(au choix)

le regarder sans rire
le regarder sans rire de lui
___ le regarder et rire avec lui.

ne pas le relever,
le relever sans lui demander
___ lui demander s'il veut de mon aide

m'émerveiller de son cœur tellement sensible
m'apitoyer de ses moyens limités
___ me réjouir de ce qu'il sait faire

...chaque fois que celui qui est marqué par son handicap fait trébucher ma marche rapide, je me perds dans ces alternatives... Ou, à d'autres moments,  

Rire avec l'organiste aveugle de la paroisse parce qu'il ne voit pas ce que je veux dire, démonter les roues du fauteuil de Yoann pour en rire avec lui, galérer à les refixer, le regarder avant pour vérifier si on peut le tacler, consentir à ce que certains souffrent de leurs infirmités même temporaires...

consentir à ce qu'il ne puisse plus aujourd'hui
consentir à sa joie si forte
consentir à ce qu'il sache mieux, plus profondément que moi, ce que veut dire vivre.

Je suis nul comme tout le monde face au handicap, parce que mes automatismes relationnels y tombent en échec.
Je ne veux pas détourner le regard,
je ne veux pas déprécier,
je veux regarder sans scruter,
mais qu'il est difficile de poser un regard "normal" quand il faut le choisir. C'est sans doute ça: la personne handicapée m'accule au choix de la relation avec lui, avec lui et pas avec ce que je crois de lui, ou ce qu'on m'en dira. Tout est si délicat, dans cette relation au handicap physique, et psychique... c'est pour cela que j'ai dévoré le livre de Séverine Hibon, qui en quelques chapitres efficaces raconte l'aventure de son couple avec son mari handicapé,  et toute la justesse de la relation qui a dû en découler.

avec ces quelques pages parfois corrosives, je fais tomber mes mauvaises bonnes intentions, je redécouvre la passion de l'autre et l'investissement dans les petits gestes du quotidien. En plus, Séverine ne la ramène pas trop avec sa foi, elle la laisse juste surgir là où il faut, et ça fait du bien. A lire, donc. (ça vous prendra pas des heures, mais ça ouvrira des milliards de relations et de regards avec ces personnes dont quelques uns zapperaient bien la naissance.)