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A commencer par moi

Pas mal de personnes ne font pas vraiment ce que je voudrais qu’elles soient. Pas mal de personnes, à commencer par moi : mais aussi des jeunes, des vieux, des petits, des chrétiens, des malades, des ambitieux, des puissants, des copains, des jolis, des intrigants, un président, des séduisants, des cassés, des chiants, des athées, des blessés, des brillants… Je n’ai même pas de rêves extraordinaires, je ne veux même pas les chausser de costumes trop grands, ou les faire décoller, non, mais on pressent des qualités, on devine des décisions et rien ne se fait, ça coule, ça se répand, parfois jusqu’au plus pathétique, au plus glauque, au plus mou, au vaguement minable. A commencer par moi.

Le plus souvent, c’est pour des choses de rien : prendre mal des trucs bénins, procrastiner une décision légère, zapper un coup de fil, s’échapper d’une bière, avoir trop d’honneur pour sourire, ou demander un coup de main voix, s’entêter dans une douleur, écouter déjà braqué, persister dans une relation minante, s’interdire le bonheur, ne pas savoir faire simplement ce que tout le monde fait simplement. A commencer par moi.

Pour les gros trucs, je dis pas, mais pour les petits c’est éreintant. Pour les gros trucs, on voit bien que c’est difficile, on a des raisons, et des circonstances. Mais pour les petits, c’est beaucoup plus usant. Et souvent décevant. Surtout qu’on y voit la pente, le savon, et le bas. A commencer par moi.

On y use l’amitié. A commencer pour soi.

On s’y déçoit.

Droopy - you know what I'm happy

surtout quand la pente qu’on devine n’est pas honorable, qu’elle fuite en dehors des joies simples de certains qui échappent mystérieusement à d’autres. On y soupçonnerait même de la perversité, cette manière de s’éloigner de la lumière, en tout cas, on craint pour son équilibre, en orée des bois sombres et compliqués. Comme par exemple les gens qui ne savent pas bien aimer. Ou celles qui ne rayonnent pas à la naissance de leur enfant. Pire, elles sombrent, loin, méchamment, entraînant dans le maelström de leur dépression qui n’est pas un babyblues un papa, un bébé, et tout le monde dans le trou noir insatiable. C’est une sale maladie, qui fait fuir, ou s’éloigner les amis impuissants. Un défaut de bonheur, trop violent. Le pire, c'est qu'elle aurait encore plus particulièrement besoin de nous.

Il existe pourtant un service de l’hôpital, en France, qui accompagne mamans et familles blessées. Un long accompagnement, pro, exigeant, éreintant, sans lumière et sans miracle, mais prenant le temps de la construction. Un service de la fidélité quand toutes les ressources amoureuses semblent racornies sur un désespoir ravageur, à commencer par celle qui est en train de sombrer dedans, male et male encore pis de briser un interdit… La joie de l’enfant.  

ce service s’appelle la maternologie.

s’appelait en fait.

“Nous apprenons que la fermeture, si ce n'est l'éradication, de l'unité de maternologie de St Cyr (78) est prévue, au plus tard, pour la fin de l'année. Les choses sont en train de se faire sous le manteau, sans rien d'officiel, mais implacablement et sans aucun état d'âme.

L’association Maman Blues va engager tout ce qu'il est possible de faire sur le plan médiatique : pétition en ligne, courriers multiples, appels auprès des professionnels de la santé... Nadège BEAUVOIS TEMPLE va ouvrir une page facebook intitulée : " Touche pas à MA Maternologie". Si cette formidable structure doit s'arrêter d'exister, nous refusons que cela se fasse dans le silence, le déni et surtout la certitude que cela n'affectera personne - à part quelques mères un peu folles sur les bords- mais si ces dernières comptaient dans l'esprit des décideurs, cet appel n'aurait pas lieu d'être. https://www.facebook.com/pages/Touche-pas-%C3%A0-MA-Maternologie/452691768184326?ref=nf

il y a des gens qui savent être fidèles et aimer quand justement on n’est pas aimables. Là, ça ne commence pas par moi. Mais quelque chose me dit que cette question est juste et qu’on a besoin de ce service.

parce que ce genre de fidélité, quelqu’un me dit que c’est celle que Dieu a pour moi. Directement, et par les Prochains. Dans cette confiance fidèle et inaltéréable, petit à petit, l’homme construit son histoire. L’histoire de sa vie. A commencer par moi.

Commentaires

1. Le mercredi 26 juin 2013, 20:35 par David

billet relais d'une cause très portée par une amie.
question sous jacente 100% personnelle... la fidélité à celui qui ne sait pas faire autrement qu'y résister.
il y a un truc de croyant, là dedans.

2. Le mercredi 26 juin 2013, 22:01 par Axolotl

Découvrir la maternologie au moment où elle est menacée... Probablement parce que certains ne peuvent pas comprendre que l'évident... ne l'est pas pour tout le monde hop ! là! au moment où nait l'enfant....
Parce que certains, à ce sujet-là comme à d'autres, sont enfermés dans leurs certitudes...

Bonne bataille a ceux et celles qui tentent de sauver cette structure originale et précieuse. Je vais guetter la pétition.

3. Le mercredi 26 juin 2013, 22:07 par M-Th

Cette page me rappelle le visage heureux d'Arielle : après des semaines en "maternologie" à l'Institut Théophile Roussel, les liens se sont tissés enfin entre elle et sa fille, qu'elle a pu me présenter avec bonheur et confiance. Sa fille bébé aussi rayonnait alors .
Et il faudrait arrêter cette patiente reconquête de vie ?

4. Le jeudi 27 juin 2013, 08:20 par David

@M-Th et Axolotl... je n'ai pas tout saisi de ce qui se joue autour de cette maternologie. j'ai simplement cru comprendre qu'elle était moins psychiatrique que les autres, mais ça interpelle quand même... tant la situation que les moyens qui peuvent être mis en oeuvre. En même temps, je ne connais pas la situation de l'hôpital de Saint Cyr, je ne connais qu'une jeune maman et je me fais l'écho de son appel. A creuser/approfondir, donc.

5. Le jeudi 27 juin 2013, 11:51 par Vieil imbécile

"Pas mal de personnes ne Font pas vraiment ce que je voudrais qu’elles soient".
J'ai sursauté quand j'ai lu ça... Une coquille ? sur le clavier, le "f" ne jouxte pourtant pas le "s". Pis c'est pas votre genre. C'est donc volontaire... qu'est-ce qu'il veut exprimer par là, le padre ? pourquoi cette apparente incohérence entre l'être et l'agir ?
Tout est là, peut-être. Nous voudrions que l'autre soit "comme ça", et pourtant nous le réduisons à ses actes. Double transgression réduite en une phrase, on ne voit pas la merveille que l'autre est en le réduisant à ses actes ET on tente d'altérer sa liberté en projetant un pseudo-être-idéal sur lui.
Bien vu... bien écrit surtout.

6. Le jeudi 27 juin 2013, 12:13 par Claire

Je ne savais pas pour cette fermeture annoncée.... Je suis vraiment sidérée car cette expérience était saluée et reconnue. Quelle tristesse pour ces mamans....

7. Le jeudi 27 juin 2013, 23:57 par do

à nous de prendre le relai(s).
d'éveiller les autres, les pires, à eux-mêmes.
il suffit d'être disponible, et d'insister si besoin.
c'est même pas éreintant, en fait.
c'est juste simple.
trop simple.

mais c'est aussi au dessus de nos forces.

car il y a un combat,
et on ne combat pas que contre nous même...
on peut même s'y perdre si on n'est pas accompagné
par le seul qui est vainqueur de ce combat.

oui,il faut se décider à le mener, ce combat là,
c'est vital,
mais ne soyons pas naïfs.

enfin, c'est ce que je pense en avoir compris.
après avoir fait pas mal de stages.
...des deux côtés.

8. Le samedi 29 juin 2013, 14:35 par Christine

Bonjour et merci a vous pour ce soutien si important Je suis une maman et une femme investie au sein de l'association maman blues depuis plusieurs années et , au sein de ce combat bien naturellement , pour eviter que le risque de fermeture de la maternologie n'aboutisse a a la fermeture concrete ,,

l'unité de maternologie pour précision n'est pas un lieu psychiatrisant du tout ! et il répond au besoins de ces mamans qui n'ont pas de pathologies , justement ,, les meres sont accompagnées , épaulées encouragées , conjointement avec leur bébé dans le tissage de ce lien si difficile pour a peu prés 80 000 mille femmes chaque année en France , , En France moins de 10 lieux , moins de 100 places pour la maternité psychique ,, Nous défendons l'unité de maternologie comme nous avons défendu l'unité mere bébé de lyon vinatier mencée aussi de fermeture en 2009 , et qui est toujours la heureusement depuis , !! comme nous défendrons chaque unité mere bébé menacée ,, comme nous souhaitons d'autres créations ,, car toutes les régions n'ont pas d'unité , ces unité , en l'occurrence l'unité de maternologie qui est bien spécifique avec des professionnels formés sur le sujet , ,a l'heure ou on nous parle d'accompagner la parentalité ,, on peut se poser des questions quand méme sur la logique de cette nouvelle ,, mais rien n'est perdu !!!!!!!!! je refuse de croire a l'indifférence générale je crois en la mobilisation des gens de notre société pour des causes justes ,, la maternologie en fait partie , allez voir le site sur le net maternologie ,, je me permet puisque certain d'entre vous l'attende,, le lien vers la pétitition, [http://www.mesopinions.com/petition/sante/risque-fermeture-definitive-maternologie-st-cyr/10325] merci a vous , merci pour elle ,, pour elles ,, pour eux ,, Christine , co présidente de maman blues ,

9. Le samedi 29 juin 2013, 23:05 par Nadege Beauvois

Merci à David le rouge de ce soutien tout à fait inattendu ! je suis la fondatrice de Maman Blues, association qui jette actuellement de la lumière sur ce qui se passe dans les "sous sols" " les bas fonds ? " de la direction administrative de Charcot à Plaisir (78). je suis une maman de cette unité de Maternologie ; hospitalisée il y a 13 ans avec mon bébé d'un mois, j'ai donné Naissance ( avec une majuscule ) là bas à ma fille Eva au bout de deux mois. Cette unité m'a sauvée la vie dans ce qu'il y a de plus précieux : conserver l'estime de soi et sa capacité d'aimer les autres. Aujourd'hui on veut la restructurer, entendez par là la fermer, pour l 'ouvrir sous un autre nom, pour la formater, la sécuriser... l'amour d'une mère pour son enfant ne se commande pas, il s'accompagne avec bienveillance et tolérance. Comment croire que ce qui va remplacer, la maternologie aura les mêmes buts ?

10. Le mercredi 3 juillet 2013, 10:38 par La médecine passe par la cuisine

Pour avoir vécu une dure année après la naissance de ma troisième, pour savoir ce dont vous parlez à mots chuchotés, pour savoir ce que c'est que de n'avoir plus que l'espérance pour continuer tous les jours tout en ayant l'impression qu'elle perd de sa force de plus en plus, je soutiens cette cause. Et me ferai le plaisir de relayer cela. Heureusement, une "tonne" de professionnels (médecins, sage-femmes, puéricultrices, infirmières) soutiennent les mamans. Mais parfois, cela ne suffit pas. Merci pour votre billet.
En espérant vous revoir bientôt :-) et peut-être pas qu'à la sortie de messe...:-)

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