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je marche dans l'autre sens que la terre

C’est l’histoire d’un homme.

C’est l’histoire d’un homme en Russie, plongé au cœur de ses deux histoires mouvementées, celle d’avant et celle d’après le mur, le bloc… un homme qui aurait pu, comme tout un chacun, baisser la tête, courber le dos et se laisser porter par le mouvement, cherchant à survivre au mieux, à se laisser flotter dans le système, accusant le coup de la violence du communisme, ou du libéralisme acharné. Seulement voilà, cet homme-là a dans le cœur, le vrai cœur, un projet un peu fou, monter un film sur le personnage fascinant, embué de pouvoir et de lascivité qu’est Catherine de Russie. Et il cherche, dans les mécanismes du soviétisme, les espaces flous où un brin de justesse non propagandiste pourra passer. Il cherchera plus tard, dans la Russie libérée du communisme mais en proie aux rapaces de la pire espèce qui détournent l’essentiel, si cette même poésie y trouvera plus facilement sa place. Parfois, il réussit, parfois il s’embourbe dans ses propres contradictions, et se perd dans sa quête, dans sa vocation.

Dans cette marche des événements, dans cette rotation immuable de la terre, il faseille et circonvolutionne entre ses rêves et son projet, dans les méandres de la vie qui voudrait bien le broyer. Car cet homme aime profondément cette Catherine qu’il voudrait n’être pas réduite à ses clichés…

Andréi Makine décrit à merveille ce rebours que sont certaines histoires dans le cours du temps, et la violence des mondes sur nos vocations plus profondes et les dictatures qui ne sont pas que celles des temps anciens… mais il sait surtout, en quelques pages lumineuses, écrire la respiration la plus profonde d’une vie, ce moment où, libre profondément, en deçà des logiques mondaines et même des vocations, un amour plus profond fait marcher dans l’autre sens que la terre. Il faudra que le temps, que le monde s'estompent un temps pour permettre cet essentiel... dans cette justesse. 

Makine prend le temps d’arriver à cette rencontre, et cette marche à rebours prend justement tout son sens parce qu’elle s’est faite attendre, comme chacune de nos vraies rencontres.

9782021095517

présentation de l’éditeur: “Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage. Aimer cette femme dont tant d'hommes n'ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir. C'est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle ? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes ? Une tsarine clamant son "âme républicaine" ? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova ? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine - depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu'au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l'Histoire. L'art de ce grand roman transcende la biographie. L'effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d'Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d'être et d'aimer.”

le titre est tiré d’une chanson envoûtante de Loïc Lantoine, qui va sortir un nouvel album le 2 avril prochain.

Commentaires

1. Le samedi 23 mars 2013, 13:00 par David

  • 362 pages, Seuil (3 janvier 2013), ISBN-13: 978-2021095517, 21€
  • recension de mémoire, j'ai laissé mon livre à un ami, là bas, en Indonésie... 

2. Le samedi 23 mars 2013, 21:33 par Zabou

... et voilà que tu recommences à soigner mon budget livres ! :)

3. Le samedi 23 mars 2013, 22:30 par David

bon, en même temps, j'ai l'impression qu'on n'a pas tous lu le même livre, certains s'y sont passionnés pour cette biographie de Catherine qui s'y déploie, en parallèle, mais elle ne me semble pas l'objet. Mais a vrai dire, je me suis passionné pour quelques pages au milieu de ce roman, quelques pages qui sont tellement dans le style de Makine...

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