mes geste pour Dieu s’enchaînent,
et bien il faut que je le vois comme la répétitions des tâches ménagères, parfois enchaînées automatiquement,,
mais toujours faites par amour...
4 De David - 28/06/2012, 23:09
@Aleth, merci d'avoir déployé ce que je voulais dire. C'est plus clair avec vous.
@Corine:
@Isabelle: étincelles? du feu sous la cendre, oui
5 De Firenze - 29/06/2012, 00:01
Bon pour les taches ménagères de Aleth faites par amour, ça m'en destop un coin.
Sinon, je préfère la lombalgie devant le saint Sacrement et la marche qu'on saute
6 De David - 29/06/2012, 07:42
ça,
et on fait ça largement plus souvent que de passer devant Jésus négligemment. Je crois même que je pourrais mettre des marques dans mon escalier de 3 étages tellement je le monte tout le temps pareil.
AlethFirenze, c'est parce que vous ne sautez pas toujours la même marche avec le même pied d'appel7 De mad - 29/06/2012, 17:53
Merci !!! J'ai tellement la tentation d'arrêter, de laisser tomber, quand je réalise que j'ai débité les répons, entonné l'Agnus sans même en avoir conscience... une fois de plus.
8 De David - 29/06/2012, 19:49
C'est le corps qui prie quand la tête n'y est pas, parfois, Mad. Bon, faut pas trop en jouer non plus, au bout d'un moment, faut quand même raccrocher les neurones, hein.
9 De Sylvia_Naoned - 30/06/2012, 01:47
Très beau texte!
10 De effetah - 30/06/2012, 14:54
Merci!
11 De cecile marie - 02/07/2012, 15:21
merci, ça rassure, ça assure, ça nous plonge dans l'ordinaire à vivre.
En tout cas ça m'a fait un bien fou de lire !