Aller à la recherche

la PU, le Shadock et le guillemet

Hébété, la tête entre les mains qu’il eût volontiers nouées aussi serré que son estomac, Maître Shadock, assis à la table du presbytère avec trois coreligionnaires n’en pouvait plus. Depuis une heure, ils s’étaient attelés à la préparation de ces messes dont tous s’accordaient à dire qu’elles n’étaient guère enthousiasmantes, pour ne pas dire indigentes, mais personne ne voulait jamais esquisser une virgule. D’ailleurs les envies des uns et des autres étaient peu conciliables. Beau et connu, exigeant et accessible, dans le thème mais pas niais, symbolique sans être cucul, pas comme avant, pas trop différent, pas trop compliqué, la chèvre, le chou, tout avait été opté pour le mieux, ou plus exactement comme on pouvait. Et c’était le drame. Il restait la PU. La 3e PU du mois. La 15e de l’année, depuis 12 ans. Depuis longtemps, il ne les faisait plus pour “les choses qu’il aurait eu à dire”, sur le fond comme sur la forme. Et le cerveau de Maître Shadock renâclait désormais à la moindre ébauche d’un premier mot.

Le ronronnement du néon hésitant dans le cagibi empli d’armoires de fichiers de chants s’enflait comme une rengaine “et les Shadock pompaient, et les Shadocks pompaient”, et il savait qu’il pourrait détendre le bras et l’atmosphère en ouvrant le “prions-les_fiches-magnificat” pour tout recopier… voire photocopier. Propre, propret, adapté, pas trop mal tourné… Le rêve à portée de paume de la main, qui en caresserait presque le poil fatigué.
Parcourir rapidement les propositions, opter pour la moins pire, se dire que ça le fait, quand on finit par être à cours d'idée, quand il faut fournir une PU pas trop indigente, quand on a la pauvreté d'être un peu enfermé dans ses marottes vaguement idéologiques, militantes ou spiritualo gélatineuses tout aussi agaçantes l'une que l'autre… et puis c’est l’heure de la sortie de l’école.

shadock4

***

C'est con, parce que la mauvaise conscience le maintient à deux pas de Maître guillemet qui était dans le bureau d’à côté, il lisait sans vergogne les publications comme il lisait la Bible. Se baladant dans les lignes, touché par une tournure, ou par son sujet, ou par la rencontre qu’elle permet, ou par les mots et les thèmes inattendus qu’elle semble appeler. Alors il enfournait les mots comme il enfourne les idées, pas toujours dans le sens prévu, pas toujours aussi proprement. Il assimile, méthode facile, en intégrant les mots à son écriture, ouvrant de nouveaux horizons plus vastes que son monde intérieur.

shadock 7

***

je crois que citer peut être un art qui malmène une pensée pour lui faire exprimer tout un monde que l’auteur n’avait pas subodoré, en le liant à un nouvel univers. Ça c’est la forme haute de la citation.

La forme pire, c’est le copié collé lénifié, un « j’aime beaucoup ce que tu dis », je l’aime tellement que je te le pique. Finalement, les pompages et les partages sur FB sont de cet ordre. Je l’arrache du cocon où tu l’as formé et je m’extasie à peu de frais, avec la satisfaction de l’inventeur de reliques. En helvetica et instagram, pour faire joli, découpant les guillemets et les copyright pour faire perso. Pomper sur FB, même pour la bonne cause, c’est comme balancer une PU sans âme, c'est sûrement un peu pratique, mais ça fait pas rêver. On peut soit renvoyer vers le travail et le monde de l'auteur d'origine, soit s'approprier pour en exprimer un nouveau suc, à la manière de Scholtus. 

Je fais l'expérience, parfois douloureuse, de la difficulté de durer, de pérenniser un travail, d'écrire au long cours avec une qualité relativement constante. Je me dis simplement qu'il faut que ma lecture soit alors inspiration, plus que succion. Et rarement je le fais ^^

Commentaires

1. Le mercredi 5 décembre 2012, 16:56 par Isabelle

Je comprends mieux la note du billet précédent sur l'invention des reliques...
;-)
C'est un billet en deux parties?
re- ;-)
C'est bon, je sors...

2. Le mercredi 5 décembre 2012, 17:55 par David

Isabelle: Caramba, démasqué.

3. Le jeudi 6 décembre 2012, 23:01 par Amie5978

Reliques ou propriété intellectuelle ? Que c'est dur le partage....Mais, même Lejeune, il paraît que c'est pas lui qui a découvert le gène de la trisomie 21, ce serait une laborantine experte à qui on avait demandé de faire cette recherche....

4. Le vendredi 7 décembre 2012, 08:39 par Claire

Je suis pour la sagesse des Shadocks.... C'est un art ensuite de mélanger des phrases empruntées ci et là, unifier les styles, adresses etc... L'autre solution c'est de s'y prendre très en avance, de demander leur avis à plein de personnes qui enlève/rajoute, le résultat un peu comme la météo, est radieux ou bien à passages obscurs. De toutes façons, c'est le curé qui tranche ;-)

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet

Page top