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le songe d'une nuit d'été

La force de ceux qui ont de la culture, mais je veux dire vraiment  de la culture, c’est qu’ils peuvent voir des ponts, des échos, des miroirs là où le péquin moyen ne voit que la surface des choses. Genre, dans le théâtre balinais ou javanais. J’aime beaucoup la musique, je goûte la délicatesse des gestes ou leur force, et leur justesse, j’entrave un peu l’histoire, je vibre de concert, et toute cette beauté me fait encore plus aimer l’homme, et Dieu. Bon. Mais Shakespeare là-dedans ?

De Shakespeare, je ne connais rien. Je crois avoir lu sur le frigo d’Elodie des magnets reprenant les insultes les plus savoureuses issues de ses pièces, mais ça doit s’arrêter là. Pire, je n’ai jamais vu une seule représentation de lui. Nada, quedchi. La honte. Alors de là à voir des liens… c’est définitivement foutu pour briller en société.

J’ai débarqué à Yogyakarta pour la première fois de ma vie lundi dernier. Je ne savais que ça, et la présence de Kati quelque part dans le coin. A l’aéroport, un gars m’attendait. La voiture a filé vers… je ne sais pas où. Je n’ai quasiment aucune idée de l’endroit où j’ai passé la semaine, sur une carte, tout du moins. Sinon, j’étais au pied d’un volcan, le Merapi,  que je n’ai aperçu que quelques minutes/heures par jour, par effraction au milieu des nuages. A 6 kilomètres du centre du cratère qui a encore explosé il y a à peine trois ans… et comme les éruptions ont lieu tous les quatre ans, j’ai un an de marge, à une vingtaine de kilomètres de Borobudur, dans la montagne. C’est tout. En revanche, à 800 mètres d’un espace consacré à la danse, et au théâtre javanais. C’est là que Kati et Nicolas m’attendaient.

Kati ose créer ici, au bout de la route qui mène au volcan, le songe d’une nuit d’été, une pièce de Shakespeare, en mêlant danses javanaise et théâtre à l’européenne, musiques, costumes, personnages issus de la tradition artistique javanaise et même plus particulièrement liée à l’espace du volcan. C’est audacieux, extraordinairement difficile à monter, car les ponts à tendre sont légion. Les soubresauts amoureux et les enjeux divins de Shakespeare à la sauce indonésienne… relevé et sucré !

Mais le pari le plus fou, sans avoir beaucoup de sous, c’est d’avoir demandé à des lycéens, totalement débutants artistiquement, de tenir tous les rôles. Seuls quelques musiciens et danseurs locaux les accompagnent, mais il faut leur faire découvrir la danse, leur faire apprendre les chants en français, les initier au théâtre et au jeu d’acteur, traduire le texte en indonésien et javanais, le répartir, le convertir pour qu’il puisse être reçu, jouer sur les conventions. C’est un travail titanesque qui doit se faire dans une urgence absolue, puisque la représentation sera le 11 mars, à Sumber (si vous voulez y aller, laissez un message Clignement d'œil) et d’ici là, ils ont une semaine d’exams. Forcément, rien ne peut se passer comme prévu, le chorégraphe, notre hôte a chopé le typhus, les jeunes ont une semaine d’examens juste avant le spectacle, etc, etc.

Un ami de Kati, Nicolas, acteur au TNP, a pris quinze jours de vacances ici pour faire découvrir aux jeunes l’art du théâtre. Ils n’en ont jamais eu/vu, il n’y ont jamais eu accès alors tous les après-midis, je traduis ses indications, ses recherches avec eux pour qu’ils puissent se dépasser, jouer au plus juste. L’aventure est passionnante, tellement passionnante que je n’ai même pas eu l’occasion d’aller visiter les grands lieux touristiques des environs. Tant pis, ça sera pour une autre fois.

Au milieu de tout cela, loin du monde et de ses soubresauts, petites rencontres avec les chrétiens du coin (il y a une chouette paroisse dont le curé précédent a ouvert des ponts de rencontre extraordinaires avec la culture autour du volcan, c’est assez décapant) notamment pendant la messe matinale. Je sais qu’il se passe de grandes choses, au-delà des mers… elles sont comme des vibrations en deçà de cette expérience humaine et chrétienne.

Ah, et forcément, qui dit répétitions et truc extraordinaire dit public, et qui dit public dit enfants, et qui dit enfants dit … photos.

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Commentaires

1. Le lundi 4 mars 2013, 14:55 par Corine

:-)

2. Le lundi 4 mars 2013, 23:40 par veracruza

Magnifiques ces regards, ses sourires, ses visages.
Merci de nous apprendre à regarder

3. Le mardi 5 mars 2013, 11:17 par Zabou

Juste beau... merci ! :)

4. Le dimanche 24 mars 2013, 00:40 par Kati

Merci David! Pour ta présence à Java et Bali avec nous d'abord, bien plus intense et efficace que je n'aurais osé l'espérer, et pour ce que tu nous donnes ensuite. Ces images que tu offres, mes yeux ne les voient que sur tes photos. A se demander où étaient les miens. Même pas à regretter que tu ne fasses pas une carrière de journaliste, puisque tu en fais le travail quand même, en mieux. Juste une précision : je ne connaissais sans doute pas plus Shakespeare que toi, mon domaine étant… asiatique. Ca a été une intuition immédiate et subite, le Songe, d'abord infondée, irraisonnée, car sans le connaître! Juste un flash dans la tête, une foule de petits elfes lumineux descendant du volcan et les buta déchainés les rejoignant depuis le bas. Ensuite, en lisant les commentaires sur l'œuvre (et, sur place seulement, le texte, pour le traduire), l'idée s'est affirmée, confirmée, fondée de plus en plus (et encore chaque jour un peu plus depuis), puis illustrée : les vierges et bayadères de la Lune, les Amazones, les Athéniens, les rustres, etc., le parallèle de 3 strates de réalité… ou d'illusion… Tribuwana… Enfin, en scène, illustrée seulement à 70%, à l'arrache, mais quand même une réussite spectaculaire et humaine dont je regrette que tu n'aies pas pu la voir. J'espère qu'on ira ou qu'ils iront même sans moi aux 99% et que tu en seras!
Question subsidiaire : comment traduirais-tu cette notion si utile et si réelle de GODAAN? Ce n'est ni vraiment Puck le Tentateur, ni Puck le Trompeur seulement, c'est …?

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