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La lune est blanche des Lepage

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je me demande si le premier à avoir ouvert cette voie n’était pas “le photographe” de Guibert-Lefèvre-Lemercier…
Un récit épique, dessiné, d’une aventure photographique au coeur de l’Afghanistan d’il y a longtemps, un récit d’une pureté de trait dans lequel débarquaient des planche-contact de photos à choisir, et de loin en loin une photo décidée. L’alternance dessin-photo, mais plus encore dessin-pellicule-en-vrac-belles photos avait donné au récit saisissant d’un Afghanistan avant 2001 avec MSF une profondeur et une “réalité surprenantes. Le tout avait été percuté par un DVD, dans le 3e tome, donnant une voix, une chair, une irréductibilité à chacun des protagonistes que le dessin nous avait permis de “saisir”. C’est un de mes très grands moments de BD.

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Alors je n’ai pu m’empêcher d’acquérir le dernier ouvrage d’Emmanuel Lepage dont j’avais aimé profondément l’ouvrage sur Tchernobyl et la déstabilisation dans le premier tome de Muchacho. Un auteur dont le dessin capte, mieux que la photo probablement, une nature en mouvements et en expressions. Cette fois-ci, l’album nous entraîne à sa suite en Antarctique. C’est la deuxième fois (pour moi) qu’il nous embarque avec lui, nous plongeant dans sa passion, ses peurs, ses appréhensions, et les résistances d’une telle aventure. Il y a un je-ne-sais-quoi de troublant (mais sans doute de moderne finalement) dans cette aventure dont on partage les frissons. Simplement, Emmanuel Lepage ne nous y entraîne pas seul. Il a accepté ce défi avec son frère photographe dont les clichés, choisis, s’intercaleront dans le récit.

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Ce mélange photo-dessin est particulièrement troublant car on doute parfois de la nature de ce que l’on regarde. Les territoires sont si immenses, si décapés, si décapants que le pixel a un rendu tout différent. Emmanuel Lepage joue de registres de couleurs pour intégrer dans le récit les aventures épiques des grands découvreurs du continent inconnu et blanc (en sépia, forcément) et dessine amoureusement, parfois en pures couleurs, son regard sur cet infini inregardable et sur les hommes et femmes qui y vivent. 

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Le livre est beau, l’aventure fait presque frissonner, et même si on sent parfois un peu trop la commande dans le désir de tout expliquer, de tous nous les faire rencontrer, il y a une beauté saisissante qui touche, et une humanité étrillée dont on devine la justesse. Entre photo et dessin sensible, entre extraordinaire de l’aventure et ordinaire d’un homme confronté à des limites (humaines, fraternelles, physiques, psy), un beau moment de découverte passionnée. Les dessins comme les photos intriguent et passionnent... même quand l'histoire présente en elle-même un peu moins d'intérêt. 

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pas de doute, dans le rythme, le choix des angles, la succession des cases, les photos intercalées, on est bien dans une bande dessinée, où l’on apprendra autant en lisant qu’en contemplant, et en se laissant emmener.

Commentaires

1. Le samedi 25 octobre 2014, 20:32 par David

François et Emmanuel Lepage, La lune est blanche, Futuropolis, 2014, 1,645kg, 29 €

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