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ce non lieu en bord de monde

Depuis quelques temps, je nourris une défiance assez marquée
pour les quelques outils pourtant fort utiles supposés me dire où je suis sensé être… 
(comme pour les personnes qui s’essaient aussi à le dire plus existentiellement, d’ailleurs)

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C’est pourquoi je n’ai accordé une confiance que circonspecte à mon GPS quand il m’a dit…

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dimanche après midi, comme promis, je suis parti flâner.

C’est la première fois de ma vie que j’habite dans un port. A ma surprise, un port n’est pas la mer, on la voit peu. Il est point d’accès à des mers, celle du travail des pêcheurs, celle des dimanche des plaisanciers, celle, violente, qui malmène ses usagers, celle qu’on traverse pour accéder à l’ailleurs où la vie continue. La mer est un travail dans un port, mais la mer n’y est pas visible, ou pas vraiment.

Il y a un port que je ne connaissais pas du tout,
le port que l’on longe, que l’on n’effleure que par des voies trop rapides,
c’est la zone portuaire,
une friche industrielle de bord de monde,
où s’échouent quelques projets,
où l’espace, vaste, est abîmé,
où la modernité laisse gésir, rouiller et pourrir ses outils fatigués…

ça ne se visite pas,
on y erre, on y boit, on y tague,
c’est un terrain vagues,
grillagé vers la terre, dont il n’est plus,
bétonné vers la mer, dont il n’est pas.

c’est la civilisation par une de ses orées,
elle mérite qu’on s’y arrête.

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un bateau, oublié sur des roues aux pneus crevés
incapable de tout ce mouvement qui était sa raison d’être

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rien n’arrête vraiment le regard.
Ni les terrils de sable, ou de pierre,
ni les espaces, ni les grillages,
ni les grues plus loin.

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ni le vieux fort abandonné,
barricadé, attirant, comme un aimant,
des architectures broyées d’autres structures
triées, empilées… abandonnées

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et quelques mètres plus loin, c’est la fin de l’ambigüité
c’est le monde de la mer, qui encore une fois,
était absent de ces espaces abandonnés.

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et un peu plus loin, un homme lance son lien…

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Commentaires

1. Le dimanche 18 novembre 2012, 19:17 par Isabelle

Ah les ports!
Merci pour ce billet qui fait remonter tant de souvenirs, par vagues...

2. Le dimanche 18 novembre 2012, 19:36 par Corine

:-) le sourire, c'est juste le doux de rentrer, de lire et de regarder ce pas de côté. Je me suis baladée de l'autre côté d'un autre port. C'est assez désert aussi un dimanche tout gris de novembre ;-) Mais, je connais, ailleurs, les arrières d'une grande zone portuaire. Toujours touchée par l'abandon et par un temps arrêté, las, un peu triste . Paradoxalement aussi par un sentiment de liberté. Rien ne sert plus à rien mais plus rien n'est enfermé dans un rôle.

3. Le dimanche 18 novembre 2012, 20:31 par boissoudy

Mais non Jeff t'es pas tout seul.

4. Le dimanche 18 novembre 2012, 20:45 par Jean-Croc le marin

De Dukhaila (Alexandrie) à Valparaiso, de Brest à Nouméa, de Toulon à Thessalonique, et j'en oublie plein, j'en ai arpenté quelques dizaines. Au premier abord ils se ressemblent, mais en fait il sont si différents ... Ce ne sont pas vraiment "la civilisation par une de ses orées", parce qu'en fait ce sont aussi des civilisations, ou au moins des sociétés. Souvent dures, parfois joyeuses, en tous cas toujours ouvertes sur dehors. Et après quelques années dans la grande ville sans horizon naturel, tu n'imagines pas ce qu'on est content de retrouver un port ... Aujourd'hui, celui du moment était sous le soleil, l'alignement de la pointe du Portzic dans le phare du Minou était parfaitement visible, et j'ai été heureux d'y vivre.

5. Le dimanche 18 novembre 2012, 21:25 par David

@Isabelle: tu as des souvenirs de terrains vagues?

@Corine: pas enfermé dans un rôle, moui, surtout abandonné loin de tout.

@Boissoudy: chacal ;)

@Jean: pour les ports, je suis bien d'accord... lieu ouvert, mais pas lieu de mer. En revanche, les friches industrielles, c'est bien parce qu'il faisait beau que c'est passé.

6. Le lundi 19 novembre 2012, 08:47 par Tigreek

De cape et de crocs, la face cachée de la lune... Et ces photos au fisheye... Je t'ai déjà dit que je t'aime ? ;) <3 <3

7. Le lundi 19 novembre 2012, 09:13 par David

@tigreek. <3 aussi. J'y ai vu aussi des allusions ratées au journal du monde en mouvement de paloma dans l'élégance du hérisson

8. Le lundi 19 novembre 2012, 09:39 par Isabelle

Essentiellement d'un petit port, avec tout de même quelques "zones intermédiaires" que je n'avais jamais réussi à voir de cette façon! Ni terre, ni mer... "air, glaise, eau, chacun répulsif à l'autre"...
Bon, je n'y ai jamais vu de bus, soyons honnête. Ni autant d'épaves.
Mais hier ce billet a fait remonter dans ma mémoire jusqu'à certaines odeurs!
;-)

9. Le lundi 19 novembre 2012, 09:59 par David

et je suis désolé pour ceux que le fisheye 8mm ébourrifent. Il rend aux ciels et aux espaces leur vastitude (non, ce n'est pas un mot de Ségo)... mais oblige à placer l'horizon au milieu, sinon, le monde se fait un peu plus rond.

@Isabelle: hier, l'aspect des éléments hétérogènes et répulsifs les uns aux autres était patent. Cette décharge en bord de monde l'était à sa manière... les épaves s'oublient en dehors de notre univers.

10. Le lundi 19 novembre 2012, 10:01 par Else

Du tout et du rien. Beaucoup de poésie et c'est superbe.

11. Le lundi 19 novembre 2012, 10:18 par Anne-Claire

Mais pourquoi tu colles ton GPS (Garmin, c'est ça ?) sur cette jolie fenêtre aux petits rideaux ajourés ? On t'a pas dit ?

12. Le mercredi 21 novembre 2012, 11:32 par Fred

j'aime bien cette "Zone"... ;-)

et puis, un GPS qui indique "prêt à naviguer" quand on habite Cherbourg, quoi de plus normal ? Ça promet en tout cas !

"et des vagues de dunes, pour arrêter les vagues"

13. Le mercredi 21 novembre 2012, 11:53 par Albatros

Très belles photos avec une atmosphère d'immensité bien rendue par le fish-eye (pardon, l’œil de poisson).
J'aime notamment le bateau Saint Sylvère immobile et votre commentaire qui va si bien avec. Cette épave fait écho avec celle du car un peu plus loin. J'aime bien les cimetières de bateaux, il y a comme une belle tristesse dans leur immobilité et le souvenir de ce qu'ils ont été.

14. Le lundi 26 novembre 2012, 20:54 par La médecine passe par la cuisine

Je reconnais cet endroit près de " l'Ecole des Fous"...ou l'ancien CIN. Et cet épave échouée, serait-ce celle du Lucifer?

15. Le lundi 26 novembre 2012, 21:15 par David

je suis pas sûr... les Mielles, c'est à Tourlaville, exact opposé! :) et le Lucifer n'est plus, comme vous savez. A mon avis, il a disparu corps et biens... 

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