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l'effet Duflot

Le catholique est salement irascible ces temps-ci, et comme il découvre que ses grognements plaisent beaucoup aux médias et rassemblent du populo, il s’indigne, il s’offusque, il réagit. Il y a de quoi, certes, quand tant d’enjeux de société se jouent, et pas des moindres. La mort, la naissance, l’amour : qu’un gouvernement s’y attelle et s’accapare le droit de les régenter sans en parler, c’est plus réactionnaire que n’auraient osé nombre de curés, et même de prétendues divinités.

Si en plus on les accuse, les catholiques se sentent mal. Jouant d’un effet d’annonce, d’un anticléricalisme de bon aloi et d’une offuscation rétroactive peu onéreuse, la ministre Duflot a flingué à mots à peine cachés les cathos. Passque tu vois, pendant qu’on vote des lois sur l’euthanasie et la PMA dans les salons des assemblées, les quelques religieux sénescents, moribonds et rarissimes habitent des demeures gigantesques en plein cœur de nos cités. Et une petite réquisition pourrait s’imposer.

crédit : Sébastien Le Clézio/Secours Catholique Lors de la mobilisation du Collectif des associations unies pour le logement, le 5 décembre, une personne annonçait la cérémonie des morts de la rue du lendemain. Mais depuis la publication du faire-part, de nombreux décès ont eu lieu. -  JPEG - 44.7 ko

Mais une réquisition de quoi? de couvents gigantesques aux chambres chauffées et inutilisées, de cloîtres luxueux, réfectoires vides, aux tables chargées de chaussée aux moines et de jambons d’abbaye, les coffres gorgés d’or et de calices précieux qui prennent la poussière. Bon. Le mythe est là, la réalité moindre. Les bâtiments qui ont pu être dévoués à l’aide le sont déjà depuis siii longtemps, et les autres ne le peuvent pas. Les règles de sécurité, quand on veut faire du bien, sont souvent fort, très fort, drastiques.

Bon, l’attaque (qui n’en est pas une, nous dit-on) a agacé les chrétiens de tous bords. C’est pas mal parce que jusqu’alors, c’étaient surtout les cathos de droite qui montaient grave au créneau. Là, ce sont pas mal de super bonnes volontés qui se sont senties offensées. A commencer par les religieux qui sont pourtant vachement cool, normalement, et qui cherchent peu la castagne.

On pourrait se réjouir d’un mouvement de société qui associe catholiques (mais muets, hein, sans croix toussa) et société civile dans une lutte de fond contre la pauvreté, c’est hélas un triste mouvement qui au contraire s’est initié. Parce que “l’effet Duflot”, c’est que l’attaque a réveillé la culpabilité moyenne du catho de base dans son rapport à la pauvreté et au royaume de Dieu qui s’annonce. Grosse grosse grosse culpabilité. Au point de se poser la question de l’utilisation du moindre mètre carré chauffé inutilisé la nuit à attribuer aux … aux qui déjà? sdf? sans papiers? demandeurs d’asile? mal logés? etc.

On leur file les clés, on écarte les tables, on leur demande d’être gentils, et ils apportent des nattes pour dormir par terre comme dans leur pays.

C’est gentil, et c’est con. Le secours catholique met en œuvre des programmes ambitieux de proximité, d’accompagnement, de projet, de structures, de liens sociaux profonds depuis des années, et on revient en arrière pour une charité mal placée. Zéro projet, juste une situation d’urgence qui pourra durer, et des situations malsaines qui vont s’installer. Les associations avaient de beaux projets, et on en fait quoi, hein? 

Franchement, ce genre de fibre, c’est la même qui fait dire aux mamans “finis ton assiette, pense aux Africains”. Les Africains, ils méritent mieux que le fond de mon assiette. LA PAUVRETE mérite mieux que nos mauvaises consciences et un sommeil gêné, elle mérite un combat plus ambitieux, Cécile. Si tu veux aider, donne à ceux qui savent faire, pas à ton service de comm ni à nos culpabilités maladives, merci.

Commentaires

1. Le dimanche 9 décembre 2012, 00:13 par David

bon, suite à un échange avec Hipparkhos, je pense que mon reproche est finalement que Mme Duflot, ministre, semble jouer aux échecs comme on joue à la bataille fermée, carte après carte, sans anticiper les réactions de l'autre côté et préparer quelques coups à l'avance. C'est moyen.

2. Le dimanche 9 décembre 2012, 11:16 par Claire

Merci David de ce billet qui invite à réfléchir.... et à revoir certains bénédicités :" Bénissez nous Seigneur, bénissez ce repas ceux qui l'ont préparé et procurez du pain à ceux qui n'en n'ont pas" On sait jamais, Dieu nous obéira peut-être, ça ne mange pas de pain.... ;-)

3. Le lundi 10 décembre 2012, 11:33 par thierry

Ouaip, il peut dire ce qu'il veut l'Hipparkhos, mais je crois que Cécile Duflot est surtout dans la crise d'adolescence permanente.

Et qu'en France le problème central est qu'on veut bien faire du bien aux autres, mais attention, selon les conditions de celles et ceux censées représenter le bien. Sinon ce n'est pas du bien valide.
Autrement dit, il y a un filtre obsessionnel de certains, qui pensent encore une fois qu'une position sur la liberté est indéfendable, comme la liberté de participer et de donner selon son sentiment, ses convictions ou sa nature.

Si on ne s'inscrit pas dans un modèle de charité ou d'action déterminés par des penseurs (causeurs) et organisateurs (politiques) qui n'en foutent pas une rame, c'est comme si on n'existait pas et même à la limité cela devrait disparaître de la scène publique.

L'Eglise depuis que la République n'a eu de cesse de lui retirer les fonctions d'éducation et de santé, en est la triste victime.

Ce qui devrait pousser nombre de cathos à se rapprocher de leur paroisse, pour aider tout simplement, d'abord ne serait-ce qu'aider pour des petites choses, ensuite celles et ceux qui voudront faire de la solidarité auront le point d'observation idéal pour le faire avec des idées et une énergie neuves.
L'époque de l'Internet nous pousse en effet à agir en dehors des structures institutionnelles étatiques.

L'Eglise et les autres religions en France et les athées ont une superbe carte à jouer, joyeuse pour l'avenir de la solidarité.

4. Le lundi 10 décembre 2012, 12:02 par frakemus

c'est gentil de votre part de trouver des excuses à Cécile !
Et si sa réaction ne reflétait pas tout simplement une méconnaissance crasse de la réalité ?
Nos ministres sont à notre image, plus ils sont jeunes et moins ils ont de culture générale, un point c'est tout !

Sarko nous l'avait déjà appris.

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